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Facebook, le journaliste et la théorie du genre

19/05/2014 06:13 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Ce billet est coécrit par Adis Simidzija, étudiant à la maîtrise en sociologie à l'Université de Montréal et Binah Thunier, candidate à la maîtrise en philosophie à l'Université Paris 8.

Dans le Journal de Québec, le 9 mai dernier, se trouvait une merveilleuse absurdité. Par la sensibilité aiguë de sa réflexion, Dominic Maurais nous exposait de sa plume subtile et sibylline les nuances et contre coups de la théorie Queer. Avec des titres et sous-titres légers et recherchés tels que: «aux deux, aux trois, aux...» et «les trans et autres machins-trucs», on se fourvoie des plaisirs de l'esprit.

L'essentiel de l'article s'affaire à critiquer la permissivité terminologique récemment introduite par Facebook. Grosso modo, on s'interroge sur cette nouvelle option qu'ont les utilisateurs de se cyber-identifier via 56 catégories sexuelles. Parmi celles-ci, on retrouve un champ assez vaste : gender questionning, androgyne, pangender ou two-spirits. Ce laxisme lexical semble choquer ce journaliste par sa complexité et l'appel au débat public est ouvert: « Croyez-vous que l'identité de genre ne fait que compliquer le concept d'identité? »

Teinté d'un conservatisme hard-chrétien typique des animateurs radio de Québec, l'analyse de M. Maurais, nous chatouille les neurones sans jamais nous amener à autre chose que l'irréductible dénonciation de la diversité sexuelle. Biais axiologique flagrant, la question est pourtant magnifiquement formulée. En une phrase, on vient de poser le projet intellectuel des Cultural Studies : saisir l'individu dans sa matérialité, sa complexité la plus profonde et indicible. Compliquer le concept d'individu, compliquer le flagrant, compliqué jusqu'à engager un effort de remise en question endémique.

De la réification des rapports sociaux à la réification du désir, la marge s'étiole. Questionner le genre, ne serait-ce pas là une brèche épistémologique susceptible de mener à compliquer d'autres faits avérés, justement? Slavoj Žižek, chaton-philosophe-révolutionnaire-marxiste, disait qu'il nous est plus facile d'imaginer notre monde détruit par un astéroïde que la fin du capitalisme. Tout ou rien. Une dualité forcée que l'on nous cale au ventre, aussi ferme que le genre et l'hétéronormativité. Choisi ton genre ou rien, performe! nous dit Judith Butler.

Sexualité et pouvoir sont les matrices de ségrégation. L'enfant à la petite école se sera fait immanquablement placer devant deux réalités, sa future vie économique et sa future vie sexuelle. Le dogme du parfait sujet social est ainsi établi par un double archétype socio-économique et socio-sexuel. Au sein de l'archétype socio-sexuel, l'enfant est confronté à une dualité qui semble tout à fait innée chez l'être humain. Or, les théories féministes et autres théories critiques tendent à remettre en question et dynamiter ce dogme simplificateur de l'identité sexuelle et des pratiques qui s'y rattachent.

Contre coup naturel, la stigmatisation de comportements marginaux permet au pouvoir de tracer ses lignes fixes de commandement. Le corps des dominants campe sa légitimité au plus profond des esprits. Le désir et l'émotivité vécue comme des attributs intimes de l'être se révèlent être la nécessité instrumentale du capitalisme intraitable.

Nous revoilà donc devant la merveilleuse question de M. Maurais. La complexité et les possibilités de se définir et de définir son rapport au réel sont accrues. Que se passerait-il si les facultés de marketing et sciences économiques en faisant autant et complexifiait leurs grilles d'analyse? Les convictions sur le marché et le mode de fonctionnement du capital resteraient-elles intactes bien longtemps?

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