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Pourquoi certains internautes n'ont aucune limite?

Publication: 14/09/2013 12:18

On est souvent choqué par ce que les gens publient sur internet. Au moins une fois dans l'année, il a dû vous arriver de rester bouche bée face à un tweet offensant, une image de débauche sur Facebook , une vidéo Youtube embarrassante, ou un commentaire très peu professionnel d'une connaissance sur LinkedIn. Qu'est-ce qui fait que certaines personnes semblent ne s'imposer aucune limitation dans les réseaux sociaux, tandis que d'autres sont plus sélectives et soucieuses de leur intimité - et quelle devrait être votre stratégie ?

Deux facteurs clés dirigent nos choix sur les réseaux sociaux, selon une récente étude effectuée par les chercheurs Ariane Ollier-Malaterre, Nancy Rothbard, et Justin Berg. L'un réside dans les frontières que l'on se fixe : sommes-nous rassembleurs ou segmenteurs? Les rassembleurs aiment construire des ponts entre vie personnelle et vie professionnelle. Les rassembleurs s'efforcent de mélanger leur travail avec leur vie en-dehors du bureau - ils sont enclins à parler de leurs enfants dans le cercle professionnel, n'hésitent pas à apporter du travail chez eux, et sont heureux de partager les mêmes informations avec leurs collègues qu'avec leur famille ou leurs amis.

Les segmenteurs aiment séparer domaines professionnel et personnel. Ils créent des barrières mentales entre leur travail et d'autres aspects de leur vie. Sur les réseaux sociaux, cela peut passer par l'activation de contrôles de vie privée, faire que son profil soit introuvable sur la barre de recherche, et segmenter son réseau en utilisant LinkedIn pour les contacts professionnels et Facebook pour les contacts personnels.

L'autre facteur est la façon dont on veut être perçu par les autres: cherche-t-on à impressionner ou à s'exprimer? Ceux qui cherchent à impressionner considèrent les réseaux sociaux comme un outil pour se montrer - ils veulent se fabriquer une réputation positive et attirer une base forte de followers. Comme l'écrivent les chercheurs, ils ont pour objectif de "divulguer des informations flatteuses (réussites, jolis photos,etc.), glamours (commentaires et photos de voyage) ou tendant à faire apparaître la personne comme intelligente (articles de journaux intéressants, etc.)." Ils évitent aussi les posts controversés et choisissent et surveillent les photos, tags et commentaires les concernant.

Pour ceux qui cherchent plutôt à s'exprimer, les réseaux sociaux ne sont pas un moyen de se faire des amis; c'est une opportunité d'apporter des détails sur soi-même aux autres. Ce qui implique de s'ouvrir plus: partager ses talons d'Achille, divulguer des opinions non conformistes, écrire sur des expériences stressantes, ou publier des photos qui pourraient ne pas plaire à tout le monde.

En combinant préférences de limitation et motivations quant à son image, on peut avoir un meilleur aperçu des stratégies que l'on choisit et savoir combien les autres nous apprécieront et nous respecteront. Les rassembleurs ayant une forte envie de s'exprimer ne filtrent pas leur contenu ou leur public. Cette stratégie ouverte est la moins chronophage et la plus authentique, mais elle sacrifie le respect et la sympathie: on développe une réputation en révélant trop d'informations et en partageant une information inappropriée. C'est probablement plus commun qu'auparavant: comme je l'ai noté récemment, il semble qu'en comparaison avec d'autres générations, la génération Y se soucie plus d'expression personnelle que d'acceptation sociale.

Ceux qui souhaitent s'exprimer sont en mesure de maintenir le respect qu'on leur porte en segmentant leur public. En séparant leurs réseaux LinkedIn et Facebook, par exemple, les segmenteurs peuvent toujours révéler à leurs amis et leur famille leurs véritables identités et expériences sans s'aliéner ou offenser leurs collègues.

Cependant, cette approche ne garantit quand même pas une totale sympathie. Comme l'expliquent les chercheurs, une récente étude montre que "41% des utilisateurs de Facebook pensent qu'il serait irresponsable d'ignorer une demande d'amitié sur Facebook de la part d'un collègue" et que "les employés les plus jeunes sont connectés sur Facebook à environ 16 de leurs collègues." Les segmenteurs qui cherchent à s'exprimer se voient dans l'obligation d'expliquer à leurs collègues pourquoi ils ont refusé leurs demandes d'amitié Facebook, les amenant parfois à se demander ce qui se cache derrière ce monde privé.

Les chercheurs font valoir l'argument étonnant selon lequel surveiller son image est souvent synonyme de plus de respect et de sympathie de la part d'autrui. En segmentant ce que l'on partage avec des publics différents, écrivent les chercheurs, on crée des relations en ligne qui "reflètent l'aspect sur-mesure des relations dans le monde réel." Seulement, cela implique de fournir beaucoup plus de travail. Seules quelques personnes ont le temps de créer et maintenir des listes séparées de contacts pour partager différents types d'information, et faire évoluer ces listes en fonction des changements dans nos relations. Et même avec la meilleure volonté du monde, parfois on ne peut pas empêcher les amis de franchir les limites que l'on a fixées.

Personnellement, étant plus un rassembleur, j'ai un certain nombre de contacts professionnels dans mon réseau Facebook. Ma femme est une segmenteuse -- au point que la simple mention de sa présence sur les réseaux sociaux la fait se hérisser, elle ira même jusqu'à le nier. En ce qui nous concerne, la segmentation est la dominante dans notre couple : effacer des frontières demande beaucoup plus de travail à un segmenteur que construire des barrières pour un rassembleur. (De fait, Nancy Rothbard et ses collègues ont mené une étude montrant que les segmenteurs sont moins satisfaits et impliqués quand leurs sociétés proposent une garderie au bureau. Même quand ils ne sont pas affectés directement, la seule irruption de la vie de famille des autres dans leur espace de travail attaque leurs barrières mentales.)

Comme beaucoup de gens sont segmenteurs, être apprécié et respecté requiert probablement une certaine sélectivité sur ce que l'on partage et avec qui. Et il existe une manière d'être sélectif sans passer un temps et une énergie infinis à diriger différents réseaux et listes: on appelle cela la conversation. J'aimerais donc proposer une règle: quand vous avez des doutes, partagez-les hors ligne.

Adam Grant est l'auteur du bestseller Give and take. Suivez-le sur Twitter @AdamMGrant et LinkedIn
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