Bruno Masse

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La psychologie des conservateurs: sept caractéristiques de l'autoritarisme de droite

Publication: 16/05/2013 00:05

Stephen Harper

Politiques antisociales, mépris de la science, rhétorique haineuse - pour plusieurs, les conservateurs d'ici et d'ailleurs semblent difficiles, voire impossibles à comprendre. Or, la psychologie étudie depuis longtemps ce mouvement, avec des résultats surprenants. Vous ne verrez plus jamais les conservateurs de la même façon!

En février dernier, un sondage Léger démontrait que 11% des québécois-es étaient en faveur du gouvernement Harper (Le Devoir, 11 février 2013).

Toutefois, si le Parti conservateur du Canada n'est pas très populaire dans la belle province, l'idéologie de la droite conservatrice est très bien représentée sur la scène publique. Quotidiennement, les commentateurs de médias tels que V-télé, Radio-X ou le Journal de Montréal émettent des opinions sur les bases du conservatisme politique. D'une journée à l'autre, ces émules de Fox News s'attaquent à une variété de groupes cibles: progressistes, féministes, syndicats, étudiants-es, écologistes, groupes communautaires, autochtones, personnes défavorisées, sans-emplois, communautés LGBT, minorités culturelles, etc.

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Mais nos conservateurs d'ici, du Réseau Liberté-Québec aux partis suprématistes blancs comme la Fédération des Québécois de souche et la Légion nationale, ne sont rien de nouveau. En fait, la psychologie étudie ce phénomène depuis longtemps, et de plus en plus d'études scientifiques [1] nous permettent de mieux comprendre la pensée autoritaire de droite.

L'autoritarisme de droite

Malgré une panoplie d'étiquettes (républicains, [néo]conservateurs, libertariens, identitaires, etc.), le conservatisme peut être défini dans sa plus simple expression comme une « résistance au changement et une tolérance pour l'inégalité » (Jost et al., 2006).

Robert Altermeyer, professeur de psychologie de l'Université du Manitoba, perfectionne un test qui évalue l'autoritarisme de droite. Les personnes qui obtiennent un score élevé sur l'échelle sont considérées comme des high-RWA: des autoritaires de droite. Ces questions sont centrées sur trois attitudes:

  1. La soumission autoritaire (un haut degré de soumission aux autorités perçues comme étant établies et légitimes);

  2. L'agression autoritaire (une agressivité générale envers les groupes d'exclusion - ceux perçus comme étant déviants et reconnues comme des cibles par des autorités établies, ex. minorités ethniques, femmes, pauvres, etc.)

  3. Le conventionnalisme (une adhérence profonde aux traditions et normes sociales perçues comme étant endossées par la société et des autorités établies). Et bien que la croyance religieuse y soit prévalente, elle n'est pas un critère essentiel.

Les travaux du psychologue deviennent une référence en psychologie sociale et ses hypothèses ont été largement validées (Duckitt, 1993; Rubinstein, G., 1996; Meloen, Van der Linden et De Whitte, 1996; Greenberg et Jonas, 2003; Gatto et Dambrun, 2010; Gerber et al. 2010; Hodson et Busseri, 2013).

7 traits caractéristiques de l'autoritarisme de droite

Robert Altermeyer (2006) observe plusieurs éléments récurrents dans le comportement et la cognition de ses sujets. Il fait, entre autres, plusieurs distinctions entre les « suivants » et les « leaders » autoritaires et précise certaines conditions sociales et culturelles qui contribuent au développement de l'autoritarisme. Par exemple, grandir dans une famille où l'on réprime l'auto-détermination et récompense la soumission.

Toutefois, ce sont les sept traits caractéristiques de la pensée des autoritaires de droite qui retiennent mon attention, puisque c'est ainsi qu'ils se manifestent actuellement sur la scène publique.

