DIVERTISSEMENT
11/02/2018 22:27 EST | Actualisé 11/02/2018 22:28 EST

«La voix» : que le spectacle (re)commence!

Le tout s'est bien sûr amorcé avec la traditionnelle ronde d'auditions à l'aveugle.

Paméla Lajeunesse

Alors que Radio-Canada revenait sur les exploits et déconfitures de Justine Dufour-Lapointe et Alex Harvey aux Jeux de Pyeongchang, en début de soirée, dimanche, à TVA, c'est le spectacle La voix qui recommençait, pour une sixième saison. «Spectacle», disons-nous, car c'est bien le mot pour décrire la compétition télévisée qui semble avoir comme principale devise d'en mettre plein la vue, hiver après hiver. Le tout s'est bien sûr amorcé avec la traditionnelle ronde d'auditions à l'aveugle.

D'abord, ce sont les quatre coachs, dont trois sont des nouveaux venus, qui ont donné le coup d'envoi à la fête. Garou, Lara Fabian, Alex Nevsky et Éric Lapointe, seul «rescapé» des dernières années de La voix, ont mis la table en se remémorant leur première expérience de scène.

On a ainsi appris que Garou grattait la guitare sur du Elvis lorsqu'il était enfant, que Lara avait fait ses toutes premières armes dans un club appelé Black Bottom avec son père, qu'Éric s'était produit au carnaval de Mont-Joly en sixième année, et qu'Alex avait profité d'une soirée d'humour, à 20 ans, pour exploiter son talent, sur un morceau qu'il n'a jamais rejoué depuis.

Puis, les quatre vieux lions ont mélangé leurs grands succès, Sous le vent (Garou), On leur a fait croire (Alex Nevsky), N'importe quoi (Éric Lapointe) et Je t'aime (Lara Fabian). Le public en studio était en liesse, et tant Lara que Garou, Éric et Alex ont généré des cris de joie, comparables à ce qu'on aurait pu entendre au Centre Bell.

Émouvante Yama

À chaque année, c'est pareil : les coachs donnent tout ce qu'ils ont dans le ventre, et même ce qu'ils n'ont pas, pour faire monter la sauce et rendre chaque épisode de La voix glamour, étincelant, mémorable, addictif, alouette.

Abondance de compliments souvent démesurés, avalanche de bons sentiments, larmes, simagrées de supplications, et même des duos avec certains participants, rien ne semble arrêter le quatuor de décideurs dans sa quête de candidats parfaits. Parfois, c'est amusant ; parfois, c'est trop.

Déjà, au passage de la première candidate, Yama Laurent, 27 ans, de Montréal, qui a grandi à Haïti, on sentait venir la surenchère. Il faut dire que la sympathique et humble Yama traîne tout un parcours derrière elle : la jeune femme a vu sa maison s'effondrer lors du tremblement de terre à Haïti en 2010, mais le triste événement lui a permis de renouer avec sa maman, qu'elle n'avait pas vue depuis une dizaine d'années. Et c'est finalement sa mère qui a payé ses études en médecine.

Sa version de Forever Young, de Bob Dylan, d'un timbre rauque et profond, a suscité de vives réactions : Garou s'est levé debout, comme s'il était saisi d'une illumination, avant de faire pivoter son siège, et Lara et lui ont échangé des regards médusés. Éric, Alex et Garou se sont retournés exactement au même moment, et Lara a suivi environ deux secondes plus tard. Très émue, Yama a même versé une larme en constatant l'enthousiasme du public à son égard. Puis, ce fut le festival du superlatif.

«Grandiose et émouvant (...) Pour ne pas dire spirituel. Merci pour toutes ces émotions», a vanté Éric Lapointe. «C'était plus grand que la musique (...) Il y a quelque chose de divin dans ce que tu as fait. J'avais l'impression que tu étais assise directement sur les genoux du Bon Dieu», a renchéri Lara Fabian. «J'ai l'impression que tu es venue simplement donner ici, et ça, ça fait toute la différence», a souligné Garou, allant s'agenouiller près de la chanteuse pour s'attirer ses faveurs. Alex Nevsky, lui, a expliqué à Yama qu'elle avait touché chez lui «une déchirure» qu'il n'a pas envie de guérir, pour pouvoir être touché de la sorte à nouveau.

La convoitée aspirante, qui avait raconté plus tôt avoir jadis été très ébranlée par la chanson Seul, de Garou, a opté pour ce dernier pour continuer sa route dans le concours. «J'espère que je vais être à la hauteur (...) Tout ce que j'ai envie, c'est de la faire sourire», a déclaré Garou après coup.

Théâtrale Emma, prodigieux Jonathan

Krystel Mongeau, 21 ans, de Saint-Malo, avait participé à Mixmania 4, en 2014. Avec sa dégaine country, celle qui a aussi chanté dans De Willie à Dolly, un collectif de Québec Issime, a séduit Lara, Éric et Alex, et même Garou s'est excusés de ne pas s'être viré pour son interprétation de Stand By Your Man, de Tammy Wynette.

Pour convaincre Krystel, Éric a entonné un extrait de Je t'aime à Lara Fabian, en affirmant qu'il donnerait tout à sa collègue. «Mais il y a une chose que je ne lui donnerais pas, c'est toi», a-t-il martelé à Krystel. Lara s'est ensuite déplacée pour aller pousser un air country avec sa nouvelle favorite, et Éric Lapointe lui a offert son laissez-passer des coulisses et des loges de La voix. Se fiant à sonfeeling et son instinct, Krystel a décidé de jeter son dévolu sur Lara Fabian. «On va avoir beaucoup de choses à s'apporter», a décrété celle-ci.

