Adrien Pouliot

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Legault devrait se réjouir du retrait du projet de loi 14

Publication: 06/09/2013 13:39

La CAQ, nous dit son chef, est un parti «pragmatique», ni de gauche, ni de droite. Voilà justement son problème. La CAQ n'a pas de boussole idéologique et la tentative de transplantation de l'ADN de l'ADQ en son sein a fait l'objet d'un rejet sans équivoque. Il en résulte un parti qui cherche désespérément à compter des points médiatiques plutôt qu'à réfléchir aux conséquences de ses politiques.

Prenons l'exemple du projet de loi 14 déposé par le Parti Québécois et qui a pour objet de «resserer» la Charte de la langue française.

Alors qu'au début, la CAQ plaidait qu'il y avait de bonnes dispositions dans ce projet de loi qui valaient la peine d'être adoptées, le chef annonce à peine quelques semaines plus tard que trois dispositions majeures le heurtaient : forcer les enfants des militaires à aller à l'école en français, retirer le statut bilingue de certaines villes et imposer la loi 101 aux très petites entreprises.

Puis, encore quelques semaines plus tard, «d'autres enjeux sont toutefois devenus préoccupants», tels la ségrégation linguistique dans les CÉGEPS, les pouvoirs de poursuites de l'OQLF, les pouvoirs d'enquête accordés au ministre, l'expression «communautés culturelles» et le droit de vivre et de travailler en français. «Devenus préoccupants»? Quoi, ils ne l'étaient pas dès le début?

Mme Marois a annoncé qu'elle va probablement retirer le projet de loi offensant et je salue cette sage décision. Dès mon élection comme chef du Parti conservateur du Québec, j'ai affirmé haut et fort que le projet de loi 14 était une solution en quête d'un problème et que notre parti s'opposait catégoriquement à toutes ses dispositions. Je déplorais que ce projet de loi liberticide viole les droits et libertés individuels des Québécois et que Mme Marois cherche à créer la dissension sociale entre Québécois qui s'accommodent pourtant très bien de la Charte telle qu'elle existe actuellement. Il était évident qu'elle cherchait plutôt à apaiser les ayatollahs de la pureté linguistique de son parti au lieu de promouvoir un Québec confiant et ouvert sur le monde et de s'attaquer à des problèmes plus urgents comme des impôts et taxes oppressant la classe moyenne.

Je m'attendais donc à ce que M. Legault applaudisse comme moi cet ènième recul du gouvernement péquiste. Mais qu'à cela ne tienne, la CAQ conspue le PQ pour ce repli ! M. Legault aurait voulu que Mme Marois continue de l'avant avec sa loi divisive pour que la CAQ puisse proposer de l'éviscérer quitte à en conserver deux dispositions au moins aussi offensantes que celles dont il proposait l'abandon.

M. Legault veut en effet imposer aux petites et moyennes entreprises de 25 à 49 employés le lourd fardeau administratif de se conformer à la Charte. Les ressources limitées de ces entreprises peinent à suffire pour répondre aux diverses obligations administratives qui leur incombent déjà. Ajouter à ces dernières ne peut que les éloigner de leur nécessaire raison d'être: bien servir leurs clients, assurer la subsistance de leurs propriétaires et de leurs employés, créer de la richesse et contribuer au développement économique du Québec. Pour un parti qui dit vouloir encourager l'entrepreneuriat et la création d'emplois, quelle meilleure façon que d'empiler la réglementation sur le dos des entreprises pour y arriver ! Et quel problème M. Legault veut-il régler auprès des PME quand on sait que la quasi-totalité (99,6 %) des propriétaires de PME affirment qu'ils peuvent offrir un service en français à leur clientèle, que la presque totalité (90 %) affirment respecter les exigences en matière de publicité de même que les dispositions en matière d'affichage et que dans 93 % des PME, le français est utilisé principalement (77 %) ou en partie (16 %), pour communiquer avec les employés. Ce pourcentage se chiffre à 94 % en ce qui a trait aux communications avec la clientèle et à 89 % en ce qui concerne les fournisseurs.

M. Legault veut aussi maintenir les dispositions visant à mieux intégrer les immigrants. S'il pense à la disposition qui encouragerait encore plus la sélection des immigrants selon le critère de la langue plutôt que des compétences ou de l'intégration au marché du travail, il faut se demander si c'est là une position logique pour un parti qui veut apparemment encourager la création de richesse au Québec. On veut des immigrants qui travaillent et s'intègrent ou des immigrants peu qualifiés et au chômage (ou sur l'aide sociale) mais qui parlent français ?

Plutôt que de faire flèche de tout bois afin de s'attirer une attention médiatique qu'il désespère d'avoir pour renflouer son bateau qui prend l'eau, M. Legault devrait se laisser guider par des principes clairs de droits et libertés individuels et d'économie de marché.

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  • Camille Laurin lors de son entrée à l'Assemblée nationale, le 27 avril 1977, jour où il déposa son projet de loi sur la langue française.

  • Un vétéran de la Seconde guerre mondiale proteste contre la Loi 101.

  • Camille Laurin appose un badge YES sur le veston de René Lévesque, lors de la campagne du référendum sur l'indépendance du Québec en février 1980.

  • Camille Laurin s'adresse au caucus du PQ lors du 20ème anniversaire de la Loi 101, célébré le 26 août 1997.

  • Un restaurateur montréalais montre les sous-bock en anglais qui lui ont valu, en mars 2000) d'être réprimandé par les inspecteurs de l'Office de la langue française.

  • Gilles Duceppe, Louise Harel et Pauline Marois en tête de la manifestation montréalaise organisée le 26 août 2007, pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Des partisans de la Loi 101 manifestent pour la défense de la Charte de la langue française, le 26 août 2007 à Montréal.

  • Un défenseur du Québec francophone, lors de la manifestatiom organisée pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Le premier ministre Jean Charest, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • Pauline Marois, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • L'édifice de l'Office québécois de la langue française, à Montréal, porte le nom du père de la Loi 101.

  • Le député indépendant, et ex-péquiste, Pierre Curzi présente, le 27 mai 2012, un projet de loi visant à modifier la Charte de langue française qui élargirait la portée de ses dispositions.

  • La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a présenté le 5 décembre 2012 un <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/12/05/modification-loi-101_n_2243301.html">projet de loi visant à modifier la Loi 101</a>, et notamment à inclure l'usage du français Charte québécoise des droits et libertés.

 

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