1. La pensée illogique

Bien que la plupart des gens aient de la difficulté avec le raisonnement syllogistique (c.-à-d. penser logiquement, présenter des arguments véridiques et cohérents), Altermeyer précise que les autoritaires de droite ont beaucoup plus de difficulté à déceler les erreurs dans leur raisonnement et celui de leurs pairs. « S'ils aiment la conclusion, précise le professeur de psychologie, ils ont tendance à présumer que le raisonnement est également bon. »

L'inverse est également vrai, en ayant « de la difficulté à décider si les preuves empiriques prouvent, ou ne prouvent pas, quelque chose ».

Nyhan et Reifler (2006) démontrent que les preuves scientifiques n'ont peu ou pas d'effet sur les conservateurs à reconnaître le phénomène du réchauffement climatique. Cette conclusion est validée à nouveau par Malka, Krosnick, et Langer (2009) et Hamilton (2011). Pire encore, Nyhan et Reifler décrivent un effet boomerang (« backfire effect ») où les preuves scientifiques renforcent plutôt l'incrédulité de certains sujets conservateurs, qui érigent des murs en réaction aux idées qui ébranleraient leur système de croyances.

2. Un esprit hautement compartimenté

Altermeyer estime que les autoritaires de droite ont un esprit hautement compartimenté, signifiant qu'ils ont « des idées pauvrement intégrées les unes avec les autres », allant jusqu'à la contradiction. Ces valeurs et ces idées coexistent simultanément et sont évoquées au besoin, selon la situation.

C'est cette compartimentation qui permet à plusieurs conservateurs canadiens d'être à la fois contre l'avortement et pour la peine capitale, ainsi qu'en faveur de l'intervention militaire au Moyen-Orient. La valeur de la vie - tantôt sacrée et intouchable, tantôt négligeable - change selon les besoins, mais les autoritaires parviennent à tenir ces différentes positions simultanément.

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  • Qui sont les anciens ministres du gouvernement Harper qui s'opposent à l'avortement? Voici la liste, selon la <em>Campaign Life Coalition</em>.

  • Rob Nicholson

    Ministre de la Défense nationale

  • Peter Van Loan

    Leader du gouvernement à la Chambre des communes.

  • Jason Kenney

    Ministre de l'Emploi et du Développement social et ministre du Multiculturalisme.

  • Gerry Ritz

    Ministre de l'Agriculture

  • Ed Fast

    Ministre du Commerce international.

  • Lynne Yelich

    Ministre d'État (Affaires étrangères et consulaires)

  • Gary Goodyear

    Ministre d'État (Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l'Ontario)



La conception de la liberté d'expression est également flexible. Alors que les « radios-poubelles » comme Radio-X et FM93 s'opposent à la censure lorsqu'il s'agit des propos tenus dans leurs ondes (en 2004, Radio-X lançait sa campagne « Liberté, je crie ton nom partout »), cela ne les empêche pas de décrier toutes les protestations syndicales, étudiantes, féministes et écologistes. En novembre 2012, Sylvain Bouchard de FM93 réagit à une conférence du politologue Marc-André Cyr: « Je soumettrais le tout peut-être à un procureur de la Couronne, juste pour voir si y'a pas moyen de lui fermer la boîte [sic] ».

3. Le double discours

Dans une expérience récurrente, Altermeyer interpelle des sujets qui ont obtenu un score élevé sur l'échelle d'autoritarisme de droite. Devant deux groupes différents, il présente le cas d'un procès entre un itinérant et un comptable pour voie de fait. À un groupe, il présente une version selon laquelle l'itinérant a assailli le comptable, et à l'autre, c'est le comptable qui a attaqué l'itinérant. Altermeyer demande ensuite à ses sujets de déterminer la sentence du comptable. Systématiquement, l'itinérant reçoit la plus lourde sentence, alors que les autoritaires sont beaucoup plus cléments avec le comptable. Même s'il s'agit de la même situation, tous les autoritaires démontrent un préjugé favorable au comptable.

