POLITIQUE

Deux ex-députées catalanes boudées par le premier ministre Couillard

Elles étaient à Québec pour parler de leur quotidien dominé par la «peur» et la «répression».

05/12/2017 20:08 EST | Actualisé 05/12/2017 20:08 EST

QUÉBEC – Avec un président destitué en exil en Belgique et des ministres en prison, la campagne électorale qui s'amorce en Catalogne n'a rien d'ordinaire. Même la couleur jaune, associée au mouvement indépendantiste, est interdite sur les bâtiments publics et les fontaines.

C'est dans ce contexte « complètement bizarre » que deux ex-députées catalanes de passage à l'Assemblée nationale ont tenté de rencontrer le premier ministre Philippe Couillard, en vain. Le bureau de ce dernier répond qu'il serait « inapproprié » que le gouvernement du Québec « s'immisce directement ou indirectement dans cette campagne ».

« Effectivement, nous sommes déçues », a répondu en français Eulàlia Reguant, du parti de gauche Candidature d'unité populaire, qui a été démise de ses fonctions lors de la dissolution du Parlement catalan par le gouvernement espagnol, à la fin du mois de septembre dernier.

Sa collègue Anna Gabriel et elle étaient invitées au congrès de Québec solidaire, la fin de semaine dernière. Mardi, elles ont rencontré le Parti québécois et la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, pour parler de la répression vécue par les indépendantistes catalans.

« On a un quotidien où il y a de la peur, où il y a des privations permanentes, a décrit Mme Gabriel. Comme on vient d'un pays, où il n'y a pas si longtemps, il y avait une dictature fasciste, on sait très bien comment se déroule la répression et jusqu'où elle peut aller. »

Des professeurs d'école sont menacés d'être accusés « d'inspiration à la haine » parce qu'ils ont décrit la situation politique du pays, raconte l'ex-députée. Des journalistes, fonctionnaires et même des maires sont aussi surveillés et dénoncés, ajoute-t-elle.

Mme Gabriel dit qu'elle fait elle aussi attention à ses paroles, de peur d'être envoyée en prison comme certains de ses collègues accusés de « rébellion » par Madrid.

« On sait très bien ce que c'est quand il n'y a pas de démocratie. Et on croit que les pays, les États qui disent défendre les valeurs démocratiques, on croit que c'est normal qu'ils s'inquiètent devant la [violation] de ces droits et de ces valeurs démocratiques. »

Selon le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, le premier ministre Couillard a manqué une belle occasion d'entendre de vive voix ce qui se passe en Catalogne.

« Que M. Couillard et la ministre [des Relations internationales Christine] St-Pierre n'aient même pas daigné les rencontrer, c'est profondément décevant et je dirais même plus, c'est inquiétant en ce qui a trait à leur intérêt pour la question de la démocratie, pour la question du respect des droits politiques et des droits humains. »

« Notre coopération avec la Catalogne est importante pour nous et nous entendons bien sûr la poursuivre avec l'équipe qui, au lendemain des élections, se sera vu confier par la population l'administration de la région », a répondu Joçanne Prévost, la porte-parole du premier ministre Couillard.

Les élections régionales en Catalogne se tiendront le 21 décembre. D'ici là, plusieurs ex-élus, dont le président destitué Carles Puigdemont, feront campagne à l'extérieur du pays, de crainte de finir derrière les barreaux s'ils retournent en Espagne.

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