Arrivé au micro en jetant un gros canard blanc en peluche à ses pieds et affublé de son macaron de René Lévesque, Fred Beauchamp, 18 ans, de Mandeville – il rêve de mettre sa municipalité «sur la mappe», comme Fred Pellerin l'a fait avec Sainte-Élie-de-Caxton -, aurait pu être un «personnage» intéressant, mais hélas, aucun des fauteuils rouges n'a bougé pour lui. Sautillant et énergique, cheveux longs et chapeau vissé sur la tête, Fred a rendu avec aplomb les nombreuses onomatopées de Passe-moé la puck, des Colocs.

Éric Lapointe a eu beau se lever et s'adonner à une steppette pour persuader Ben Alexander, 29 ans, de Montréal, qui venait de le souffler avec sa déclinaison de Tighten Up, de The Black Keys, c'est Alex Nevsky qui a hérité du garçon dans son équipe.

Très théâtrale, la jeune Emma Lépine, 17 ans, de Chicoutimi, a donné une excellente prestation sur Milord, d'Édith Piaf. Celle qui rêve de comédies musicales et se commet actuellement dans des résidences pour personnes âgées était gantée de noir, coiffée d'un filet de la même couleur et vêtue d'une robe bleue, et alliait grâce et élégance dans un numéro qui a clairement enchanté les juges. Garou et Alex ont flatté et astiqué leur gros bouton avant de peser dessus avec cœur, et l'adolescente a dû choisir entre les quatre vedettes qui attendaient après elle. «Je ne sais pas d'où tu viens, mais je sais où tu vas», a tranché Garou, en se pointant lui-même. «Tu sais bouger, tu sais chanter, tu sais déclamer, tu sais transmettre (...) Tu es magique», a relevé Lara Fabian. Le charme de la comédie musicale a opéré, et c'est pour Garou et son expérience de Notre-Dame de Paris qu'Emma Lépine s'est inclinée. «Une vieille âme mélangée à une fée», a ajouté Lara Fabian.

Rebecka Lussier, 24 ans, de Fontainebleau, a reçu la visite de Pascale Picard avant son audition à l'aveugle, mais avait misé sur La liste, de Rose, pour enlever les honneurs, ce à quoi elle est parvenue en quittant au bras d'Éric Lapointe, même si elle a relaté avoir été bouleversée par un concert de Lara Fabian à la Place des Arts quand elle avait 10 ans. Rebecka a même fait remarquer à Éric Lapointe qu'elle avait décelé sa manie de taper du talon avant d'entrer en scène, ce qui a grandement impressionné le rockeur.

Les quatre coachs sont allés s'asseoir près d'Élodie Bégin, 22 ans, de Repentigny, pour l'entourer après qu'elle eut proposé The Sound of Silence. Éric et Lara se sont vivement obstinés sur son cas, Lara allant jusqu'à traiter Éric de «sincèrement téteux», mais c'est Alex qui a été l'élu de la demoiselle.

Lara Fabian était en larmes après la Maudite promesse de Félix Lemelin, 20 ans, de Québec. Le texte de 2 frères ravivait apparemment une corde sensible chez l'auteure-compositrice-interprète, concernant son père. Félix lui a confié les rênes de sa destinée à La voix.

Laurence Doire, 18 ans, de Blainville, n'a fait chanceler personne sur Vivante, de France D'Amour, mais la voix aigue de Ceeko, 23 ans, qui vit à Vancouver, allait parfaitement à Billie Jean, de Michael Jackson, qu'il a rendue un peu plus jazzée que l'originale. Son bagage similaire à celui de Garou, comme chansonnier dans les bars, l'a fait pencher vers ce dernier pour le reste de la compétition.

Yana Rogozin, 18 ans, de Châteauguay, a été audacieuse en tentant l'Adagio de Lara Fabian. Contente et secouée, cette dernière n'a pas ramené cette dernière au sein de ses troupes, mais est allée la serrer dans ses bras et lui a gentiment expliqué qu'elle était un peu jeune pour incarner pleinement une pièce d'une telle stature. Lara a néanmoins donné rendez-vous à Yana en-dehors du cadre de La voix, «pour te passer deux-trois clés, deux-trois trucs», lui a-t-elle promis, «ne serait-ce qu'une fois». «On va se revoir, je te le promets», a insisté Lara Fabian.

Enfin, comme on l'a déjà vécu quelques fois à La voix et La voix junior, les téléspectateurs aussi ont testé une audition «à l'aveugle» en fin d'émission. Jonathan Freeman, 24 ans, de Sept-Îles, a balancé son blues rocailleux et si particulier derrière un rideau, et c'est un Éric Lapointe plus que conquis qui est allé tirer le drap par terre pour découvrir le visage du prodige. Tous étaient suspendus à ses lèvres, couchés à ses pieds pour être sélectionnés par ce jeune homme à l'organe vocal si puissant. L'affrontement des coachs qui a couronné l'interprétation de Heart Beats Slow était rigolo, mais le fameux Jonathan a finalement rejoint le clan d'Éric Lapointe.

Le gagnant ou la gagnante de cette sixième saison de La voix repartira avec un contrat de disque et une bourse de 50 000$.