Au Québec, nous avons eu un exemple saillant du double discours lors du Printemps québécois quand le maire d'Huntingdon, Stéphane Gendron, fustige les étudiants qui bloquent le pont Champlain. Il proclame: « L'armée et la bastonnade pour les esties [sic] de morveux puants sales. L'armée, et si on ne dégage pas: on frappe. C'est pas la violence [sic]. C'est l'État de droit contre la violence et les agressions étudiantes ».

Toutefois, c'est aussi Stéphane Gendron qui avait mené un blocage de la route 138 en 2006 pour exiger que le gouvernement verse de l'argent à sa municipalité (Canoë, 3 mars 2012).

4. L'hypocrisie

Voilà un autre trait significatif selon Altermeyer, révélée lorsque le comportement et le discours sont diamétralement opposés. Un des exemples les plus frappants de l'hypocrisie est la relation entre l'homophobie et l'homosexualité. On n'arrive plus à compter les scandales où des activistes conservateurs anti-gais ont été surpris dans des actes homosexuels: autant pour les pasteurs religieux [2] que pour les politiciens conservateurs [3].

Selon Adams, Wright et Lohr (1996), plus de la moitié des personnes qui ont des idées homophobes ressentent également des désirs homosexuels. Leur agressivité envers la communauté LGBT reflète une tentative de réprimer ces désirs.  Plus récemment, Weinstein et al. (2012), de l'Université de Rochester, démontrent une corrélation positive entre une éducation autoritaire et l'homophobie, de même qu'avec l'homophobie et l'homosexualité.

5. L'absence d'autocritique

Intimement liée au trait de l'esprit hautement compartimenté, l'absence d'autocritique ou de regard sur soi est un trait définitif selon Altermeyer. Lors d'une simulation répétée, le professeur démontre que les autoritaires veulent voir les résultats de leurs tests seulement lorsqu'ils sont bons. Si les résultats sont mauvais, ils ne sont pas intéressés à savoir pourquoi.

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  • La réforme de l’assurance-emploi

    Le gouvernement de Stephen Harper a adopté, à la fin de 2012, sa réforme de l’assurance-emploi afin d’intensifier les efforts de recherche d’un travail chez les prestataires. Les conservateurs ont minimisé les critiques disant que ces changements mèneraient des travailleurs qualifiés à accepter des emplois loin de leurs compétences ou… de leur maison. La grogne contre Ottawa n’a fait que s’intensifier à ce sujet depuis le début de 2013.

  • Idle No More

    C’est à la fin de 2012, après l’adoption du projet de loi C-45, qui viole des traités ancestraux selon les autochtones, que les Premières Nations débutent le mouvement de protestation Idle No More. Le 11 décembre 2012, la chef crie Theresa Spence entreprend une grève de la faim, souhaitant une rencontre avec le premier ministre Harper. Le silence et l’inaction du gouvernement sont décriés par plusieurs, d’autant plus que, pendant ce temps, le premier ministre reçoit à son bureau les gagnants de la téléréalité Occupation double. Les Premières Nations réclament toujours un vaste chantier sur leurs conditions et leurs droits.

  • Le débat sur l’avortement refait surface

    En septembre 2012, un député conservateur d’arrière-ban lance un pavé dans la mare en déposant une motion sur le statut du fœtus. La motion est rejetée, mais l’appui de 91 députés, dont la ministre de la Condition féminine Rona Ambrose, inquiète certaines personnes qui craignent la réouverture du débat sur l’avortement. Le premier ministre balaie cette possibilité en réaffirmant la légalité de l’avortement au pays.

  • Le registre des armes d’épaule aboli

    Arguant qu’il était désuet et coûteux et qu’il faisait passer les «chasseurs pour des criminels», les conservateurs ont profité de leur majorité pour voter un projet qu’il leur était cher depuis longtemps : l’abolition du registre des armes d’épaule et de ses données. Les réactions ont été vives, surtout au Québec et chez les groupes de victimes de crimes armés. Québec a demandé le rapatriement des données pour créer son propre registre.

