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Brutalité policière: la normalisation d'une répression systémique

17/03/2014 11:55 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT

«La surveillance policière fournit à la prison les infracteurs que celle-ci transforme en délinquants, cibles et auxiliaires des contrôles policiers qui renvoient régulièrement certains d'entre eux à la prison.» - Michel Foucault

Maman m'a dit: «Le printemps cogne à notre porte mon fils.» J'ai dit à maman: «Oui, il cogne malheureusement à coups de matraque et à coups de répression.»

La manifestation annuelle contre la brutalité policière s'est encore une fois soldée par un nombre exagérément élevé d'arrestations, 288 pour être plus précis, dont plusieurs arrêtés étaient des passants qui ne prenaient même pas part à la manifestation.

Tout au long de la semaine qui a précédé le rassemblement, le SPVM était en mode de dissuasion massive avec les médias comme porte-voix. Celui-ci multipliait les interventions afin de convaincre la population que la manifestation du 15 mars allait dégénérer une fois de plus cette année. Le SPVM a volontairement oublié qu'il y a eu historiquement des manifestations du C.O.B.P qui se sont déroulées dans un calme absolu.

C'est seulement depuis quelques années que la manifestation a tendance à finir en affrontement sans fin dans les rues de Montréal. Cette tendance suite celle de l'augmentation accrue de la présence policière pour encadrer ce genre de manifestation. On justifie la mise en place d'un État policier (parce qu'il faut prendre part à une des manifestations qui sont tuées dans l'oeuf pour le constater) par quelques vitres brisées.

Personne dans les médias ne s'est questionné sur l'approche ultra-répressive et ultra-arbitraire de la part du service de police de la ville de Montréal. Il serait peut-être judicieux de leur rappeler que le SPVM avait été fortement critiqué par le conseil de sécurité des Nations Unies en 2005 et que l'ONU avait condamné les tactiques policières utilisées lors du sommet du G20 en 2010 à Toronto et que le SPVM applique présentement sans retenue.

D'innombrables rapports ont aussi démontré l'illégalité de la prise en souricière de manifestants par les policiers. Pour se dégager de la critique, le SPVM joue sur les mots et parle d'interpellations, alors que les gens qui sont dans une souricière sont bel et bien mis en état d'arrestation et détenus des heures durant.

Personne dans les médias n'en a parlé; ils ont même ajusté leur vocabulaire à celui du SPVM. Personne ne s'est inquiété de la dérive sécuritaire qui mène à un comportement totalitaire de notre service d'ordre. Au nom de la vitre brisée, on tue la liberté d'expression. Au nom de la vitre brisée, on justifie une violence physique inouïe. Au nom de la vitre brisée, on se ferme les yeux sur les abus policiers que les organisateurs de la manifestation annuelle contre la brutalité policière tentent justement de dénoncer. Au nom de la vitre brisée, les médias discréditent le cri du cœur de ceux qui tentent depuis plus de 18 ans de dénoncer les abus d'une institution qui se déresponsabilise toujours plus.

Le SPVM a même déclaré quelques jours avant la tenue de la manifestation que celle-ci était illégale puisqu'il n'y avait pas eu de trajet remis. Or, rappelons ici que le règlement P6 ne prévoit pas un délai pour la remise du trajet.

Il est du devoir de chaque citoyen, de chaque média, de chaque individu de se questionner sur l'approche de cette institution armée jusqu'aux dents et qui est en guerre contre certains groupes.

Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, prétendait que son organisation agit de la sorte parce que les citoyens ont dit «qu'ils en avaient assez», sans préciser de quoi ces citoyens en avaient assez.

Il est important de rafraichir un peu la mémoire de M. Lafrenière et du Service de police de la ville de Montréal et leur rappeler que les citoyens n'ont pas eu leur mot à dire sur le règlement municipal P6, celui-ci ayant été adopté dans la hâte au conseil de ville de Montréal par des élus. De plus, il était loin de faire l'unanimité. Si M. Lafrenière considère que «les citoyens» se résument à ceux qui dirigent la Ville, alors il est tout à fait juste de se questionner sur ce que, mais surtout sur qui le SPVM protège et sert.

Une réflexion sérieuse mérite d'être faite de la part des politiques, de la population et des médias sur la légitimité des faits et gestes du Service de police de la ville de Montréal. Accepter que celui-ci décide arbitrairement quelle manifestation aura lieu et quelle autre sera encerclée et tuée dans l'œuf est inacceptable. Ce qu'on a pu constater samedi dernier était bel et bien une du domaine de l'arbitraire. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à garder en tête que beaucoup de manifestations sans trajet ont été tolérée du début jusqu'à la fin avec une présence policière limitée. Ça, le SPVM et les médias n'en parlent pas.

Le danger, il vient précisément du fait qu'on accepte au nom d'un règlement municipal, et de quelques vitres cassées, un comportement juvénile de la part d'une institution trop immature pour accepter la critique.

Ce délire sécuritaire tend a justifier beaucoup d'actions qui vont à l'encontre des droits et libertés individuels si chers à notre classe politique. Qu'est-ce qu'on attend pour réagir du côté de l'Hôtel de Ville? Qu'est-ce qu'attend la première ministre du Québec pour dénoncer ce genre de comportements, elle qui avait fortement dénoncé la loi spéciale décrétée par le gouvernement libéral de l'époque et dont plusieurs points ont été repris dans le RM P6 ?

Normaliser ce genre de comportements ultra-arbitraires et ultra-répressif dans une société comme la nôtre, c'est tirer dans le pied de notre démocratie qui se retrouve déjà sur respirateur artificiel...

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Manifestation contre la brutalité policière du 15 mars 2014


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