Maripier Isabelle

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Coopération en 2013: Le Canada doit choisir son camp

Publication: 02/01/2013 14:54

Guerres, conflits armés, menaces diverses, famines, inégalités persistantes, catastrophes naturelles et humaines... Le monde a connu en 2012 son lot de défis et de bouleversements. Certains se sont avérés être d'inspirantes occasions pour la communauté internationale de se dépasser et de progresser. Mais la plupart de ces épreuves commandent encore davantage de coopération et d'action. De nouveaux partenariats devront être pensés afin que des nations qui font aujourd'hui face à des réalités socio-économiques aux antipodes puissent un jour aspirer aux mêmes niveaux de prospérité et d'opportunités.

L'année 2013 sera déterminante pour la réputation internationale du Canada. Comme en témoigne l'exemple éloquent des nouvelles directives transmises à l'Agence canadienne de développement international (ACDI), le changement de cap opéré en termes de politiques d'aide au développement laisse planer un doute quant au rôle que notre pays sera appelé à jouer auprès des pays en développement au cours des prochaines années.

En novembre dernier, le ministre Fantino a demandé à l'ACDI de diriger les efforts qu'elle déploie dans les économies émergentes vers la formation de travailleurs dans le domaine de l'extraction de ressources naturelles, principalement minières. Avec une telle stratégie d'aide au développement, 2013 pourrait bien être l'année où nous disons adieu à la solide réputation internationale qui précédait le Canada il n'y a de cela pas si longtemps.

Il ne fait aucun doute qu'en matière d'aide internationale, un investissement permettant de développer des talents en adéquation avec les besoins du marché du travail est préférable à une série d'engagements financiers ponctuels consentis en marge de toute vision à long terme. Cependant, que notre action à l'international permette à certains individus d'acquérir une expertise dans l'industrie de l'extraction des ressources naturelles est loin d'être suffisant. Nous pouvons -- et nous devons -- faire mieux.

Nous devrions d'abord nous questionner sur le caractère durable de la croissance économique générée par une aide au développement centrée sur l'acquisition de compétences qui sont pour la plupart non transférables à d'autres secteurs d'activités que celui de l'exploitation de matières premières. Une fois un gisement épuisé, comment le travailleur d'une mine ayant fermé ses portes peut-il mettre à profit son expertise -- si spécialisée -- pour développer de nouveaux moteurs d'activité économique pour sa communauté? Pour assurer la sécurité financière de sa famille? Comment ce genre d'expérience professionnelle peut-elle inciter à l'entrepreneuriat, vecteur incomparable de prospérité future?

Cette nouvelle tentative de conjuguer intérêts économiques nationaux et efforts de coopération internationale pourrait générer moins d'inquiétudes dans un contexte différent : le problème est que l'ACDI subira, au cours des trois prochaines années, des compressions budgétaires totalisant 319 millions de dollars. Dans un tel contexte, chacune de ses nouvelles initiatives devra dès lors être financée à même des ressources auparavant destinées à d'autres opérations. Déplacer des fonds de programmes de l'ACDI dédiés à la santé ou à l'éducation semble être une voie à tout le moins discutable à emprunter.

Si l'on souhaite que l'ACDI soit un joueur clé dans le développement de partenariats porteurs d'un développement socio-économique durable à l'international, il est nécessaire que son action découle d'une vision à long terme axée sur l'acquisition de compétences variées et complémentaires par les générations futures. Cela veut dire imaginer des stratégies d'aide internationale créant des opportunités d'emplois dans une multiplicité de domaines et améliorant substantiellement l'accès à tous les niveaux d'éducation.

Ces opportunités devraient être à la portée de plusieurs générations, et non d'une seule. Elles devraient ouvrir la porte à la diversification des économies en difficulté, et non les confiner à un seul créneau en les rendant dépendantes d'un seul secteur d'activités. Ces opportunités devraient être synonymes d'émancipation, promesse d'autonomie et s'inspirer des aspirations et des ambitions des communautés locales.

Il ne s'agit pas d'un objectif idéaliste, il s'agit d'un objectif réaliste et porteur.

En 2013, les Canadiens auront l'occasion de dessiner leur avenir, d'orienter le développement de leur pays par leur créativité, leur détermination, leur vision, leurs principes et leurs ambitions. Nous avons le privilège d'avoir les moyens d'y parvenir.

Par nos actions en matière de coopération internationale, nous pouvons aider d'autres nations à atteindre cette liberté. Nous pouvons les appuyer et leur permettre de devenir les architectes d'une prospérité qui rencontre leurs propres aspirations. Et conséquemment, de nous assurer que les inégalités qui ont survécu à cette année qui vient de s'achever ne survivront pas aux prochaines générations.

 

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