  • La reine au goût du jour

    En juillet 2011, le ministre John Baird remplace des tableaux d’Alfred Pellan par un portrait de la reine, aux bureaux du ministère des Affaires étrangères. Au cours de la même année, plusieurs gestes sont posés pour remettre la royauté au goût du jour. La Défense appose le mot «royale» à la marine et à la force aérienne du Canada et les ambassades canadiennes sont sommées d’ajouter un portrait d’Élisabeth II à leurs murs.

  • Des statistiques moins précises

    En 2010, le gouvernement a décidé de mettre fin à l’obligation pour les Canadiens de remplir le formulaire long lors du recensement, qui se fait tous les cinq ans. Cette politique était en vigueur lors du dernier coup de sonde, en 2011, privant ainsi les statisticiens de nombreuses données précieuses.

  • Le G20 à Toronto

    Les coûts pour la sécurité ont atteint près d’un milliard de dollars. Le choix de tenir le sommet du G20 au centre-ville de Toronto avait été vertement critiqué. Des dépenses extravagantes à Huntsville, pour le sommet du G8 qui avait précédé, avaient aussi été décriées. Mais ce sont les quelque 1100 arrestations massives, les plus importantes de l’histoire du pays, qui ont marqué l’imaginaire collectif.

  • Le fiasco des F35

    En 2010, le gouvernement conservateur annonce l’intention de remplacer ses vieux jets CF18 en faisant l’acquisition de 65 nouveaux F35. Coût de l’opération : 16 G$. Après de nombreux débats aux Communes et un rapport indiquant que les coûts s’élèveraient plutôt à 45 G$, les conservateurs ont choisi de freiner le projet et de revenir à la case départ. Pour le moment, on prévoit débloquer des fonds pour maintenir la flotte de CF-18 en opération jusqu’en 2020.

  • Le dossier Omar Khadr

    Le Canada a été montré du doigt pour avoir tardé à rapatrier au pays Omar Khadr, emprisonné à Guantanamo depuis 2002 et reconnu coupable, en 2010, de crimes de guerre qu’il a commis à l’âge de 15 ans. Khadr était le dernier ressortissant d’un pays occidental prisonnier à Guantanamo. Lors de son retour au Canada, en septembre 2012, il s’était écoulé un an depuis le moment où son rapatriement avait été permis.

  • Des journalistes contrôlés?

    Depuis son arrivée au pouvoir, Stephen Harper ne s’est pas fait d’amis auprès des journalistes. Dès ses premières conférences de presse, le premier ministre est critiqué sur le nombre de questions auxquelles il répond. Les professionnels de la presse condamnent aussi les difficiles demandes d’accès à l’information et le fait que certaines personnes, comme les ministres ou les fonctionnaires scientifiques, soient difficiles à rejoindre.

  • Le retrait de Kyoto

    Stephen Harper a déjà indiqué que le protocole de Kyoto était un complot socialiste qui visait à soutirer de l’argent aux pays riches. Pas surprenant, donc, qu’en décembre 2011, après avoir ignoré maintes fois ses cibles, le Canada se retire officiellement de Kyoto. Dans les grandes réunions environnementales, le Canada s’attire la foudre de la communauté internationale et rafle bon nombre de prix fossiles.

  • Durcissement des lois

    La position des conservateurs sur les jeunes contrevenants et sur les questions carcérales a divisé les Canadiens. Si plusieurs se réjouissent que le parti de Stephen Harper ait tenu ses promesses en durcissant certaines lois, d’autres croient que l’on devrait investir dans des programmes sociaux et des mesures de prévention. Le projet de loi C-10, adopté début 2012 et qui durcit les peines de certains crimes en plus de rendre le pardon plus difficile, a été vivement critiqué. Le projet C-30 sur la surveillance Internet a pour sa part été abandonné en février 2013, après plus d’un an de débats et de controverses.

  • Nominations unilingues

    En octobre 2011, Stephen Harper nomme Michael Moldaver, un juge unilingue anglophone, à la Cour suprême du Canada. En 2006, alors qu’il est au pouvoir que depuis un mois, le premier ministre avait posé un geste similaire. La nomination de Michael Ferguson, aussi unilingue anglophone, au poste de vérificateur général, en novembre 2011, avait ajouté l’insulte à l’injure et rouvert le débat sur le bilinguisme.

