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Quand l'équilibre budgétaire se fait sur le dos des pauvres

07/10/2014 07:56 EDT | Actualisé 07/12/2014 05:12 EST

On apprenait dans La Presse la semaine dernière que le gouvernement Couillard a l'intention de couper dans l'aide sociale.

Le sous-prolétariat québécois gonfle à vue d'œil. Le gouvernement brandit la hache de l'austérité et frappe les populations les plus vulnérables sans retenue. La lutte des classes à son meilleur ?

Lutte des classes, vraiment ?

Une lutte, certes, chorégraphiée dont on connaît le résultat d'avance. Plutôt, un massacre en règle des populations vulnérables par la bourgeoise dirigeante composée essentiellement de médecins, d'avocats et d'hommes d'affaires. Autrement dit, on assiste à une mise à mort agonisante, sans tambour ni trompette, des personnes bénéficiant de l'aide social.

Comme tout le monde devrait maintenant le savoir, c'est chez les personnes qui bénéficient de quelque 500$ mensuellement pour survivre qu'on peut faire les plus grandes économies sans que celles-ci ne se révoltent.

Rien de nouveau sous les cieux puisque sous le gouvernement Marois, Agnès Maltais, avec tout le charme qu'on ne lui reconnaît pas, avait annoncé des coupures de l'ordre de quelque 20 millions dans l'aide sociale. Ces compressions touchaient pour l'essentiel les tranches les plus vulnérables des vulnérables : les bénéficiaires de l'aide social, les toxicomanes, les vieillards, etc.

Il va de soi pour l'opinion publique que les toxicomanes "BS" ne devraient pas boire et consommer des drogues sur le bras des honnêtes citoyens qui payent leurs impôts. Parce que, si ce n'est pas le toxicomane BS qu'on coupe, c'est le payeur de taxes moyen et cela est bien entendu inacceptable ! Richard Martineau et compagnie vous l'ont dit, alors pourquoi remettre en question cet a priori indéniable.

La révolution Couillard

Marx prétendait que l'accroissement du prolétariat constituait un élément nécessaire à la révolution sociale. Le gouvernement Couillard est-il en train de mettre en pratique ce vieil adage marxien afin que révolution se fasse ? On peut bien en douter, puisque celui-ci gonfle les rangs du sous-prolétariat qui possède ni les moyens d'organisation ni de mobilisation nécessaire à la révolution. Tout cela se fait bien plus au nom du renouvellement perpétuel du capital.

Les concepts marxiens de prolétariat et de sous-prolétariat semblent dépassés depuis longtemps. Par contre, la réalité a tendance à réactualiser ces concepts de manière ponctuelle. L'austérité est dénoncée récemment par Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, et même par des chercheurs du FMI qui avaient reconnu il y a quelques années que l'austérité en Grèce, par exemple, fût le fruit d'une petite erreur de calcul. à peine caricatural ce fait n'en demeure pas moins près de la réalité.

Après tout, ça arrive à tout le monde de se tromper. Peut-être pas au prix de vies humaines et d'une crise perpétuelle qui s'étend maintenant à l'échelle mondiale et qui, rappelons-le, bénéficie au capital. L'erreur est humaine. Le capital survit aussi grâce aux crises répétées, et après ?

Comment le contribuable moyen peut-il en vouloir à M. Couillard d'essayer de lui épargner ce fardeau que représente le pauvre toxicomane sur l'aide sociale? Tant qu'à rentrer dans les généralisations aussi bien le faire dans l'ironie. Il a une âme charitable, ce médecin, premier ministre bourgeois de la haute classe dirigeante.

Peut-être s'inspire-t-il de théories scientifiques pour mettre en place ses mesures d'austérité qui ne touchent ni les banques, ni les banquiers, ni les branleurs de l'Assemblée nationale. Peut-être que M. Couillard croit-il en la théorie du darwinisme social ? Nul ne le saura.

Par contre, on continue à nous faire saigner les oreilles avec l'austérité et la nécessité de couper partout pour épargner. Épargner, épargner en crissant des gens dans la rue, voilà en quoi consiste le nouveau plan du gouvernement.

Parce qu'après tout, plus il y aura de personnes qui seront à la rue, moins l'État aura de personnes à sa charge. C'est un calcul très simple. Il n'y a qu'à jeter un coup d'œil à la manière dont l'État s'occupe, ou ne s'occupe pas, des populations en situation d'itinérance pour s'en convaincre.

Outre une politique déjà passée dans l'oubli et qui au mieux sert de papier de toilette aux branleurs de l'Assemblée nationale lorsqu'il leur en manque ( ce qui ne doit pas arriver souvent, puisqu'ils coupent partout sauf dans leurs propres poches ! L'austérité, c'est pour les autres ), il n'y a pas grand-chose qui est fait pour s'occuper des personnes en situation d'extrême pauvreté. Bref, du sous-prolétariat québécois qu'on remarque trop souvent que parce que sa présence est parfois dérangeante pour notre train quotidien.

Nous épargnons ici nos confrères et consœurs universitaires qui ont fait la grève avec nous et avec qui nous avons combattu l'injustice bras dessus bras dessous ; lesquelles ne semblent pas se soucier plus qu'il n'en faille de ces personnes bénéficiant actuellement de l'aide sociale et qui, peut-être, n'en bénéficieront plus dans un avenir proche.

Vous qui vous êtes indignés le temps d'un printemps, il serait peut-être temps de vous indigner le temps d'une vie.

Nos leaders étudiants de jadis écrivent des livres et apparaissent de temps à autre dans différentes tribunes d'opinion, favorisant certes la réflexivité sociale, toutefois cela semble insuffisant devant les attaques en règle que lance le gouvernement contre la société. Certain.es militant.es étudiant.es ont joints des groupes militants à l'extérieur du milieu universitaire, mais de manière générale les étudiant.es ne sont plus dans la rue lorsque vient le temps de se solidariser avec les plus démunis de notre société contre toutes sortes de politiques qui prennent les pauvres comme laboratoire d'expérimentation.

Quoiqu'on en dise, il faut reconnaître que nous, les étudiants universitaires, pris dans notre globalité, sommes jusqu'à un certain point une classe privilégiée. Non pas en raison de notre pouvoir d'achat, mais de par la portée et les outils que nous avons, qu'ils soient de nature intellectuelle ou organisationnelle. Nous avons le pouvoir de mobiliser, de changer les choses. Nous l'avons démontré par le passé. Malheureusement, ce que nous reprochait la droite québécoise, soit d'agir selon un intérêt corporatiste malgré notre discours à portée universaliste, ne se révèle peut-être pas si faux que ça. Notre solidarité en tant que groupe social se limite à nos propres acquis et conditions. Il y a bien sûr des exceptions à la règle.

La révolution sociale ne se fera pas seulement dans l'institution, elle se fera aussi et surtout en marge de celle-ci. Il serait peut-être temps d'élargir notre lutte au-delà des frontières institutionnelles et retourner dans la rue bras dessus bras dessous avec les personnes qui n'ont même pas accès à trois repas par jour.

Ce texte est cosigné par Adis Simidzija, étudiant à la maîtrise en sociologie à l'Université de Montréal, et Sarah Girard, étudiante à la maîtrise en sociologie à l'UQAM.

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