Alain-G. Gagnon

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L'équation canadienne

Publication: 14/08/2012 14:51

La campagne électorale au Québec bat son plein. Les partis politiques ont eu l'occasion de présenter leurs principales propositions et, dans le cas des partis aspirant à former le gouvernement, de chercher à mettre en valeur leurs candidats vedettes. Cette première étape est cruciale puisqu'elle consiste à confirmer les partisans dans leur choix, tout en cherchant à agrandir le cercle des adhérents. Les élections récentes au Québec nous avaient habitués à une compétition pour l' « extrême centre », du moins c'est ce qui s'est le plus souvent passé depuis l'échec référendaire de 1995 jusqu'à l'élection de 2008.

La mobilisation étudiante et la percée du Nouveau Parti démocratique lors des élections fédérales de 2011 à Ottawa ont contribué à l'élargir le spectre politique au Québec.

Le Québec, on le sait, possède une personnalité internationale forte et demeure un partenaire difficilement contournable de la fédération canadienne. Ce partenariat a cependant été négligé par les principaux acteurs politiques à Ottawa ce qui a mené les chefs de file au Québec à imaginer divers scénarios allant de la coopération conditionnelle (Bourassa) jusqu'à la remise en question fondamentale pouvant déboucher sur la sécession (Parizeau).

Sous le leadership de Jean Charest, les Québécois ont surtout été les témoins de l'insouciance de son gouvernement au chapitre des relations fédérales-provinciales. Il y a bien eu quelques escarmouches (marchés financiers, loi sur les jeunes contrevenants, transferts en santé, contrôle des armes à feu), mais dans l'ensemble les relations fédérales-provinciales ont été négligées.

Jusqu'aux élections québécoises de 2008, la stratégie fédérale-provinciale reposait sur les épaules de Benoît Pelletier qui a fait la tournée des capitales provinciales et des instituts de recherche pour faire écho à certaines des demandes historiques du Québec. Les interventions fréquentes de Pelletier étaient devenues insupportables pour le premier ministre Charest qui ne souhaitait pas de désaccord avec Ottawa de crainte de donner des munitions au Parti québécois dans sa tentative de reprendre le pouvoir. Yvon Vallières qui a assumé la responsabilité des Affaires intergouvernementales canadiennes de façon très effacée au cours de la dernière année a été vu comme la personne toute désignée pour ne pas créer de tensions inutiles avec le gouvernement fédéral. Pendant ce temps, le Conseil de la fédération voyait sa pertinence péricliter et le Québec était déconsidéré auprès de ses partenaires.

La stratégie libérale de non-interférence a contribué à aliéner davantage les Québécois des institutions politiques canadiennes. Non seulement le Conseil de la fédération est- il devenu une institution moribonde, les conférences des premiers ministres ne sont plus tenues de façon régulière ce qui contribue à éloigner encore plus les Québécois des institutions politiques. Ce retrait a fait en sorte que, sous le règne de Jean Charest et de Stephen Harper, les Québécois sont devenus des étrangers dans leur propre pays alors que l'on aurait pu s'attendre à ce que ces deux leaders cherchent à en faire de véritables acteurs.

Aujourd'hui encore, de peur de contribuer à faire monter la fièvre nationaliste au Québec, Jean Charest ne croit pas qu'il soit utile de tenir tête à Ottawa. Le premier ministre laisse entendre que le Québec possède déjà tous les pouvoirs dont il a besoin pour s'affirmer et s'émanciper. Quant à François Legault, après avoir proposé un moratoire de dix ans dans le dossier constitutionnel, il s'est tardivement ravisé en affirmant vouloir mettre la main éventuellement sur les pouvoirs qu'Ottawa ne souhaiterait plus exercer, dont celui des évaluations environnementales. Le rapatriement de compétences n'est pas une priorité pour la CAQ mais plutôt de vagues souhaits que le parti agite auprès de électorat.

Or, c'est mal connaître la nouvelle dynamique politique qui a été mise en place par les conservateurs de Stephen Harper en matière de protection environnementale. Si Stephen Harper souhaite abandonner les évaluations environnementales, ce n'est sûrement pas pour céder cette compétence à une autre juridiction, mais bien parce qu'il veut réduire les obstacles sur le chemin des grandes corporations dans la mise en œuvre de leur stratégie de développement économique.

Le seul parti politique à vouloir se mesurer à Ottawa est le Parti québécois de Pauline Marois. Le PQ prend au sérieux le Renvoi de la Cour suprême concernant le droit du Québec de faire sécession. C'est dans cet esprit, faut-il croire, que le PQ agissait lorsqu'il a voulu proposer des référendums sectoriels. Au cours de la campagne, l'équipe Marois s'est plutôt concentrée sur le rapatriement de pouvoirs-clés lui permettant de jouer un rôle plus déterminant dans la gestion des affaires de l'État. La volonté affirmée du PQ de rapatrier le programme de l'assurance-emploi et de créer une banque de développement pour le Québec (en mettant entre autres la main sur les fonds réservés à la Banque fédérale de développement pour le Québec) s'inscrit dans ce plan. Pourraient s'ajouter d'autres revendications dans les champs de la culture, des télécommunications et de l'environnement.

L'équipe Marois, contrairement à l'équipe Legault et au parti ministériel de Jean Charest, veut tester l'équation canadienne et pourrait décider d'en faire un véritable enjeu électoral. Marois semble posséder les meilleurs éléments pour repenser l'équation canadienne puisque son équipe peut compter sur des joueurs rompus à l'univers politique et constitutionnel canadien comme le sont Alexandre Cloutier, Bernard Drainville, Stéphane Bergeron, Pierre Duchesne et Jean-François Lisée.

Fermer la porte à des telles initiatives serait, nous semble-t-il, mal avisé de la part du gouvernement central puisque l'idéal fédéral a besoin pour carburer de délibération, de compromis et d'ouverture à l'Autre en contexte de démocratie libérale avancée.

Quoi qu'il en soit les chefs des partis politiques ne peuvent ignorer l'enjeu des relations fédérales-provinciales sans quoi ils contribueront à faire reculer davantage la société québécoise au sein de la fédération. Paradoxalement, c'est le Parti québécois qui est le plus en mesure d'engager la conversation canadienne alors que le Parti libéral et la Coalition Avenir Québec continuent de se désengager des relations Québec-Canada contribuant à tenir les Québécois à l'écart des institutions politiques canadiennes.

 

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