DIVERTISSEMENT

«Showman»: Anthony Kavanagh porte bien son titre

Du pur Anthony Kavanagh, avec tout ce qu'il sait faire de mieux.

22/11/2017 06:46 EST | Actualisé 22/11/2017 06:48 EST
Facebook/Anthony.Kavanagh.Officiel

Anthony Kavanagh a toujours été un naturel. Venant de lui, une mimique, un bruit, une imitation, une exagération, une vacherie fait automatiquement son effet. Pas étonnant que la France lui ait mis le grappin dessus son premier one man show à peine lancé, à la fin des années 90.

Occupé à temps plein là-bas depuis près d'une vingtaine d'années, il est revenu sporadiquement faire des sauts chez nous pour différents projets - pensons Chicago, Le cœur a ses raisons, l'animation de galas du Grand Rire de Québec et la tournée Anthony Kavanagh joue à domicile, en 2012 – mais il se faisait rare, et on s'en ennuyait.

Depuis peu, il est de retour dans sa province natale, apparemment à long terme, et compte reconquérir le public avec son spectacle Showman, le troisième qu'il présente en sol québécois.

Une production d'evenko qui porte admirablement bien son titre : Showman, c'est du pur Anthony Kavanagh, avec tout ce que ce dernier sait faire de mieux, et qui se résume en un mot : amuser.

C'était la première montréalaise, au Théâtre St-Denis, mardi, après que l'humoriste eut dû reporter son rendez-vous avec les médias d'un mois, suite aux affaires Salvail et Rozon qui ont secoué la colonie artistique.

Textes faibles

Veut-on dire par là que ce Showman est hilarant? Pas toujours. Quand ça l'est, ça l'est franchement et solidement. On vous défie de rester de glace devant le pastiche de Kavanagh du haut-parleur du service à l'auto de McDonalds. On l'avait déjà entendu le faire, mais comme le saxophone d'André-Philippe Gagnon, ça reste indémodable. Il reproduit des accents à merveille, ironise des voix de femmes et d'hommes, part dans des histoires de son cru qu'il fait vivre de son seul corps, et alouette.

Il improvise aussi avec son parterre : salutations au spectateur Jean-Michel qui, assis dans les premières rangées, y a joyeusement goûté, mardi.

En fait, c'est surtout lorsqu'Anthony Kavanagh sort de son texte, qu'il joue avec sa voix, qu'il se moque de ses comparses du milieu artistique, qu'il image ses propos avec des sons, qu'il déconne, qu'il est le plus intéressant et divertissant.

Parce que, mis à part certaines pointes bien décochées, le contenu parlé de Showman n'est pas nécessairement songé, réfléchi ou peaufiné. Ce n'est pas cette portion qu'on retiendra de cette sobre mise en scène – laquelle repose essentiellement sur le veston démesurément scintillant d'Anthony. Rarement un vêtement aura autant attiré l'attention!

Le premier droit de la prestation porte sur les différences entre les hommes et les femmes, un sujet ressassé jusqu'à plus soif qui est, on le concède, quasi impossible à réinventer. On n'échappe pas aux clichés, ici. «Femme heureuse, vie heureuse. Femme malheureuse, pension coûteuse», décrète le grand sage Anthony, qui rigole de l'obsession des hommes pour le sexe et de celle des femmes pour les souliers, qualifie les femmes de «multitâches» et les hommes de «multilâches». Il se vante de «faire crier les femmes comme des folles. Ou comme des femmes, c'est pareil». Voyez le genre.

Mais, malgré la faiblesse de certains gags – d'autres passent très bien la rampe, on ne parle pas ici d'un cuisant échec - de par le talent et la prestance de sa tête d'affiche, Showman constitue quand même une proposition efficace et percutante. Kavanagh sait brillamment mettre à profit ses aptitudes, et son charisme pourrait faire école. La salle en redemandait et s'esclaffait à tout rompre, mardi. Sa personnalité attachante, à elle seule, fait (au moins!) 50% du travail.

Concept bien amené

Puis, le concept de Showman est une jolie trouvaille, pertinente : au lever du rideau, Anthony Kavanagh salue la foule comme si sa représentation venait de se terminer. Puis, il s'effondre – il en profite pour taquiner l'assistance au passage – et fait ensuite mine d'être sur le point de mourir. Avant de «traverser de l'autre côté», il prodigue ses conseils aux «futurs» être humains avant leur arrivée sur Terre.

Il partira de ce squelette pour, entre autres, rire de la structure habituelle des spectacles d'humour,

raconter sa participation à Danse avec les stars, rendre hommage à sa femme et ses enfants, faire semblant que les grands de ce monde comme Nelson Mandela, Martin Luther King et Confucius, sont de simples acteurs de son quotidien, discourir sur la passion, traiter de l'éducation des enfants.

Pas de boutades sur Éric Salvail et Gilbert Rozon, mais des clins d'œil à Janette Bertrand, Messmer, Corneille, Boucar Diouf, Céline Dion (dont il a assuré la première partie en 1995 ; «Je pense qu'aujourd'hui, elle vend des sacoches»), l'Assomption et même le slogan de Lebeau Vitres d'autos, et quoi encore, tous judicieusement balancés.

Showman connaît un ralentissement dans le dernier tournant, avec ce faux procès intenté à «Monsieur Cave-À-Vin» par son fils de huit ans, Mathis, mais Kavanagh se rattrape bien, tout de suite après, en s'émouvant du décès de ses parents, un moment triste, mais agrémenté de quelques bonnes blagues. L'homme poussera finalement la note sérieusement et ira de sa petite réflexion sur le bonheur et l'instant présent («L'avenir, c'est l'enfant du présent»). Une finale qui détonne un brin avec le reste de l'ensemble, beaucoup plus survolté, mais qui nous laissera le cœur empli de quiétude.

Anthony Kavanagh présentera Showman en supplémentaires à Montréal les 12 et 13 janvier prochains. Toutes les dates de sa tournée sont affichées sur son site officiel.