  • Les artistes en colère

    Les artistes n’ont jamais été de fervents défenseurs des politiques des conservateurs. Dès 2008, des chanteurs, acteurs et autres artistes se liguent et présente la vidéo <a href="http://www.youtube.com/watch?v=n3HVFsIQ5M4" target="_blank">Culture en péril</a>. Ils dénoncent les coupures dans le milieu de la culture et, plus tard, les politiques qui nuisent aux droits d’auteur. Les coupes dans les budgets de nombreux organismes, dont Radio-Canada, mettent également le feu aux poudres.

  • La prorogation

    Fin 2009, le premier ministre Harper choisit de fermer la Parlement. Résultat? Les députés ne siégeront pas pendant 63 jours. On veut reprendre les travaux une fois les Jeux de Vancouver passés. Mais plusieurs indiquent que les conservateurs souhaitent faire tomber la poussière sur le transfert de détenus afghans. Fin 2008, Harper avait également demandé la prorogation – qu’il obtint – à la gouverneure générale Michaëlle Jean, alors que son gouvernement minoritaire est menacé par une coalition formée par les libéraux de Stéphane Dion et les néo-démocrates de Jack Layton et appuyée par les bloquistes de Gilles Duceppe.


Sarah Palin a donné un excellent exemple suite au massacre de Tuscon en 2011, où six personnes furent assassinées dans un rallye du Parti démocrate. Préalablement, Palin avait publié une carte électorale avec plusieurs symboles de mire (crosshairs), notamment sur l'Arizona, et répété le slogan: « Ne retraitez pas, rechargez » (don't repeat, reload). L'ex-gouverneure s'est défendue, stipulant que sa rhétorique militaire partisane ne pouvait avoir aucun lien avec la violence politique, jusqu'à insinuer que la collectivité et l'individu n'avaient rien à voir l'un avec l'autre.

6. L'ethnocentrisme profond

« Un bon musulman, ça existe pas [sic] », disait Reynald du Berger sur les ondes de Radio-X le 27 août 2012. Jacques Brassard renchérit le 22 avril 2013: « Le seul terrorisme qui prévaut à travers le monde, c'est le terrorisme islamiste ».

« Les autoritaires voient le monde de façon particulièrement tranchée entre leur groupe d'appartenance et les groupes d'exclusion », affirme Altermeyer. Selon lui, c'est une mentalité de « nous contre tous les autres ». De sorte, ils valorisent énormément la loyauté de groupe et la cohésion. Par conséquent, ceux et celles qui questionnent les leaders et les croyances sont rapidement vus comme des traîtres.

À cet effet, des neurologistes britanniques démontraient récemment une corrélation positive entre l'allégeance conservatrice et une propension pour la peur (Kanai et al., 2011).

Selon Altermeyer, il serait toutefois trop simple d'affirmer que tous les gens de droite sont paranoïaques. Même s'ils « sont extrêmement suspicieux de leurs groupes d'exclusion, précise le professeur, ils sont crédibles au point de l'aveuglement lorsqu'il s'agit de leur groupe d'appartenance ».

7. Le dogmatisme

Le dogmatisme est la dernière ligne de défense des autoritaires de droite. « Par dogmatisme, soutient Altermeyer, j'entends une certitude relativement inchangeable et injustifiée. Quand tu n'as pas construit tes croyances, mais que tu les as plutôt absorbés d'autres personnes, tu n'es pas en position de les défendre lorsqu'elles sont attaquées. Autrement dit, tu ne sais pas pourquoi ce que tu penses est vrai. Quelqu'un d'autre a décidé que ce l'était, et tu les prends au mot. Alors que fais-tu quand tes idées sont défiées? », demande-t-il.

