LES BLOGUES

Les 7 ingrédients d'une thérapie réussie en orthophonie

30/06/2016 09:06 EDT | Actualisé 30/06/2016 09:06 EDT

Il arrive fréquemment que mes patients ou leurs parents me demandent: «Combien de temps peut durer un suivi en orthophonie?» On ne connaît jamais d'avance la réponse à cette question, qui varie énormément selon une panoplie de facteurs: la sévérité de la problématique, l'âge du patient, les situations de handicap vécues au quotidien, les attentes du patient ou de sa famille, la fréquence du suivi, l'environnement dans lequel évolue le patient, etc.

Toutefois, il existe des indicateurs d'une intervention réussie, et à mon avis, ces indicateurs ne s'appliquent pas qu'à mon domaine de pratique, l'orthophonie, mais à toute autre intervention entreprise par un professionnel qui a un intérêt pour la relation d'aide.

Je qualifierais une intervention de réussie quand:

  1. Le plaisir est de la partie. Il est essentiel pour moi que mon patient ait du plaisir tout en apprenant dans une atmosphère détendue, stimulante et amusante. Les activités que je choisis sont donc directement en lien avec ses intérêts, ce qui demande de faire preuve de créativité dans mes interventions, car chaque patient est unique! Alors que David, 3 ans, est un fan fini de Flash Mcqueen, Laura, 5 ans, connaît par coeur la chanson thème de la Reine des Neiges. Tandis que Luc, 34 ans, est friand de politique, Jolianne, 52 ans, adore les activités en plein air et les voyages. Le plaisir est la première voie de nos apprentissages et la base d'une communication réussie.
  2. Les valeurs et les préoccupations de la famille sont prises en considération. Chaque famille que j'accueille dans mon bureau vient avec son propre bagage d'expériences, de connaissances et de croyances. Les comportements socioculturels teintent la façon dont les parents interagissent avec leurs enfants. Ces derniers entrent en contact avec leur culture et socialisent par l'entremise du langage. Les pratiques culturelles ont donc un impact direct sur la façon dont les enfants apprennent à utiliser le langage. Avec qui l'enfant parle, qui parle à l'enfant, de quoi parler, quand en parler et de quelle façon en parler sont des questions auxquelles les réponses varient d'une culture à l'autre. Ces différences correspondent à différents systèmes de valeurs et de croyances. C'est pourquoi je dois adapter mon discours et ma façon de faire à chaque famille, ce qui demande d'excellentes capacités d'écoute.
  3. La collaboration est optimale. Idéalement, la communication doit passer facilement entre l'orthophoniste, la famille et les autres intervenants impliqués dans la vie du patient, et un lien de confiance doit être établi. Il arrive parfois que des membres de la famille insistent auprès d'un proche afin que ce dernier entreprenne un suivi en orthophonie, alors qu'il n'est pas motivé, pas disponible ou tout simplement pas prêt à investir le temps et l'énergie nécessaires. Il survient également que des parents consultent pour leur enfant suite à une recommandation de l'enseignant, alors qu'ils ne sont pas d'accord avec les observations de ce dernier ou avec l'avis des autres professionnels ayant gravité autour de l'enfant dans le passé, de sorte qu'ils omettent de fournir à l'orthophoniste certaines informations jugées comme importantes (ex: rapport d'évaluation antérieur, bulletin scolaire, etc.). Ou au contraire, il peut arriver que la famille ressente le besoin de consulter pour des services en orthophonie, alors que le milieu scolaire ou l'entourage tente de l'en dissuader, doutant de la pertinence d'une telle démarche. En outre, il m'est arrivé à quelques reprises d'être dans l'obligation de ne pas débuter d'intervention en orthophonie auprès d'un enfant dont l'un des parents s'opposait à un suivi orthophonique pour différentes raisons personnelles.
  4. Les activités d'intervention choisies sont adaptées aux capacités de mon patient. Il me faut généralement quelques séances avant de parvenir à bien doser la nature, la durée et la séquence des activités choisies, afin qu'elles soient adaptées aux capacités d'attention-concentration de mon patient. Cela demande patience et rigueur. Pour certains patients, je vais privilégier des activités plus longues, alors que pour d'autres, ces dernières doivent être plus courtes et plus nombreuses à chacune des séances. Tandis que des enfants nécessitent un horaire visuel avec des pictogrammes illustrant chacune des activités afin de mieux vivre les transitions, d'autres ont besoin de réaliser une activité motrice après chacune des activités afin de demeurer disponibles aux apprentissages que je veux leur transmettre. Ainsi, Lucas, 5 ans, peut réaliser un casse-tête à encastrement en entier à condition que je cache chacun des morceaux dans un bac de macaronis dans lequel il aura un plaisir immense à fouiller et qui comblera en même temps ses besoins sensoriels. Antonio, 9 ans, se montre plus motivé à lire sur la tablette, alors qu'avec Isabella, 6 ans, de courts livres renfermant un maximum de 5 phrases par page conviennent à ses capacités attentionnelles. Alors que des patients peuvent en redemander après une heure de thérapie (et faire des crises au moment de quitter mon bureau parce qu'ils ne veulent plus partir!), d'autres ont atteint leur quota après 45 minutes.
  5. Un petit progrès est noté. L'illustration ci-dessous renvoie à cette idée. À la première case, on aperçoit le visage d'un homme. À la dernière case, on retrouve le corps d'une femme. Bien qu'il soit très difficile d'identifier les changements d'une case à l'autre, on arrive néanmoins à une réelle métamorphose suite à 14 petites modifications. Ainsi, lorsqu'on chemine vers un objectif, peu importe sa nature, il faut se concentrer sur les petits progrès, et ne pas perdre de vue qu'il suffit de minces avancées pour parvenir à une grande transformation. C'est un message que je me plais à transmettre à mes patients. Par exemple, il faut parfois plusieurs mois de travail avant qu'un enfant n'intègre un nouveau son dans son répertoire et le prononce bien dans différents contextes. Néanmoins, à chaque séance, je prends le temps de vérifier avec les parents leurs observations de la semaine: est-ce que l'enfant a réussi à produire un nouveau mot renfermant le son stimulé? Est-ce qu'on parvient à mieux le comprendre à la garderie?
  6. 2016-06-29-1467168040-2056377-petitsprogrs.jpg

