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Privilèges blancs dans un monde racisé

02/05/2015 08:08 EDT | Actualisé 01/05/2016 05:12 EDT

Un autre policier blanc a tué un autre humain noir chez nos voisins du sud. Les Noirs pètent tout - pas juste les Noirs, mais bon vous savez ce que les médias disent : «Les noirs sont violents ».

Je vois donc à quelle violence vous êtes le plus sensibles. Je me dis parfois que si les Noirs étaient de gros commerces aux vitres reluisantes, certaines personnes seraient peut-être plus sensibles à leur vie...

Dans une société atteinte d'une maladie dégénérative qu'on appelle communément le capitalisme avancé, la hiérarchisation de la violence est classifiée selon les dommages matériels qui en résultent. Le fétichisme de la marchandise à son apogée.

Le racisme institutionnalisé prend par exemple forme lorsqu'on met au même niveau d'analyse les émeutes produites par un événement sportif - qui est souvent orchestré par des hommes blancs bourgeois - et les émeutes résultant de la colère provoquée par le mort d'un jeune noir tué par des policiers blancs.

L'aveuglement volontaire est un privilège exclusivement blanc. Les médias se plaisent plus souvent qu'autrement à pointer du doigt une population historiquement et quotidiennement réprimée pour quelques dommages matériels. Encore pire, ils tendent à rendre cette population responsable de son malheur tout en martelant que la casse est inacceptable.

Peut-être l'est-elle, mais oublier volontairement ce qui a provoqué cette casse vous rend coupable des meurtres de personnes noires par les policiers blancs.

Coupables parce que vous normalisez la violence raciale. Coupables parce que, pour vous, une vitre a plus de valeur qu'une vie humaine. Coupables parce que vous produisez de la pornographie basée sur la violence raciale pour votre auditoire majoritairement blanc. Cette pornographie qui nourrit leurs préjugés. À travers laquelle ils voient les noirs comme des sauvages qui pillent les magasins, qui brûlent des maisons de retraite, qui lancent des roches. Toutes ces images sans contexte, à travers lesquelles vous reproduisez la violence raciale. Ces images à travers lesquelles vous faites plaisir à l'orgueil du petit blanc qui regarde du haut de ses préjugés les événements à travers vos yeux en se disant que lui et ses semblables ne sont pas comme ça. Ces images à travers lesquelles vous laissez croire que l'émeute sportive est comparable à l'émeute raciale.

Le racisme institutionnalisé se matérialise, de plus en plus fréquemment, par le meurtre de jeunes hommes et femmes par les chiens de garde de l'État qui n'hésitent pas à dégainer, plus vite que leur ombre, lorsqu'une personne de couleur n'obéit pas de facto à leurs ordres.

Lorsque je vois la souffrance humaine, je me dis qu'elle n'a pas de couleur, pas de race, pas de sexe, pas d'orientation sexuelle, mais la réalité me rappelle à coups de guns qu'elle a souvent tendance à s'abattre sur les mêmes personnes.

J'ai honte d'être un jeune homme blanc. J'ai honte parce que je ne peux pas partager mes privilèges avec mes camarades noirs.

J'ai honte parce que je crois parfois comprendre ce qu'est la souffrance, avant que la réalité ne me foute un coup de poing sur la gueule. Avant qu'un autre policier blanc ne me rappelle que ma vie ne sera peut-être jamais en danger face à lui parce que je ne suis pas noir.

J'ai honte finalement parce que mon idéal d'humanité n'est, après tout, qu'une illusion qui m'est permise parce que je suis un homme blanc qui vit dans un monde racisé.

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