Le dogmatisme, synonyme de foi, est un des traits les plus caractéristiques de la pensée autoritaire de droite selon Jost et al. (2003). Souvent, les autoritaires de droite ne sont pas intéressés à débattre leurs positions, simplement de les répéter, comme si elles étaient admises de facto. Ils se contentent alors de propos dérogatoires et d'insultes contre leurs groupes d'exclusion, le tout parsemé de sauts de logique. Dans leurs tribunes, leurs opposants sont rarement invités. Lorsqu'ils le sont, les opposants sont ridiculisés, attaqués et on leur coupe la parole. Par exemple, lorsque Richard Martineau invite simultanément Éric Duhaime et Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE en mars 2012 à son émission à V-télé. Mais plutôt que de modérer le débat, l'animateur prend part à la discussion contre Gabriel Nadeau-Dubois.

Les plaidoyers des conservateurs se terminent souvent dans la tautologie : nous avons raison parce que nous avons raison. Pensons à la célèbre proclamation de Georges W. Bush devant le Congrès américain le 20 septembre 2001: « Vous êtes avec nous ou vous êtes avec les terroristes ». Cette affirmation est similaire à la déclaration récente du ministre conservateur Vic Toews : « Il est avec nous ou il est avec les pornographes infantiles ».

Le Réseau Liberté-Québec tenait récemment une rencontre intitulée La droite répond à la gauche radicale. Dans son mot de la fin, la présidente Johanne Marcotte rassurait les membres : « Ne vous laissez pas intimider, vous avez raison ».

Au-delà du spectacle: une conclusion

Conformément aux résultats exposés dans cet article, je m'attends à ce que les personnes qui se sentent visées par son contenu répondent de deux façons : d'une part, renverser le sens de l'article avec des paralogismes, et d'autre part, attaquer l'auteur pour miner sa crédibilité.

D'une part, les détracteurs de cet article voudront identifier un « autoritarisme de gauche » pour équivaloir l'autoritarisme de droite, en insinuant que ce sont plutôt les gauchistes qui sont les « vrais autoritaires ». Toutefois, il n'y a pas de données à ce sujet. L'autoritarisme est condamnable, peu importe l'allégeance politique, mais Altermeyer précise qu'il n'a pas réussi à trouver l'équivalent dans le mouvement progressiste en vingt-cinq ans de recherche. Par contre, le professeur convient que le comportement de dictateurs comme Mao Zedong ou Staline correspondrait probablement - dans leur pensée et leur comportement - à celui des autoritaires de droite, peu importe la plate-forme de leur parti. Cette assertion est démontrée dans Stone et Smith (1993) et McFarland, Ageyev et Abalakina (1993).

Autrement, les attaques personnelles peuvent bien pleuvoir, l'ironie d'une réponse typiquement autoritaire à un article contre l'autoritarisme parlera d'elle-même. Pendant ce temps, les arguments restent sans réponse, comme ils le furent lors de mon dernier billet.

En ce sens, comprendre les conservateurs est absolument crucial: c'est la seule voie de sortie pour ravoir les débats de fonds sur les solutions dont nous - et les générations futures - avons besoin. Tant et aussi longtemps que ces rouages pathologiques ne surgiront pas au grand jour, nous resterons prisonniers et prisonnières d'un spectacle médiatique inutile, cibles d'attaques directes contre notre intégrité physique et morale.

Et si, le spectacle outrepassé, le débat revient finalement à opposer les gens qui ressentent de l'empathie et ceux qui n'en ressentent pas, alors soit! Je parie que nous sommes plus nombreux et nombreuses à vouloir vivre dans un monde vert et solidaire.


[1] Jost et al. (2006) recensent plus d'une centaine d'études à travers des universités anglo-saxonnes et européennes sur l'autoritarisme de droite, interviewant des dizaines de milliers d'individus. L'objectif : mieux comprendre les personnes qui arborent ces idées, autant dans leur mode de réflexion, leur personnalité, leur justification d'actes d'intolérance et d'exclusion (ex. racisme, homophobie, misogynie, etc.).
[2] Pour en nommer quelques-uns: Ted Haggard, John Paulk, George Alan Rekers, Paul Barnes, Lonnie Frisbee, Roberst Liardon, Paul Crouch, Paul Cain, Eddie Long.
[3] Et encore: Richard Curtis, Glenn Murphy Jr., David Dreier, Bruce Barclay, Roy Ashburn, Troy King, Jim West, Larry Craig, Ed Schrock, Robert Allen, Mark Foley, Phillip Hinkle.

