POLITIQUE
07/02/2018 05:45 EST | Actualisé 07/02/2018 10:34 EST

Les infirmières restent sceptiques quant à la bonne volonté du ministre Barrette

«On n’ira pas dire que ça va bien juste parce que le ministre veut se faire réélire à la prochaine élection.»

Jose Luis Pelaez Inc

QUÉBEC – Si le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se montre ouvert à examiner la surcharge de de travail des infirmières, les principales intéressées doutent que leurs conditions vont s'améliorer de sitôt.

Au terme de sa rencontre avec lui, mardi soir, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, a noté que M. Barrette « semble avoir compris ce qui se passe sur le terrain ». Elle croit que les choses vont « s'activer » maintenant qu'il a saisi l'ampleur du problème.

LA PRESSE CANADIENNE
La présidente de la FIQ, Nancy Bédard, s'est montrée satisfaite de sa rencontre avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, le 6 février. Ils doivent se rencontrer de nouveau dans deux semaines.

Mais les professionnels de la santé qui vivent le temps supplémentaire obligatoire (TSO) et le ratio élevé de patients au quotidien ne sont pas aussi convaincus.

Frank Sears, un infirmier en CHSLD, affirme qu'il ne se gênera pas pour dénoncer ses conditions de travail, campagne électorale ou pas. « C'est sûr que ça ne donne pas bonne presse à la profession, mais on n'ira pas dire que ça va bien juste parce que le ministre veut se faire réélire à la prochaine élection, dit-il. Ça va mal ici, maintenant. On ne commencera pas à camoufler notre désarroi face à la situation actuelle parce qu'il nous demande de garder le sourire. »

« Ça fait tellement longtemps que ça va mal et qu'il ne se passe rien, ajoute une infirmière-chef en hébergement, qui ne veut pas être nommée par peur de représailles de son employeur. Moi, j'ai peu d'espoir. S'il y a quelque chose qui bouge, c'est parce que les élections s'en viennent. »

Histoires de TSO

Après le cri du cœur d'Émilie Ricard, une autre infirmière auxiliaire a décidé de partager son histoire sur les réseaux sociaux. Johanne Leclerc, qui travaille à l'Hôtel-Dieu de Sorel, a été suspendue après qu'elle eut refusé de faire du temps supplémentaire obligatoire.

Encore une fois, le témoignage d'une jeune infirmière a créé une onde de choc. Le ministre Barrette a indiqué aux journalistes que la situation était inacceptable et qu'il y a « des téléphones qui vont se faire » à ce sujet.

Les gens veulent avoir une certaine qualité de vie et je pense qu'il va falloir que le milieu de la santé se rattrape là-dessus.Frank Sears, infirmier

Mais ces histoires à dormir debout sont une banalité, presque, pour celles qui exercent la profession.

« J'ai une collègue qui a fini avant-hier à 23h, elle est rentrée hier de 6h45 à 23h – parce que personne ne pouvait rentrer le soir – et puis ce matin, elle retravaillait de jour. Elle n'avait pas le choix, il n'y avait personne qui rentrait », raconte une autre infirmière en hébergement qui ne souhaite pas être nommée.

M. Sears, qui pratique en CHSLD, souligne qu'il existe plusieurs cas comme ceux de Mme Ricard, mais précise que « plusieurs ne se prononcent pas parce qu'ils ont peur ».

Des solutions

Au-delà des critiques, les infirmières sont bien placées pour proposer des pistes de solutions au gouvernement.

France Martel, une inhalothérapeute qui a 42 ans d'expérience, prône la formation d'équipes stables pour promouvoir un meilleur suivi de patients. Elle dit qu'elle peut commencer son quart de travail dans un hôpital et aller dans un autre au beau milieu de la journée, parce qu'il est sur le territoire du CIUSSS.

« On est vraiment des pions qui se déplacent, déplore-t-elle. Il n'y a aucune sensibilité aux besoins du personnel. Ça élimine les suivis de patients, conséquemment, tu fais juste des procédures. »

LA PRESSE CANADIENNE
Le ministre Gaétan Barrette est resté évasif concernant sa rencontre avec la FIQ.

Annie Leblond, assistante infirmière-chef de nuit en gériatrie, souhaite l'ajout d'un préposé, qui pourrait assurer les tournées régulières pendant les quarts de travail, pour que l'infirmier soit libéré en cas de crise.

Une infirmière en maternité, qui ne veut pas être nommée, veut réduire la paperasse au maximum. Elle suggère d'informatiser le réseau et de numériser les dossiers antérieurs « pour un accès plus rapide et une meilleure utilisation des préposés aux bénéficiaires ».

Parmi les autres suggestions compilées par le HuffPost, on compte une liste de rappel plus adéquate, un meilleur marketing pour inviter les professionnels de la santé à appliquer en CHSLD et des incitatifs financiers pour aider à recruter en région.

Conciliation travail-famille

Chose certaine, la nouvelle génération qui entre sur le marché du travail souhaite avoir une meilleure qualité de vie, indique M. Sears.

« Les bourreaux de travail, je pense que c'est terminé, dit-il. Les gens veulent avoir une certaine qualité de vie et je pense qu'il va falloir que le milieu de la santé se rattrape là-dessus parce que c'est un système de la santé qui est devenu de plus en plus précaire. »

Mme Martel rappelle que les professionnels de la santé sont passionnés par leur travail et savent qu'ils devront adopter des horaires parfois atypiques. C'est lorsque la passion s'éteint que la situation devient problématique.

« On sait que dans ce milieu de travail, on est obligé de travailler la fin de semaine, les jours, les soirs... Ça, c'est correct. Mais quand tu n'as plus de satisfaction professionnelle, c'est là, le problème. »