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23/01/2018 15:34 EST | Actualisé 23/01/2018 15:34 EST

Allégations de discrimination raciale envers le 1909 Taverne Moderne

Terry Ngala et Fahmida Khadun jugent avoir été renvoyés de l'établissement sur une base de discrimination raciale.

JfGalipeau.ca

Trois serveurs du 1909 Taverne Moderne de Montréal se seraient faits renvoyer la semaine dernière en raison de ce qu'ils jugent être de la discrimination raciale. L'établissement est la copropriété de la compagnie Cara et des Canadiens de Montréal. Une enquête a été lancée.

Par le biais de vidéos diffusés sur Facebook, Terry Ngala et Fahmida Khadun ont détaillé les circonstances de leurs licenciements. La troisième employée congédiée ne s'est pas prononcée sur l'événement.

Terry Ngala et Fahmida Khadun indiquent tous deux que leur employeur est demeuré vague quant à la raison de leur renvoi avant de déclarer qu'ils ne respectaient pas «les standards de l'établissement». Aucun des ex-employés n'a toutefois reçu d'avertissements concernant leur service, malgré le fait qu'ils travaillaient pour le restaurant depuis quelques mois.

Fahmida précise que le directeur général de l'établissement a changé, entre le moment de son embauche et de son renvoi.

Des licenciements nébuleux

Lorsqu'ils se sont informés sur les améliorations qu'ils auraient pu apporter à leur service, les ex-collègues se sont fait répondre qu'ils auraient pu s'inspirer de deux autres employés blancs et francophones. Selon leur patron, ceux-ci «arrivaient toujours à l'heure, offraient un bon service et avaient une bonne apparence».

«À ce moment, j'ai réalisé que je subissais de la discrimination raciale. J'étais renvoyée à cause de mon apparence. Ça ne m'étais jamais arrivée», raconte Fahmida Khadun dans son vidéo.

«Ça a activé un drapeau rouge dans ma tête, tout était clair. J'étais en train de subir de la discrimination raciale.J'ai découvert par la suite que deux autres de mes collègues avaient été renvoyées. [... ] Une autre chose que nous avions en commun est que nous soyons anglophones et des minorités visibles», indique quant à lui Terry Ngala. Celui-ci a également indiqué que les trois personnes les ayant remplacé, ses deux ex-collègues et lui, étaient toutes blanches et d'origine québécoise. Il a toutefois insisté ne pas tenir rigueur à ces nouveaux employés.

Les deux ex-collègues relèvent qu'il y avait un assez bon roulement chez les employés du 1909 Taverne Moderne. Terry estime qu'environ la moitié des employés travaillaient au sein de l'établissement depuis son ouverture, en octobre dernier. Il indique également que le restaurant comptait sur peu d'employés issus des minorités visibles. Fahmida juge quant à elle que les employés licenciés avaient droit à davantage d'explications qu'elle quant aux raisons de leurs renvois.

Fahmida et Terry affirment ne pas avoir été victimes ou témoins de discrimination raciale lorsqu'ils étaient à l'emploi du 1909 Taverne Moderne. Ce dernier soulève toutefois qu'il lui est arrivé de se sentir «ciblé» en raison du fait qu'il portait des dreads. «J'ai eu des demandes de rattacher mes cheveux à quelques reprises. Ce que j'ai trouvé un peu bizarre avec ça, c'est que durant ces moments, mes autres collègues ayant les cheveux longs ne semblaient pas avoir été demandé la même chose. De plus, d'après la politique de la compagnie, il n'y a aucune obligation d'avoir les cheveux attachés lors d'un quart de travail.», relève-t-il.

Un renvoi amer

Terry Ngala et Fahmida Kahdun, bilingues et nés au Québec tous les deux, ont déclaré chacun de leur côté être déçus de la tournure des événements. «Nous sommes en 2018, nous sommes au Québec, ces choses ne devraient pas arriver», déplore Fahmida.

Celle-ci affirme qu'il s'agissait de la première fois qu'elle se sentait discriminée dans un milieu de travail et qu'elle n'avait jamais eu peur d'être victime d'un tel traitement. Bien qu'elle soit un peu plus craintive qu'auparavant après cet événement, elle souhaite mettre cette expérience derrière elle.

Un recours intenté contre l'établissement

Selon La Presse, Fahmida Khadun et Whitney W., l'autre serveuse renvoyée, ont déposé une plainte auprès de la Commission des droits de la personne ainsi qu'auprès de la compagnie Cara, qui est copropriétaire de l'établissement avec le Canadien de Montréal. «Nous avons été mis dans une situation horrible. C'était notre principale source de revenus. Nous avons été licenciés sans avis ou explications», explique Fahmida, qui dit vouloir des excuses ainsi qu'une enquête de la part de l'établissement.

Fahmida et Terry n'ont pas été contactés par le 1909 Taverne Moderne à la suite de leurs sorties publiques.

Dans un communiqué relayé par le directeur des opérations du 1909 Taverne Moderne, Otman Amer, on peut lire que «1909 Taverne moderne a mandaté un tiers indépendant pour mener une enquête sur le congédiement de trois employés qui allèguent avoir été traité avec racisme. L'enquête visera à vérifier que nos valeurs de respect et d'égalité prévues dans notre code de conduite ont été respectées car notre restaurant encourage fortement le recours à la diversité dans l'embauche de son personnel. Nous prenons cette situation très au sérieux et posons les gestes appropriés pour nous assurer du respect de ces principes.»

Ce message fait également office de réponse aux commentaires taxant de raciste la décision du restaurant de renvoyer ces trois employés.