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Mettre fin à la corruption: une responsabilité collective

08/08/2012 11:47 EDT | Actualisé 08/10/2012 05:12 EDT
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Jean Charest a raison de dire que le problème de la corruption au Québec est bien antérieur à son arrivée au pouvoir en 2003 et que ce fléau frappe la plupart des sociétés. Jean Charest a aussi raison de dire que son gouvernement a adopté au cours des deux dernières années des lois et des règlements pour renforcer la lutte contre la collusion et la corruption. Il est toutefois nécessaire de rappeler que ces mesures ont été prises bien tardivement et sous la pression des partis d'opposition et de la société civile dans son ensemble. Lorsque le premier ministre récite comme une litanie la longue liste des initiatives de son gouvernement pour combattre la corruption, il devrait avoir l'honnêteté de remercier le Parti québécois, l'ADQ et Québec solidaire sans oublier les médias qui lui ont montré du doigt les problèmes et l'ont forcé à corriger certaines des lacunes les plus criantes.

Obstinément le premier ministre a refusé pendant plus de deux ans de déclencher une enquête publique sur l'octroi et la gestion des contrats dans l'industrie de la construction en privilégiant les enquêtes policières. La naissance difficile de la Commission Charbonneau prévue d'abord sans pouvoirs réels puis, de guerre lasse, investie des pleins pouvoirs conférés aux commissions d'enquête, est la preuve de cet entêtement à vouloir mettre le couvercle sur un système qui gangrène les institutions québécoises et détourne au profit d'intérêts privés et des milieux criminels une part considérable des fonds publics. Le premier ministre aurait dû se préoccuper du problème dès les premiers signaux plutôt que de se réfugier dans le déni et esquiver les questions en accusant l'opposition de démagogie.

Non seulement Jean Charest a beaucoup trop attendu avant d'agir, mais son gouvernement a contribué à mettre en place les conditions qui ont permis à la corruption de s'infiltrer dans de nombreuses sphères de l'activité gouvernementale. En vidant par exemple le ministère des Transports de son expertise pour évaluer les projets d'infrastructures et en s'en remettant aveuglément au secteur privé, le gouvernement a abdiqué sa responsabilité de gardien du bien commun. Cette approche s'est étendue à plusieurs secteurs, dont les ppp en santé et les contrats informatiques dans lesquels le gouvernement a englouti des milliards de dollars sans réel contrôle et pour des résultats souvent désastreux. Cette déstructuration de l'État dans des secteurs névralgiques programmée et exécutée par le gouvernement libéral a incontestablement créé un climat propice à la corruption et au copinage. Mais il y a plus. Même les règles existantes pour encadrer l'utilisation des deniers publics ont été bafouées par des ministres-clés du gouvernement.

Michelle Courchesne a été blâmée à deux reprises par le Vérificateur général du Québec pour son manque de rigueur dans l'attribution de places en garderie subventionnée lorsqu'elle était au ministère de la Famille et dans l'octroi de subventions pour la construction d'infrastructures sportives lorsqu'elle était au ministère de l'Éducation. Comble d'ironie, c'est entre les mains de cette ministre que Jean Charest, aux prises avec une grave crise de confiance, a remis en 2010 la responsabilité de l'ensemble de l'administration gouvernementale en la nommant présidente du Conseil du Trésor.

Dans la mesure où les partis politiques qui aspirent à gouverner le Québec veulent mettre fin à ces pratiques douteuses, il importe de préserver une fonction publique compétente et forte qui puisse exercer pleinement son rôle. Or, depuis la défaite référendaire d'octobre de 1995, les leaders politiques à Québec, ont eu tendance à affaiblir l'État et à privatiser ses fonctions ce qui a privé le Québec d'un outil essentiel à son développement.

Il est inquiétant d'entendre François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec, souhaiter poursuivre, dans la même veine que Jean Charest, l'évidement graduel de l'appareil de l'État dans les domaines de la santé, de l'éducation et ailleurs aussi. Comment un gouvernement caquiste pourrait-il éradiquer le mal qui ronge le Québec sans redonner à l'État les moyens d'agir? Son trio d'incorruptibles qui se vante de pouvoir faire échec à la corruption ne pourra aller bien loin.

Jean Charest était pressé de tenir des élections avant la reprise des travaux de la Commission Charbonneau souhaitant ainsi éviter le débat sur des liens allégués entre les milieux mafieux et des collecteurs de fonds. Ce débat est aujourd'hui incontournable, mais les électeurs devront faire un choix le 4 septembre sans avoir de réponses à leurs questions. Il y a de quoi s'indigner.

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