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Avantage Legault

05/08/2012 09:46 EDT | Actualisé 05/10/2012 05:12 EDT
PC

Après seulement quelques jours de campagne, Jean Charest a vu s'effriter l'avantage que lui confère sa position de chef du gouvernement malgré ses efforts soutenus des dernières semaines pour ratisser le Québec et distribuer des subventions dans les régions où le Parti libéral peine à s'enraciner. Or, le Parti québécois et la Coalition Avenir Québec sont parvenus à tirer leur épingle du jeu en ciblant les faiblesses du parti ministériel : manque d'intégrité, copinage, clientélisme, marchandisation du savoir, autoritarisme, docilité à l'endroit du gouvernement central. Toutefois, c'est la Coalition qui sort renforcée des premières escarmouches pour plusieurs raisons et c'est ce qui me fait croire que l'équipe Legault a le vent dans les voiles.

Au premier jour de la campagne, le chef de la CAQ a su exploiter avec efficacité le talon d'Achille du PLQ en présentant son projet de Loi 1, un plan d'action pour mettre en échec la collusion et la corruption qui seraient devenues systémiques sous les Libéraux de Jean Charest. François Legault a frappé un grand coup en recrutant Jacques Duchesneau, un homme-clé qui jouit d'une grande popularité dans la lutte anti-corruption mais qui est aussi réputé pour ses déclarations intempestives. L'entrée en scène de Jacques Duchesneau a pour effet de remettre au centre du débat les travaux de la Commission Charbonneau que Jean Charest avait souhaité éviter durant la campagne.

La CAQ compte déjà dans son équipe Maud Cohen, l'ancienne présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec, qui apporte à son tour beaucoup de crédibilité au grand ménage promis par la CAQ dans le financement des partis politiques et l'attribution des contrats gouvernementaux. Aux deux nouveaux venus s'ajoute l'ancienne députée adéquiste, Sylvie Roy, qui a tenu ce dossier à bout de bras à l'Assemblée nationale. Le chef de la CAQ qui parle avec fierté de son trio d'incorruptibles, aura cependant fort à faire pour garder son nouveau porte-étendard de l'intégrité à l'abri des controverses. Il en est tellement conscient qu'il a exempté Jacques Duchesneau de l'obligation d'amasser 25,000 dollars pour le financement de sa campagne dans la circonscription de Saint-Jérôme. Mais cette exigence de la CAQ de recueillir des fonds pour avoir le privilège de se présenter sous sa bannière reste une pratique inquiétante dans les autres circonscriptions.

Le leader de la CAQ est parvenu à conserver l'avantage de la patinoire au cours des premiers jours en ciblant un autre dossier, celui de la santé au cœur des préoccupations des Québécois. Sa recrue Gaétan Barrette a présenté clairement et sans détour son plan d'intervention pour donner accès à des médecins de famille et réduire le temps d'attente. Il reste à savoir si ses propositions tiennent la route ou ne sont que de la poudre aux yeux. Mais, on a pu constater que cette initiative mettait sur la défensive les Libéraux qui avaient promis en 2003 de régler ces problèmes au cours des six premiers mois de leur mandat.

Il demeure des zones d'ombre importantes du côté de l'équipe de François Legault pouvant refroidir l'ardeur des électeurs. Le vote de la CAQ en faveur du projet loi 78 (aujourd'hui Loi 12) sous prétexte qu'il permettait aux étudiants d'avoir accès aux établissements d'enseignement malgré le fait qu'il suspendait plusieurs sections des chartes canadienne et québécoise en matière de droits et libertés constitue une erreur que le chef caquiste a admise trop tard puisque le Québec vit aujourd'hui sous le régime de cette loi inique. Pendant le conflit, François Legault a encouragé le gouvernement Charest à adopter la ligne dure et à faire preuve d'intransigeance à l'endroit des étudiants, allant même jusqu'à prôner l'utilisation de tous les moyens nécessaires pour imposer le retour en classe. Cela donne froid dans le dos. Cette erreur de jugement de la part du leader de la CAQ pourrait bien le suivre jusqu'aux urnes.

Enfin, la démission en catastrophe de l'agent officiel de la CAQ, Marc Deschamps, qui a été mis en examen dans le scandale du Faubourg Contrecoeur à Montréal, jette un doute quant à la probité d'un parti voulant faire toute la lumière sur le financement occulte des formations politiques sur la scène provinciale. Étonnant que le chef de la Coalition n'y ait vu aucun problème jusqu'au moment d'attirer Jacques Duchesneau dans ses rangs.

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