DIVERTISSEMENT
21/12/2017 06:40 EST | Actualisé 21/12/2017 06:42 EST

«Crystal» du Cirque du Soleil: magique et rassembleur

Ce spectacle est véritablement l’un des plus rassembleurs proposés par le Cirque depuis quelques années.

Paméla Lajeunesse

Quelle belle idée que Crystal, cette première incursion sur glace du Cirque du Soleil! Avec cette nouvelle production, la 42e de son histoire, le Cirque profite du meilleur de deux mondes, ceux du patinage et de l'art circassien, sans verser dans la surenchère, ni dans l'un, ni dans l'autre.

Mercredi, alors que l'équipe de Crystal prenait possession du Centre Bell pour la première journée de son séjour montréalais, lequel s'étendra jusqu'au 31 décembre, l'assistance a paru absolument conquise et tout à fait enthousiaste, comme en faisaient foi les nombreuses acclamations. Et on abonde dans le même sens. On n'hésite d'ailleurs pas à affirmer qu'il s'agit là d'une des plus belles réussites de la dernière décennie du Cirque du Soleil.

Crystal ne révolutionnera pas l'industrie du divertissement, mais remplit bien son mandat de rendez-vous grand public, surtout en cette période des Fêtes... qui s'annonce de surcroît particulièrement froide.

Moins onirique et plus concrète que d'autres œuvres du Cirque du Soleil, avec un fil conducteur et une raison d'être mieux définis, ce spectacle est véritablement l'un des plus rassembleurs proposés par le Cirque depuis quelques années. Après Luzia et Volta, deux créations à fort potentiel familial, Crystal poursuit un début de tradition ralliant les 7 à 77 ans et des poussières.

Crystal du Cirque du Soleil

Quête d'identité

Le titre Crystal évoque bien sûr la surface froide sur laquelle prend vie le récit, mais c'est également le nom de la jeune héroïne de ce féérique collage aux nombreuses couleurs. En quête d'elle-même, Crystal n'est «pas comme les autres», ne cadre dans aucun moule, nous apprend une voix hors-champ en début de parcours. Lorsqu'un étang gelé se fend sous ses pieds, la jeune femme est aspirée dans une nouvelle dimension, forgée par son imagination. Au fil des tableaux, Crystal ira à sa propre rencontre, apprivoisera sa créativité et trouvera la force de remonter dans son quotidien, plus confiante et consciente de ses talents.

On mise ici sur une trame narrative simple, sans être simpliste et, surtout, claire (ce qui n'est pas toujours le cas à travers les «fictions» élaborées par le Cirque), appuyée par une efficace narration ; un décor majestueux - fait essentiellement d'un château de glace qui empruntera diverses fonctions pendant deux heures -, qui n'est pas pour autant tape-à-l'œil ; un juste dosage entre prouesses sur lames et dans les airs ; des numéros variés, aux univers multiples, qui finissent par déboucher sur un ensemble cohérent, solide et pertinent ; un vaste espace judicieusement utilisé ; des projections complémentaire savamment utilisées, surtout au sol, fixes ou animées; des chorégraphies dansées menées au millimètre près et rendues avec panache ; des chansons du répertoire populaire revisitées (dont Chandelier, de Sia, par Ariane Moffatt, ainsi que Halo, de Beyoncé, et Beautiful Day, de U2, pour ne nommer que celles-là) ; des éclairages peaufinés ; et un peu de poésie, beaucoup de ludisme et énormément de magie.

Pas toujours grandiloquentes, les acrobaties gagnent en lustre et en puissance, et deviennent d'emblée plus spectaculaires parce qu'exécutées sur patinoire : on frissonne en s'imaginant dans la peau de ces saltimbanques ô combien bien entraînés. Oui, l'élément de la glace apporte réellement une différence dans le traitement de chaque défi accompli et dans toute l'aventure que constitue Crystal. Les portions de balançoires, de main à main, de tumbling, de jonglerie, de trapèze, de mâts chinois et autres s'en trouvent nettement bonifiées.

On a également craqué pour cette joyeuse mise en scène de partie de hockey, agrémentée de glissades à couper le souffle et d'une joute de machine à boules, une tranche qui clôt le premier droit, juste avant l'entracte. Quand la troupe se met à danser à claquettes dans un décor de bureau, on est stupéfait par le synchronisme du groupe. Plus tard, quand l'un des artistes se poste tête-en-bas, au-dessus d'une tour de chaises empilées les unes sur les autres, on retient sans conteste notre souffle.

Comme c'est souvent le cas au Cirque du Soleil, certains segments trainent en longueur, mais ce léger défaut n'enlève aucun éclat àCrystal, qui défile somme toute à grande vitesse, en deux parties costaudes de contenu.

Les longs segments de patin réjouiront les habitués de fiestas sur glace à la Ice Capades ou Disney on Ice, sans décourager les friands de vitesse et de performances plus sportives - car quelques volets de patin synchronisé valent le coup d'œil-, tandis que les amateurs de cirque pur et dur y trouveront également leur plaisir, parce que les disciplines du genre sont bien présentes. Les moments uniquement patinés-dansés n'ont rien d'ennuyeux, éblouissants parce que rythmés et tellement fignolés visuellement, comme cette magnifique scène de bal où des couples esquissent une valse avec grâce.

Qu'on souhaite retrouver son cœur d'enfant le temps d'une visite au pays de cette attachante Crystal, prolonger les réjouissances des Fêtes ou simplement passer un bon moment avec nos proches, Crystal est la sortie tout indiquée pour les 10 prochains jours. Qui sait, peut-être aurez-vous envie d'un détour à la patinoire en sortant du Centre Bell!

Crystal, du Cirque du Soleil, est présenté au Centre Bell jusqu'au 31 décembre.

Le tapis rouge de Crystal, du Cirque du Soleil