  7. Le parent ou le patient peut me verbaliser ce qu'il retient. À la fin d'une séance, j'aime quand le parent m'exprime dans ses mots ce qu'il ramène avec lui d'ici le prochain rendez-vous et comment il compte s'y prendre pour poursuivre les objectifs ciblés à la maison. Auparavant, j'avais tendance à écrire des conseils et suggestions d'exercices tout faits sur une feuille que je remettais aux parents, mais je me suis rendu compte avec l'expérience que je parviens à de meilleurs résultats et à une plus grande implication quand c'est le parent lui-même qui trouve des contextes de la vie quotidienne où il pourra reprendre ce qu'on travaille en thérapie. Bien sûr, j'ajoute toujours mes idées et suggestions au final, mais je laisse le parent ou le patient amorcer le travail. Quand ce sont eux qui verbalisent ou mettent par écrit ce qu'ils retiennent, la feuille ne finit pas oubliée dans le fond d'une poche et il y a plus de chances que les stratégies démontrées soient réellement mises en pratique. Par exemple, alors que la maman d'Andrik stimule la compréhension des concepts «pareils/différents» en pliant le linge propre de toute la famille (Cette chaussette rouge va avec l'autre, regarde, elles sont pareilles!), la papa de Samuel travaille le même objectif avec des jeux de mémoire sur la tablette.
  8. Je réussis à impliquer un parent ou un proche dans mon intervention. Dès la première rencontre en clinique, j'explique aux parents que si un suivi orthophonique est recommandé suite à l'évaluation, leur implication à l'extérieur de mon bureau sera des plus importantes, voire essentielle au succès de la thérapie. C'est un travail d'équipe! Malgré la régularité du suivi, au grand dam de certains parents, ce n'est pas moi qui ferai la plus grande différence dans la vie de leur enfant et dans son évolution langagière. Non, je ne suis pas comme le mécanicien à qui l'on confie sa voiture pour la faire réparer. Je ne «répare» pas le langage et la communication des enfants. Ce n'est pas en une heure par semaine que je peux accomplir un tel exploit. Cependant, je peux certainement guider le parent, lui offrir mon expertise, mes stratégies, mes astuces pour l'enligner dans la bonne direction, celle qui mènera à l'épanouissement de son enfant et son autonomie, grâce au développement de meilleures habiletés de communication. Lorsque j'interviens auprès de patients d'âge adulte, je leur transmets le même message: attendez-vous à devoir vous impliquer, à investir temps et énergie en dehors de mon bureau lors du suivi. Mais à la différence des jeunes enfants, les adultes sont pleinement conscients des raisons pour lesquelles ils consultent en orthophonie, ayant fait la démarche eux-mêmes pour prendre rendez-vous et débuter un suivi.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Sur le plateau de «Web-Thérapie»

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter