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Si c'est bon pour pitou...

03/02/2015 10:01 EST | Actualisé 05/04/2015 05:12 EDT

Les attentats de Paris ont eu l'effet de relancer dans le débat public les questions de liberté d'expression et de religion.

Évidemment, rien ne justifie les actes barbares posés par ces assassins à Paris. Ce billet n'a pas pour objet d'innocenter de tels gestes. Mais comprenons-nous bien : les caricatures de Charlie Hebdo (du pape comme du prophète) attaquaient les croyants de ces religions au plus profond de leur être. Mais qu'à cela ne tienne, il n'existe pas de droit de ne pas être offensé, que ce soit par la parole ou par le port d'un morceau de tissu sur les cheveux ou de deux bouts de bois cruciformes sur une chaîne autour du cou.

Ce qui m'amène au cas de l'imam salafiste Hamza Chaoui qui vient tester nos beaux principes, nous les croyants de la démocratie. Soudainement, le discours vertueux « à la Charlie » fait place à « Il y a des limites à ce qu'on peut dire » et « On attaque les fondements de notre façon de vivre » pour réclamer une intervention. Plusieurs voudraient que l'État « fasse quelque chose pour l'en empêcher » - sans savoir quoi exactement.

Pourtant, il y a à peine un mois, plusieurs chefs d'État, bras dessus, bras dessous, ont déclaré que la liberté d'expression, un fondement de nos sociétés libérales, doit protéger le droit de critiquer les religions. Certains de nos politiciens et commentateurs québécois qui soulèvent un tollé au sujet de l'imam et ses propos répugnants s'étaient d'ailleurs joints à ce vertueux concert à la liberté de conscience et d'expression.

Pourquoi la liberté d'expression est-elle bonne pour pitou mais pas pour minou? Comment pouvons-nous, du même souffle, protéger le droit de parole de ceux qui dénoncent la façon de vivre de certains pratiquants musulmans, mais bâillonner ceux qui dénoncent notre propre façon de vivre?

D'aucuns me diront que M. Chaoui veut endoctriner nos enfants. On peut répondre que nos écoles confessionnelles juives et catholiques font de même. Vous vous rappelez du petit catéchisme?

J'abhorre les enseignements de l'islam radical. Je crois profondément à notre système de démocratie libérale capitaliste. Mais avouons-le, n'est-ce pas la diversité qui nous choque? Comme le dit l'éditeur du Québécois Libre, pour les traditionalistes intolérants par exemple, le simple fait que les homosexuels existent est un affront à la volonté divine qui doit être corrigé; pour les égalitaristes, la simple existence de riches est une injustice flagrante; pour les nationalistes xénophobes, le fait qu'il existe des citoyens québécois qui ne parlent pas français à la maison ou sur la rue autour d'eux est un affront direct à la Nation; pour les fascistes de la santé, ce ne sont plus les désagréments causés par les fumeurs aux non-fumeurs qui sont le problème, mais bien l'existence même de fumeurs. Quiconque fait preuve d'intolérance et de refus de la diversité a tout d'un partisan de l'autoritarisme et la répression étatique.

Une fois entrés ici, les résidents ont droit à la protection de nos chartes. La question à poser, c'est de savoir si le gouvernement, qui s'est acquis au fil des ans le rôle de choisir nos immigrants, devrait permettre à des prédicateurs radicaux d'entrer au Canada comme à travers une passoire... Kathleen Weil, la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, devrait peut-être avoir une petite conservation avec son homologue du gouvernement fédéral à ce sujet au lieu de passer la rondelle au maire de Montréal.

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