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Qatar 2022: entre football, ostentation, souffrance et esclavagisme moderne

12/07/2014 11:13 EDT | Actualisé 11/09/2014 05:12 EDT

Vous en avez marre d'entendre parler du Brésil ? Vous en avez marre d'entendre parler de la Coupe du monde de soccer? Vous en avez marre d'entendre les gens vous dire que des populations entières ont été déplacées afin d'assurer la diffusion d'une image impeccable d'un Brésil qui ne se reconnaît même pas ?

Vous en avez marre de vous faire casser les oriels avec le coût social, économique et humain que l'organisation de la coupe du monde de football 2014 a engendré ?

C'est ce que je pensais, vous vous en foutez que la plupart des stades qui ont coûté des centaines de millions de dollars ne serviront plus à rien alors que la crise sociale persiste.

Vous vous foutez aussi de la complicité de la FIFA dans le nettoyage social qui se déroule au Brésil depuis que la coupe du monde lui a été octroyée. Ce n'est pas grave on oubliera vite les crimes commis par le Brésil et la FIFA puisque dans deux ans il y aura d'autres qui seront commis par une autre organisation criminelle de haut calibre. Dans deux ans il y aura les Jeux olympiques pour divertir tous ces pauvres gens.

Puisque vous en avez marre d'entendre parler du Brésil, je vais vous parler du Qatar.

Vous savez que la coupe du monde 2022 se tiendra au Qatar ?

Maintenant vous le savez !

Dans les deux dernières années Human Right Watch et Amnistie internationale se sont penchés sur l'exploitation des travailleurs et travailleuses migrant(e)s dans le cadre de la construction d'infrastructures en prévision de la coupe du monde 2022 et mettaient en garde la FIFA et les organisateurs quant aux abus que les travailleurs et travailleuses migrant(e)s subissaient. Mais ce n'est que du businesss as usual comme disait l'autre.

La lune de miel du soccer

Le Qatar en plein essor depuis quelques années suit cette tendance classique d'intégration dans le capitalisme global et l'émirat semble avoir jeté son dévolu sur la sphère sportive.

Les investisseurs qataris se sont essentiellement tournés vers la planète footballistique dans les dernières années. En 2010 l'emblématique club de soccer, le FC Barcelone qui traditionnellement n'affichait pas de commanditaire sur son maillot s'est vu signer une entente de commandite avec l'ONG Qatar Fondation afin d'arborer le signe de l'ONG qatari sur le devant de son maillot. Cette entente rapportera au FC Barcelone 125 millions de livres sterling sur six ans selon ce que rapportait BBC Sports.

Outre ce contrat lucratif de commandite avec l'un des clubs les plus prestigieux de la planète, des investisseurs qataris, Qatar Sports Investments, ont fait l'achat du fameux club de football le Paris Saint-Germain en 2011. La conquête de la galaxie du soccer par le Qatar ne s'arrête pas là puisqu'en 2010 l'émirat est officiellement devenu le premier pays du Moyen-Orient à obtenir l'organisation de la Coupe du monde de soccer de 2022. En un an seulement les conquistadors qataris ont réussi à marquer le monde du soccer comme personne d'autre.

Lorsqu'on sait que l'organisation de la Coupe du monde a servi de tremplin à plusieurs pays dans leurs intégrations au sein du capitalisme global, il ne faut pas s'étonner que le Qatar utilise le sport comme rampe d'accès à un monde économique: sans frontières, sans limites, sans scrupule.

L'aveuglement volontaire de la FIFA

Il est possible de tracer un portrait sociogéographique global des travailleurs et travailleuses migrant(e)s qui représentent plus de 90% de la main-d'oeuvre active de l'émirat. En effet, la majorité de cette population migrante provient du sud et du Sud-est asiatique. Human Right Watch rapportait dans son rapport que ces travailleurs et travailleuses proviennent essentiellement de cinq pays: Inde, Népal, Sri Lanka, Pakistan et Bangladesh.

Ce que cache l'extravagance qatarie est tristement déplorable. La plupart des travailleurs et travailleuses migrant(e)s interrogés par HRW rapportaient qu'ils devaient payer plus de 3500$ afin d'avoir accès aux emplois dans l'émirat.

Ces frais posent un sérieux problème en matière de légitimité et de légalité puisque l'ONG affirme que «ces frais emprisonnent les travailleurs dans des emplois même lorsque l'employeur abuse de leurs droits et cela résulte à du travail forcé.»

Les travailleurs et travailleuses migrant(e)s ont des attentes relativement élevées face à cette nouvelle aventure qui s'offre à eux et elles. Or, il semblerait que le rêve tourne assez rapidement au cauchemarda lorsque ces personnes se rendent sur place. Dans les camps de travail il a pu être observé par HRW que les chambres à la disposition des travailleurs et travailleuses étaient remplies à pleine capacité et contenait habituellement entre huit et dix-huit personnes; tout ça mélangé aux conditions insupportables qu'occasionne parfois l'absence d'air conditionné et de nécessités de premier recours.

Amnistie internationale rapportait aussi que des travailleurs et travailleuses risquaient des sanctions financières s'ils manquaient une journée de travail. Toutes sortes de moyens sont donc mobilisés afin de maintenir la main d'œuvre dans un état de sujétion absolue et les employeurs n'hésitent pas à confisquer les passeports afin de limiter le mouvement des travailleurs et travailleuses migrant-e-s.

Les travailleurs et travailleuses se retrouvent alors soumis à un double rapport de coercition, d'un côté l'employeur qui fait appel à des pratiques inhumaines pour maintenir les premiers dans un état d'esclaves modernes, de l'autre l'émirat qui de par ses lois inadéquates facilite l'exploitation extrême des travailleurs et travailleuses migrant-e-s.

De plus, l'ONG fait remarquer qu'en moyenne les personnes mobilisées à la construction des infrastructures qui devront accueillir la coupe du monde en 2022 travaillent 22.75 heures de temps supplémentaire par semaine, alors que le maximum d'heures supplémentaires permises pas la loi qatarie se situe à 12h par semaine.

Les chantiers qataris sont devenus les nouveaux champs de coton. Alors qu'au Brésil les médias rapportaient seulement quelques morts sur les chantiers de construction pour les infrastructures de la Coupe du monde 2014 au Qatar jusqu'à présent il est question d'une moyenne d'un mort par jour. Les causes de décès sont essentiellement liées aux mauvaises conditions de travail.

Vous en avez marre d'entendre parler du Qatar 2022 ? N'ayez crainte si on se fie au Brésil 2014 on risque davantage de vous parler de la dégelé que l'équipe nationale qatarie va subir durant le mondial 2022 que des pratiques barbares auxquelles la FIFA s'adonne depuis toujours. C'est toujours plus divertissant la débandade de l'équipe hôte sur un terrain de foot que la débandade de tout un peuple qui crève autour de ce même terrain de foot...

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