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Les enjeux africains

24/05/2015 11:42 EDT | Actualisé 24/05/2016 05:12 EDT

La nouvelle visite du roi du Maroc, Mohammed VI, en Afrique subsaharienne cette semaine est une occasion pour mettre en exergue une coopération qui, loin d'être un succédané, est complémentaire avec les liens entretenus, avec des pays comme la France, les États-Unis, ou la Chine, le reste de l'Europe étant, malheureusement, peu impliqué pour le moment.

Les observateurs ont l'habitude de mettre en relief les échanges économiques, les transferts d'expérience en matière d'infrastructures, de gouvernance ou de réussites sectorielles. Ce n'est là que la partie visible de l'iceberg.

Le développement en Afrique ne peut être uniquement conçu comme un taux de croissance et une série d'investissements. L'histoire contemporaine dément, chaque jour, la pertinence d'une telle approche. Des pays au sous-sol riche ont pu réaliser des taux de croissance salués par les marchés, et ont fini par s'effondrer quelques années plus tard. Le cas de la République démocratique du Congo (RDC) est à ce titre édifiant.

Le développement en Afrique est lié aux questions sociétales. La jeunesse de la population est peut être un atout, mais elle est surtout vécue comme un multiplicateur de contraintes. Les distorsions sociales, parfois ethniques, menacent la cohésion des États-nations. Le sous-sol le plus riche en Afrique, le potentiel le plus fort, ce n'est pas l'Afrique du Sud, mais le Nigeria. Pourtant ce géant est l'enfant malade du continent noir, au point d'avoir besoin de l'aide de l'un des pays les plus pauvres du monde, le Tchad, pour contrer le terrorisme.

La dimension sociétale est peu présente dans les rapports des experts, alors qu'elle est essentielle.

Le bilan de l'UNESCO concernant les objectifs du programme «L'Éducation pour tous» est accablant pour l'Afrique. Seize des vingt pays les plus mal classés au regard des efforts fournis ces quinze dernières années sont Africains. Le Nigeria est bon dernier: 30 millions d'enfants en âge de scolarisation ne trouvent pas un banc.

Les situations de la femme, de la santé, ne sont pas plus reluisantes. Les infrastructures sanitaires sont défaillantes. Cela prend des proportions dramatiques en cas d'épidémie, comme on l'a vu avec Ebola. Mais il y a des tragédies au quotidien, comme les morts lors d'accouchements, que ce soient les mères ou les nouveaux-nés. D'autres tragédies sont liées à des tabous religieux, ou relevant seulement du conservatisme social, des us et coutumes. Ainsi, en 2008, sur les millions d'avortements pratiqués en Afrique, seuls 3% l'ont été en milieu médicalisé, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

La dimension sociale a donc nécessairement deux axes. Le premier concerne les politiques publiques contre la précarité, en faveur de l'intégration; le second, intimement lié, est celui de l'évolution des lois, des mentalités. C'est le développement humain.

Depuis quelques années, plusieurs pays d'Afrique s'intéressent à l'expérience marocaine, à l'approche de Mohammed VI sur ces deux plans depuis son accession au trône. Ainsi, l'Initiative Nationale pour le Développement Humain, qui vient de fêter ses dix ans, est considérée comme un programme transposable. Sa philosophie - lutter contre la précarité en finançant des projets, en créant des opportunité -, sa méthode, la décentralisation et l'implication des ONG locales, ses résultats, séduisent. L'on sait que plusieurs gouvernements négocient des transferts d'expériences avec le Maroc pour adapter la méthode à leurs besoins.

Le Maroc a aussi réalisé, sans heurts majeurs, des réformes sur la condition de la femme, le contrôle du champ religieux et, dernièrement, sur la question de l'avortement, qui sont perçus positivement en Afrique. Du moins par la méthode consensuelle, grâce à l'arbitrage de l'institution monarchique et de la commanderie des croyants, qui permet des avancées, sans rupture avec les secteurs conservateurs d'opinion.

L'Afrique peut être le moteur de la croissance mondiale, tous les économistes le disent. Pour le moment, elle est un centre de conflits, le premier pourvoyeur de migrants clandestins et le continent qui recèle le plus de pauvres par rapport à sa population.

Le seul développement viable est celui qui met l'Homme au centre de ses préoccupations.

L'Afrique, a besoin d'une telle vision du codéveloppement et l'Occident a tout intérêt à l'adopter, pour qu'in fine, le continent noir ne soit plus un problème, mais une partie de la solution.

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