Références

Adams, Henry E., Wright, Lester W Jr. et Lohr, Bethany A. (1996). Is Homophobia Associated with Homosexual Arousal?. The American Psychologist Association, vol. 105, no. 3, pp. 340-345

Adorno et al. (1950). The Authoritarian Personality. The American Jewish Committee, Social Studies Series: publication no. III. Université de Berkley.

Alan S. Gerber et al. (2010). Personality and Political Attitudes: Relationships across Issue Domains and Political Contexts. American Political Science Review, Vol. 104, No. 1 pp. 111-133

Altemeyer, Robert (2006). The Authoritarians. 261 p.

Altemeyer, Robert (1996). The Authoritarian Specter. Cambridge, MA: HarvardUniversity Press.

Ariel Malka, Jon A. Krosnick, and Gary Langer (2009). The Association of Knowledge with Concern About GlobalWarming: Trusted Information Sources Shape Public Thinking. Risk Analysis, Vol. 29, No. 5, 633-647

Brendan Nyhan, Jason Reifler (2006). When Corrections Fail: The persistence of political misperceptions. Political Behavior, vol. 32, no. 2, pp. 303-330

Duckitt, John et al. (2002). The psychological bases of ideology and prejudice: Testing a dual process model. Journal of Personality and Social Psychology, Vol 83(1), Jul 2002, 75-93

Gatto, J. et Dambrun, M. (2010) Autoritarisme et préjugés dans la police : l'effet d'une position d'infériorité numérique et le rôle du contexte normatif. Revue internationale de psychologie sociale, tome 23, pp. 123-158

Greenberg, Jeff et Jonas, Eva (2003). Psychological Motives and Political Orientation--The Left, the Right, and the Rigid: Comment on Jost et al. Psychological bulletin, Vol. 129, No. 3, 376 -382

Hodson, Gordon et Busseri, Michael A. (2013). Bright Minds and Dark Attitudes: Lower Cognitive Ability Predicts Greater Prejudice Through Right-Wing Ideology and Low Intergroup Contact. Psychological Science, no. 24, pp. 140-149

John T. Jost et al. (2003). Political Conservatism as Motivated Social Cognition. Psychological Bulletin, vol. 129 no. 3, pp. 339-375

Karen Stenner (2009). Three Kinds of "Conservatism". Psychological Inquiry, 20: 142-159.

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Meloen, J. D., Van der Linden, G., & De Witte, H. (1996). A test of the approaches of Adorno et al., Lederer and Altemeyer of authoritarianism in Belgian Flanders: A research note. Political Psychology, 17, 643-656.

Rubinstein, G. (1996). Two peoples in one land: A validation study of Altemeyer's Right-Wing Authoritarianism Scale in the Palestinian and Jewish societies in Israel. Journal of Cross-Cultural Psychology, 27, 216-230.

Ryota Kanai et al. (2011). Political Orientations Are Correlated with Brain Structure in Young Adults. Current Biology, vol. 21, no 8, pp. 677-680

Stone, W. F., & Smith, L. D. (1993). Authoritarianism: Left and right dans Strengths and weaknesses: The authoritarian personality today. New York: Springer-Verlag. 277 p.

McFarland, S., Ageyev, V., & Abalakina, M. (1993). The authoritarian personality in the United States and the former Soviet Union: Comparative studies dans Strengths and weaknesses: The authoritarian personality today. New York: Springer-Verlag. 277 p.

Weinstein, Netta et al. (2012) Parental autonomy support and discrepancies between implicit and explicit sexual identities: Dynamics of self-acceptance and defense. Journal of Personality and Social Psychology, Vol. 102, no. 4, pp. 815-832

 
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