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La fin de Lisée justifie les moyens de Lisée

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L'élection de Jean-François Lisée porte à la tête du Parti québécois un étatiste accroché au modèle québécois, un modèle désuet et brisé qui a poussé le Québec dans un déclin tranquille depuis plus de quarante ans.

En janvier 2012, soit peu de temps avant de se lancer comme candidat péquiste à l'élection générale de 2012, Lisée a publié un livre intitulé Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments. L'éditeur présente ce livre dans les termes suivants :

À sa manière inimitable et dans la tradition du pamphlet politique, Jean-François Lisée confronte une quinzaine de mythes les plus employés par la droite économique pour tenter de saper le moral des Québécois. Chaque (fausse) affirmation est prise de front et réfutée de façon convaincante, chiffres à l'appui. L'auteur offre par la suite une défense vibrante de la viabilité économique de l'État québécois, voire celle d'un Québec souverain.

Dans mon propre livre Des idées pour débloquer le Québec - Comment briser le triangle de l'immobilisme, je me suis appliqué, avec l'aide de David Gagnon de Antagoniste.net, à déboulonner un à un chacun des quinze arguments du chef Lisée vantant les mérites du modèle québécois, en mettant en lumière d'autres statistiques, lesquelles étaient pourtant disponibles pendant qu'il préparait son livre, mais qu'il a ignorées.

Prenons par exemple sa première "affirmation". Selon Lisée, le Québec n'est pas économiquement médiocre, puisque depuis 10 ans la croissance du PIB par habitant rivalisant avec les pays du G-7. Pour parvenir à une telle conclusion, le nouveau chef du PQ présente un graphique comparant la croissance du PIB par habitant du Québec à celle des pays du G-7 et de l'Ontario, pour la période couverte entre 2001 et 2011. Selon cette analyse, le Québec se classe deuxième, uniquement devancé par l'Allemagne.

Il y a deux problèmes avec cet argument. Premièrement, la période choisie. On ne peut pas prétendre analyser véritablement les succès du modèle québécois en se basant sur seulement une période de temps aussi courte. Pour être en mesure de dégager une tendance historique significative, ce genre d'analyse doit être effectuée à partir d'une période beaucoup plus longue, surtout si l'on tient compte du fait que la dernière décennie a été plutôt atypique sur le plan de l'économie, avec deux récessions, l'impact des attentats du 11 septembre 2001 et une économie québécoise stimulée artificiellement par d'importantes dépenses en infrastructures. Deuxièmement, l'échantillonnage demeure relativement petit : pourquoi se limiter uniquement aux pays du G-7 ?

De fait, quand on compare la croissance du PIB par habitant au Québec pour la période entre 1981 et 2010, soit la plage de temps la plus étendue possible pour laquelle des statistiques étaient disponibles au moment de la publication du livre de Jean-François Lisée, on constate, malheureusement pour la gauche québécoise et son sacro-saint modèle, que le Québec se retrouve dans le peloton de queue du classement des vingt pays les plus riches de l'OCDE.

Deuxième exemple. Lisée affirme que le Québec serait l'un des endroits où les gens travaillent le plus. Pour parvenir à cette conclusion, il compare le taux d'activité du Québec à celui des pays du G-7. Selon cette « analyse », le Québec se classe deuxième, uniquement devancé par le Canada.

Le problème avec cet argument est que Jean-François Lisée utilise une mesure qui ne veut rien dire. Le taux d'activité mesure le pourcentage de la population qui fait partie de la population active, celle-ci comprenant les personnes ayant un emploi et... les chômeurs! Avouez l'ironie de la chose : pour prouver que les Québécois seraient les plus travaillants, Lisée inclut dans ses calculs les gens qui sont sur le chômage !

Mais ce n'est pas tout. Avoir un emploi ne signifie pas que l'on fait preuve de zèle dans son travail. Dans le calcul du taux d'activité, on ne fait aucune différence entre une personne qui travaille dix heures par semaine et une autre qui travaille quatre-vingts heures par semaine. Sans compter que les très hauts taux de décrochage au Québec peuvent gonfler artificiellement le taux d'activité.

Selon les tenants du modèle québécois dont Lisée se fait l'un des porte-parole, le Québec se situerait dans le peloton de tête alors que dans la réalité, il est dans le sous-sol du classement.

Troisième exemple : Le Québec se compare avantageusement aux autres, côté productivité. Pour parvenir à cette conclusion, Jean-François Lisée s'adonne à une séance intensive de cherry-picking. En effet, il prétend pouvoir mettre la droite K.-O. en analysant uniquement la croissance de la productivité dans les provinces canadiennes pour l'année 2009. Selon ces chiffres, le Québec se classe premier.

Il y a deux problèmes majeurs avec cette analyse. Premièrement, la croissance de la productivité n'est pas la même chose que la productivité. Par exemple, si la croissance du PIB chinois est quatre fois plus élevée que la croissance du PIB américain, cela ne signifie pas que les Chinois sont quatre fois plus riches que les Américains. Ensuite, il y a l'année de référence : pourquoi avoir limité l'analyse à l'année 2009 seulement ? Parce que c'était la seule année où le Québec avait bien performé. Une analyse sérieuse aurait dû se faire sur une période beaucoup plus longue. Si on analyse la situation dans son ensemble au lieu de choisir les données qui font notre affaire, force est de constater que le Québec est à des années-lumière du portrait rose bonbon dessiné par Jean-François Lisée. Selon les tenants du modèle québécois dont il se fait l'un des porte-parole, le Québec se situerait dans le peloton de tête alors que dans la réalité, le Québec est dans le sous-sol du classement, ce qui est plutôt catastrophique.

Ceux qui veulent constater la fausseté des douze autres affirmations du nouveau chef péquiste pourront consulter mon livre. Suffit-il de dire que Lisée n'a pas hésité à manipuler, tronquer et maquiller la réalité pour arriver aux fins de son pamphlet qui est d'exulter le modèle québécois.

Ceux qui aiment véritablement le Québec comme moi et qui souhaitent une amélioration du niveau de vie de nos concitoyens n'hésitent pas quant à eux à pointer du doigt les bobos du modèle québécois et à établir un vrai diagnostic pour pouvoir ensuite prescrire les remèdes afin de guérir le patient.

Jean-François Lisée sera un adversaire redoutable des fédéralistes et de la droite québécoise, non pas à cause de la justesse de ses arguments, mais plutôt parce que celui-ci utilisera tous les moyens, intellectuellement honnêtes ou non, pour arriver ses fins.

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