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Lettre ouverte aux congressistes du PLQ

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J'aurais pu être parmi vous cette fin de semaine alors que vous vous réunissez à Drummondville en Conseil général pour définir les grandes orientations de votre formation politique. J'ai en effet songé à devenir membre du Parti libéral du Québec le 5 septembre 2012, après avoir entendu le discours de démission de Jean Charest. Étant un amant de la liberté, ma curiosité a été piquée et j'ai donc consulté le livre de Claude Ryan, Les valeurs libérales et le Québec moderne, publié en 2004 et préfacé par Jean Charest.

M. Ryan y rappelle que les valeurs du PLQ sont fondées, notamment, sur la liberté individuelle et le développement économique. D'ailleurs, dans le mot «libéral», il y a le mot «liberté». Comme l'expliquait l'auteur et économiste Pierre Lemieux au congrès d'orientation du Parti libéral en 1997, être libéral au sens classique du terme et comme on le comprenait du temps de Lafontaine signifiait celui qui tient le pouvoir de l'État en haute suspicion, qui veut le limiter en autant que possible, qui vise non seulement à freiner la croissance de l'État mais aussi à diminuer la place que l'interventionnisme de l'État a prise dans nos vies. Jean-Jacques Rousseau ne disait-il pas que «(l)a liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à ne pas être soumis à celle d'autrui»?

Claude Ryan réitère dans son ouvrage que la liberté est une valeur fondamentale du PLQ mais il nous met en garde cependant que ces libertés peuvent être restreintes pour le «bien supérieur», lequel doit être établi de manière «concluante». La relativisation de nos libertés aux mains de «l'intérêt supérieur» déterminé par des hommes politiques bien humains et imparfaits mais sans balises ou garde-fous doit éveiller chez nous une saine suspicion de pouvoir. N'oublions pas que chaque fois qu'une loi ou un règlement est adopté, il y a fort probablement (à moins que ce ne soit pour en abroger un autre) une diminution de nos libertés individuelles.

La liberté individuelle a-t-elle été au cœur des valeurs de votre parti au cours des quatorze dernières années? Est-ce que les centaines de lois et règlements qui ont été adoptés au cours de cette période et qui ont limité nos droits et libertés individuels ont été justifiés par un bien supérieur établi de manière concluante? Nul doute que ces lois et règlements ont été adoptés avec de bonnes intentions mais, pour citer le juge Louis Brandeis dans Olmstead v. United States, 277 U.S. 438 (1928), «(t)he greatest dangers to liberty lurk in insidious encroachment by men of zeal, well-meaning but without understanding.»

La taille de l'État, qu'on peut mesurer par le budget, le nombre de fonctionnaires et le nombre de programmes, n'a cessé de croître depuis les années soixante. L'inquiétude face à la montée de l'État-providence a été maintes fois soulevée par des présidents de commission politique du PLQ, tels Yvan Allaire, René Dussault et Thierry Vandal. Le fardeau fiscal des Québécois qui est requis pour faire fonctionner la pieuvre étatique est parmi les plus élevés en Amérique du Nord. Le prix à payer en terme de restrictions à nos libertés individuelles et ses conséquences sur la déresponsabilisation de l'individu a-t-il été trop élevé? Avez-vous doucement et subrepticement abandonné nos droits et libertés à l'État malgré les avertissements de Sir Wilfrid Laurier qui affirmait dans un discours sur le libéralisme politique prononcé le 26 juin 1877: «An eternal, unceasing vigilance is the price which must be paid for the inappreciable benefit of liberty. Again, under a constitutional monarchy, more perhaps than under a republican form, is the exercise of this vigilance necessary»?

M. Ryan affirme que le développement économique a toujours été au cœur des préoccupations du Parti libéral et est une conséquence de la primauté de la liberté individuelle. À quoi bon être libre, disait-il, si on ne peut pas entreprendre?

Effectivement, le développement économique de la province a été rendu possible grâce à l'économie de marché, i.e. le système économique dans lequel les décisions d'investissement, de production et de distribution sont fondées sur la loi de l'offre et de la demande et où les prix sont déterminés de façon libre, par opposition à un système de planification bureaucratique centrale où la production et l'investissement sont décidés par l'État.

En lisant les 81 propositions contenues au cahier des participants à votre congrès, il y en a une qui me frappe comme montrant des signes de ce libéralisme économique que le Parti libéral devrait représenter. C'est celle proposée par la Commission Jeunesse visant l'économie de partage. Même si ses termes demandent une intervention de l'État dans ce nouveau secteur de l'économie, on peut espérer en fait qu'on vise ici à légaliser l'émergence de nouvelles formes innovatrices d'utilisation de biens de consommation, tels les logements et les véhicules, qui est actuellement menacée ou bloquée par le système réglementaire en place. Dans ce cas, cette proposition tomberait sous le sens des valeurs mises de l'avant par Claude Ryan.

En bout du compte, je ne suis pas devenu un militant du Parti libéral du Québec. Mais je suis un fervent partisan de la liberté individuelle au Québec et d'un rôle limité de l'État dans l'économie. L'adoption de la résolution proposée par la Commission Jeunesse ne pourrait que faire avancer, un tant soit peu, le libéralisme sur lequel le Parti libéral du Québec a fondé sa raison d'être lors de sa fondation en 1867.

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