Alain-G. Gagnon

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Harper, la clé de voûte de la stratégie souverainiste

Publication: 07/09/2012 10:33

Dès l'annonce de l'élection d'un gouvernement du Parti québécois, Stephen Harper s'est empressé de dire aux Québécois qu'ils ne doivent s'attendre à « aucun traitement de faveur ». Le fédéralisme d'ouverture prôné par Harper aurait-t-il déjà donné tous ses fruits ? Y répondre par l'affirmative suggérerait le retour de la polarisation politique et du bipartisme au Québec.

Les résultats des élections du 4 septembre 2012 au Québec confirment que nous sommes passés du bipartisme au tripartisme avec trois principaux protagonistes (PQ, PLQ, CAQ). Il y a bien eu quelques fois par le passé une troisième voie qui se pointait mais jamais pour s'imposer. L'élection de 1970 avait apporté son lot de surprises avec le PLQ qui recueillait 45% des voix, suivi du PQ avec 23% et l'Union nationale avec 20%. L'élection de 1970 en était une de transition qui confirmait au PQ son statut d'option politique crédible. A l'élection de 1973, le PQ et l'Union nationale qui se mesuraient aux Libéraux de Robert Bourassa ont obtenu à eux deux 35% des suffrages exprimés alors que le PLQ s'imposait avec 55% des voix. L'élection de 1976 fut une élection de réalignement et fera du PQ et du PLQ les deux principaux rivaux jusqu'à l'élection de 2007.

Plusieurs événements ont fait en sorte que le bipartisme a pu s'imposer au Québec à partir de l'élection du PQ en novembre 1976 jusqu'au milieu des années 2000 : référendum de 1980, rapatriement de la Constitution, entente du lac Meech (1987-1990), entente de Charlottetown (1992), référendum de 1995, retour des Libéraux à Ottawa de 1993 à 2005.

L'arrivée au pouvoir des Conservateurs de Stephen Harper est venue changer le contexte et ainsi donner une plus grande légitimité aux défenseurs d'une troisième voie en promettant de mettre fin à certains irritants. Le credo conservateur se résume en quatre points : le respect des compétences provinciales et fédérales, l'atténuation du déséquilibre fiscal, l'intégration d'un représentant du Québec au sein de la délégation canadienne à l'Unesco et, subséquemment, la reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des Communes. Cette stratégie a été profitable pour les forces fédéralistes au Québec et a contribué à donner de l'élan aux forces autonomistes (ADQ, puis CAQ) au Québec. Cette lecture permet de comprendre en partie le mystère de Québec.

Depuis l'élection des Conservateurs à Ottawa en 2006, les forces souverainistes, toutes tendances confondues, peinent à dépasser les 40%. La stratégie est simple: ne pas prendre de front les forces souverainistes tout en donnant de l'espoir aux forces fédéralistes.

La division du vote souverainiste a empêché l'élection mardi dernier d'un gouvernement majoritaire péquiste au Québec. Si on calcule simplement les votes obtenus par Québec solidaire, Option nationale et le PQ, le gouvernement qui sera formé par Pauline Marois aurait pu faire élire pas moins de 75 députés. Les gains auraient été faits au détriment des Libéraux dans 15 cas et des Caquistes dans 6 autres cas. Toutefois, il n'est pas prouvé qu'en l'absence de ces tiers partis, les électeurs auraient porté leur choix sur le PQ. Plusieurs d'entre eux auraient peut-être jeté leur dévolu sur le Parti vert, d'autres électeurs se seraient abstenus, d'autres auraient peut-être annulé leur vote pour un ensemble de raisons allant d'un inconfort avec les tergiversations du PQ dans le dossier étudiant, la question de la tenue d'un troisième référendum ou en raison de l'appui aveugle du parti au projet d'amphithéâtre à Québec.

Quoiqu'il en soit, la CAQ vient modifier les rapports de force au sein de l'électorat québécois. 27% des électeurs ont appuyé la coalition ce qui s'est traduit par l'élection de 19 députés. De plus la CAQ a terminé 2e dans 54 circonscriptions (comparativement à 38 pour le PQ, 30 pour le PLQ, 2 pour QS et 1 pour Option nationale). Cela laisse croire que le plus grand potentiel de croissance se trouve aujourd'hui du côté de la CAQ.

Les prochains mois seront déterminants pour le PQ en prévision du prochain scrutin et la clé du succès se trouve plus à Ottawa qu'à Québec. Aucun des partis politiques n'a intérêt à se presser pour faire tomber le gouvernement Marois. Le PLQ sera occupé à se trouver un nouveau chef moins aligné sur le gouvernement central et un peu moins affairiste. La CAQ s'emploiera à rembourser ses dettes et à recruter de nouveaux candidats. Québec solidaire testera les ambitions sociales-démocrates du PQ et à penser un Québec utopiste. Le PQ cherchera à identifier les domaines pour lesquels des consensus pourraient être atteints avec le PLQ et la CAQ.

Le PQ a en ce moment l'avantage d'exercer le pouvoir à Québec et il s'emploiera assurément à reprendre l'initiative au chapitre des relations fédérales-provinciales. Plusieurs dossiers permettront de mesurer la bonne volonté d'Ottawa : l'élargissement de l'application de la Loi 101 aux institutions fédérales établies au Québec, la participation soutenue de la Caisse de dépôt et placement dans les entreprises canadiennes, le dossier de la Commission des valeurs mobilières, le rapatriement des compétences en matière d'évaluation environnementale ou le champ des télécommunications. En supposant que le PQ parvienne à établir ces divers consensus, il sera coûteux politiquement pour Harper de dire non au Québec dans tous ces dossiers sans raviver la flamme souverainiste. Dans la mesure où le gouvernement Harper parviendra à répondre favorablement à certaines de ces demandes, le tripartisme continuera de s'imposer au Québec. Dans le cas contraire, c'est le bipartisme qui reviendra forcément et un nouveau bras de fer entre les fédéralistes et les souverainistes en résultera.

 

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