POLITIQUE
12/01/2018 17:06 EST | Actualisé 12/01/2018 17:11 EST

Que restera-t-il de #MoiAussi? Des enjeux féministes à surveiller en 2018

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La nouvelle présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard, dans son bureau. Elle est la première femme trans à diriger l'organisation. (PC/Ryan Remiorz)

QUÉBEC – L'année 2017 a été forte en émotions pour les victimes d'agressions sexuelles au Québec et ailleurs dans le monde. La parole libérée à l'aide des médias et des réseaux sociaux, des personnes puissantes sont tombées de leur piédestal.

Si 2018 s'annonce comme une année de profonds changements pour les femmes, il n'en reste pas moins de nombreux défis. Sur le terrain, des organismes d'aide aux victimes sont débordés, tout comme le système de justice. Des groupes de pression prétendent défendre les droits des femmes en crachant sur d'autres groupes.

Voici donc une liste non exhaustive des enjeux politiques concernant les femmes qui seront sur notre radar cette année.

Les suites du mouvement #MoiAussi

Les révélations mondiales à la suite de l'affaire Weinstein ont fait grand bruit en 2017, mais l'heure est maintenant à l'action en 2018, estime Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ).

« Le mouvement #MoiAussi n'est pas un mouvement qui a tenté d'aller vers le punitif, mais beaucoup plus vers la dénonciation », décrit la présidente. En fait, elles ont été si nombreuses au Québec que le gouvernement a débloqué des fonds d'urgence pour subvenir aux organismes débordés.

Est-ce que ce sera suffisant? Non, disait la militante Léa Clermont-Dion dans une récente entrevue au micro de Paul Arcand. La jeune femme, qui a porté plainte contre l'ex-journaliste et fondateur de l'Institut du Nouveau Monde, Michel Venne, n'avait toujours pas eu de nouvelles de la police deux mois après sa dénonciation.

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Elle croit qu'il y a urgence d'améliorer les délais de traitement des plaintes et l'aide psychologique offerte aux victimes. Le bureau du Protecteur du citoyen recommande quant à lui d'éliminer les délais de prescription pour les victimes d'agressions sexuelles. Elle est actuellement de 30 ans au Québec.

Mme Bouchard surveillera comment cette vague de dénonciations se traduira en justice. « Quelle stratégie choisiront les femmes pour utiliser les tribunaux, comme outil punitif, de guérison ou d'affirmation? » Certaines femmes pourraient être tentées d'aller vers la justice alternative, qui mise sur la notion de réparation, précise la présidente de la FFQ.

Mais le mouvement #MoiAussi, qui a fait grand bruit au gala des Golden Globes, où la majorité des actrices s'étaient vêtues de noir et où l'animatrice Oprah Winfrey a prononcé un discours marquant, n'est pas sans contrecoups. D'autres personnalités publiques, comme l'actrice française Catherine Deneuve, revendiquent la « liberté d'importuner » des hommes.

« Les femmes qui ont utilisé ce mot-clic là ont eu à faire face à ces commentaires-là depuis le début, fait remarquer Mme Bouchard. Même chose pour #AgressionNonDénoncée il y a trois ans. Mais à chaque fois, on avance un petit peu. »

Une Commission d'enquête bien mal en point

Les nombreuses démissions au sein de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées font craindre le pire à celles qui ont lutté pour la création d'une telle entité.

« On s'est battues pour avoir cette commission-là. On veut tellement que ça marche », fait valoir Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ).

La commission doit examiner et faire rapport sur « les causes systémiques de toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles autochtones au Canada en regardant les tendances et les facteurs sous-jacents ». Un « mandat vaste » de l'avis de Mme Michel.

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Marion Buller (gauche), commissaire en chef de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et sa collègue, la commissaire Michèle Audette (droite).

Jusqu'à présent, des centaines de victimes et des proches de victimes à travers le Canada ont pris la parole pour raconter leur histoire. Au Québec, des audiences ont déjà eu lieu à Maliotenam, sur la Côte-Nord, et des journées sont prévues à Montréal sous peu.

La présidente de FAQ soutient cependant qu'il y a eu des « manquements ». Certaines femmes auraient souhaité un soutien avant, pendant et après leur témoignage. « Elles me disent : 'On a été opérées, mais ils ont oublié de refermer la plaie' », résume Mme Michel.

Qui plus est, certains témoins « ne savent pas quoi recommander » aux commissaires après avoir raconté leur histoire. FAQ suggère de faire plus d'éducation afin que les familles des victimes puissent s'assurer de contribuer à cette commission.

L'Enquête nationale devait terminer son mandat en décembre 2018. En raison des nombreux retards et des démissions, il est prévu qu'elle demande au gouvernement fédéral de prolonger son mandat.

Un plan de lutte dans toutes les universités

La nouvelle est un peu passée sous silence, mais d'ici la fin de l'année, tous les établissements d'enseignement supérieur se seront dotés d'une politique pour prévenir et combattre les violences à caractère sexuel.

La politique devra prévoir, entre autres, un code de conduite pour les relations intimes entre une personne en position d'autorité, comme un professeur, et un étudiant ou une étudiante. Les universités et cégeps devront aussi être équipés pour recevoir des plaintes et accompagner les victimes.

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Ces mesures découlent du projet de loi 151, qui fait du Québec « un chef de file en matière de prévention et de lutte contre les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur » selon la ministre de la Condition féminine Hélène David. Il a été adopté à l'unanimité en décembre dernier par l'Assemblée nationale.

Ces mesures étaient rendues nécessaires à la suite de dérapages survenus lors des initiations universitaires et d'une vague d'agressions sexuelles à l'Université Laval en 2016. La ministre avait ensuite lancé des consultations régionales à l'hiver 2017 pour établir un plan.

Les dérives populistes au nom du féminisme

À l'approche des élections provinciales, la présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, s'inquiète de voir des partis politiques utiliser des « tactiques populistes » et « s'approprier les enjeux féministes » pour essayer de gagner les votes.

Elle donne en exemple le « tollé » provoqué par le reportage de TVA, qui prétendait que des femmes étaient exclues d'un chantier près d'une mosquée à Montréal. La direction s'est depuis excusée pour ces informations qui se sont avérées inexactes et a annoncé avoir déclenché une enquête interne à ce sujet.

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Le groupe d'extrême-droite, La Meute, manifeste à Québec le 20 août 2017.

Les groupes d'extrême-droite La Meute et Storm Alliance avaient prévu manifester devant la mosquée, en brandissant l'égalité des sexes. Ils ont ensuite décidé d'abandonner le projet, non sans indiquer qu'ils avaient « l'intime conviction » que les faits rapportés étaient vrais.

« Il y a eu une tentative d'appropriation des enjeux féministes pour une certaine frange des gens qui ont voulu dénoncer ce qui ne s'est pas passé, d'indigne Mme Bouchard. On a tenté d'utiliser l'idée de la protection des femmes pour être capable de faire ça et on a tenté de dire que c'était un enjeu féministe. Ce n'était absolument pas le cas. »

La présidente de la FFQ met en garde les partis politiques de ne pas tomber dans le piège. Or, tout porte à croire que le débat entourant l'identité n'est pas prêt de s'estomper cette année.

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