DIVERTISSEMENT
17/01/2018 06:09 EST | Actualisé 17/01/2018 06:09 EST

«Les Autochtones du Canada vivent toujours sous un régime d’apartheid», affirme Samian

Loin d’applaudir les gestes de réconciliation des leaders politiques, il parle plutôt d’une grande hypocrisie.

Les Films Séville

Le rappeur et comédien Samian a déclaré en entrevue que les Autochtones du Canada vivaient sous un régime d'apartheid. Alors qu'il interprète un archéologue mohawk dans le nouveau film Hochelaga, terre des âmes de François Girard, l'artiste métis d'origine algonquine dénonce l'iniquité de la Loi sur les Indiens encore en vigueur au pays.

«La situation des Autochtones au Canada ne s'améliora pas tant et aussi longtemps que la Loi sur les Indiens ne sera pas abolie, explique Samian en entrevue. Cette loi, promulguée en 1876, met les Premières Nations sous la tutelle d'un pays dont l'objectif est de les assimiler et de les acculturer.»

Loin d'applaudir les gestes des leaders politiques comme l'ajout récent d'un pin blanc au drapeau de Montréal pour représenter la contribution des peuples autochtones à l'histoire de la cité, Samian parle plutôt d'une grande hypocrisie.

Aucun de nos premiers ministres n'a eu le courage d'abolir cette loi raciste.Samian

«On vit dans le mensonge et le déni. On s'arrête à des petits symboles sans grande conséquence, alors que la plupart des gens ignorent que l'Apartheid en Afrique du Sud a été inspiré de la Loi sur les Indiens. Aucun de nos premiers ministres n'a eu le courage d'abolir cette loi raciste. On a eu Justin Trudeau qui dans sa campagne électorale a promis un dialogue de nation à nation. Aujourd'hui, on voit bien qu'il n'a pas fait ses preuves.»

Hochelaga, terre des âmes

L'arrivée en 2015 de Justin Trudeau à la tête du gouvernement n'a rien changé, regrette le rappeur qui ne croit pas à l'honnêteté des discours de réconciliations du premier ministre. «C'est de la poudre aux yeux. Le Canada vient de célébrer 150 ans d'histoire à travers la Confédération canadienne et la Loi sur les Indiens est toujours active depuis 142 ans. Cela ne prend pas un génie en mathématique pour comprendre que le génocide culturel est encore à l'œuvre en 2018.»

Pour le Canada, les membres des Premières Nations ne sont que des numéros.Samian

Au lieu du mot réconciliation, Samian lui préfère le terme de constat. «Les Amérindiens subissent humiliations et négligences. Ils sont chez eux ici sur leurs terres, mais ils n'ont pas de droits. Comme les prisonniers politiques, les Autochtones ont des numéros de bandes. Pour le Canada, les membres des Premières Nations ne sont que des numéros.»

Hochelaga, terre des âmes: sans stéréotypes ni clichés

Lorsque le cinéaste François Girard (Le violon rouge) lui a proposé d'interpréter le personnage principal du film Hochelaga, terre des âmes (en salle vendredi prochain), l'artiste engagé a vu une occasion de mettre la réalité autochtone sur le devant de la scène.

«À la première lecture du scénario, j'ai senti un grand respect et un souci de la véracité historique. François a fait une œuvre sur Montréal. Il habite là. Il a décidé de faire un film sur sa ville. Ça n'a jamais été pensé comme un projet folklorique et je trouve cela magnifique.»

Racontant le passé de Montréal à travers cinq époques charnières, Hochelaga, terre des âmes s'échelonne sur près de 750 ans. Avant l'arrivée du navigateur français Jacques Cartier jusqu'à l'ère moderne, en passant par la révolte des patriotes, Samian interprète un jeune archéologue aux ascendances mohawk. Sa découverte du supposé village Hochelaga sur le site du stade Percival-Molson, plonge le spectateur dans un véritable retour dans le temps.

«Même si l'on entend plusieurs langues, le film décrit les Premières Nations comme un des peuples fondateurs. Il n'y a pas de barrière. On raconte un récit sans stéréotypes ni clichés. J'avais hâte que quelqu'un fasse enfin un long métrage de cette ampleur. J'espère maintenant que cette œuvre aura une longue vie dans les cinémas et qu'il sera ensuite montré dans les écoles.»

Hochelaga, terre des âmes – François Girard – Les Films Séville – Drame historique – 100 minutes – Sortie en salle le 19 janvier 2017 – Canada, Québec.