DIVERTISSEMENT

Richard Abel: son homosexualité n’a rien changé

«Ce n'est pas évident de parler de sa vie privée avec des centaines de milliers de personnes...»

15/11/2017 15:31 EST | Actualisé 15/11/2017 15:37 EST
Jessy Brown via Facebook/Richard Abel

Longtemps, Richard Abel a tu son orientation sexuelle. Sur les conseils de son gérant, qui soutenait que son public était principalement constitué de personnes âgées pratiquantes et croyantes, qui verraient d'un mauvais œil son homosexualité, le pianiste a gardé sa relation amoureuse secrète pendant bien des années, lui qui a franchi le cap de la soixantaine il y a deux ans.

Ses collègues de l'industrie de la musique, les journalistes et ses proches étaient au courant, mais l'homme n'étalait pas cette réalité au grand jour en entrevue et évitait les sorties mondaines avec l'élu de son coeur. Et tous ceux qui l'ont côtoyé ont respecté sa volonté de discrétion.

Or, l'an dernier, Richard Abel lançait sa biographie, Mon histoire en noir et blanc – Le clavier de ma vie. Et révéler la vérité, sa vérité, lui apparaissait comme une incontournable évidence. Il devait aborder le sujet de son identité sexuelle, comme il devait aussi traiter de son enfance dans une extrême pauvreté, de la violence de son père et de son gain à la loterie 6/49. Ça allait de soi. Et c'est avec un immense bonheur que l'artiste a constaté que ses admirateurs ne s'offusquaient absolument pas de ce qui pouvait se passer dans son intimité.

«Quand on écrit un livre, on n'a plus le choix, siffle le principal intéressé en entrevue avec le HuffPost Québec. On dit les vraies affaires, ou pas. J'ai décidé de tout raconter. Et je n'ai reçu aucun message homophobe. Rien. Ni sur Facebook, ni ailleurs. Maintenant, il m'arrive parfois, dans des spectacles, de présenter mon copain, parce qu'il s'occupe de la table de marchandise à vendre. Je n'aurais pas fait ça, avant, mais maintenant, je le fais.»

«Les gens aiment beaucoup qu'on s'ouvre un peu, poursuit le musicien. J'ai eu beaucoup d'appui et j'aime bien ça. Maintenant, je me permets d'aller au restaurant avec mon chum sans me sentir regardé. Ça m'a un peu libéré. Danielle Ouimet m'avait dit que c'allait être presque une thérapie, et c'est vrai. Ça fait du bien. C'est quelque chose que j'avais caché au public, que j'aurais aimé partager... et je l'ai finalement partagé, et ce n'est pas si pire que ça. Les gens m'ont dit qu'ils avaient préféré que j'ouvre mon cœur et que je dise les vraies choses, au lieu de les bullshiter. Ce n'est pas évident, d'aller à la télévision, à la radio, d'aller voir Paul Arcand, Denis Lévesque, et de parler de sa vie privée, avec des centaines de milliers de personnes qui nous écoutent...»

Toujours passionné

On comprend, en écoutant le volubile Richard Abel se raconter avec toute l'authenticité du monde, que ce rapport franc avec les gens contribue à sa passion pour son métier, toujours intacte après presque 40 ans de carrière.

Il se souvient avec déception d'un spectacle de feu l'acteur et chanteur Al Martino, du Parrain, qu'il avait lui-même produit pour la Place des Arts et le Casino du Lac-Leamy, à Ottawa. La légende avait été tellement peu généreuse avec son parterre - qui en redemandait, pourtant - que Richard Abel en avait été hébété, lui qui s'émeut encore de la moindre ovation et conçoit son art comme une raison de vivre.

«Je trouvais ça triste. Je m'étais dit : j'espère que cette passion qui m'habite ne s'éteindra jamais. C'est comme faire l'amour avec quelqu'un quand ça ne te tente pas pantoute : ça ne donne pas de bons résultats! (rires)»

Richard Abel, lui, a encore envie de «faire la tendresse» à ceux et celles qui lui ont permis de vendre plus d'un million de disques à travers les ans, de vivre des périodes fastes de 50 000 et 60 000 albums écoulés. Certes, les temps ont changé, mais l'excitation y est toujours.

«Aujourd'hui, quand on vend 12 000 copies d'un disque, on est contents», remarque-t-il.

Les tournées médiatiques sont également moins imposantes que jadis. Lui qui se produira à la Place Bell de Laval, ce samedi, 18 novembre, avec le concert Elegancia Autour du monde, le sait mieux que quiconque : aucun réseau de télévision ne l'a reçu pour jaser de cet événement important. À l'inverse, lorsqu'il avait joué au Centre Bell, en 2005, un fastueux lancement avait été organisé et il avait fait le tour des bulletins d'informations pour promouvoir ce rendez-vous spécial.

«La musique actuelle est tellement différente de celle que je fais», philosophe-t-il.

Dans Elegancia Autour du monde, Richard Abel amalgamera deux univers chers à ses yeux : celui de la méga-production Elegancia, que 7000 personnes avaient applaudie au Centre Bell il y a 12 ans, et celui d'Autour du monde, son plus récent spectacle, où il utilise le prétexte de visites dans différents pays pour incarner des airs emblématiques.

Par exemple, l'Angleterre met la table à une chanson des Beatles, on pense à la Suède avec des pièces d'ABBA, on imagine l'Autriche avec Strauss, etc. Le périple à travers le globe sera pour l'occasion jumelé aux costumes rappelant ceux de l'impératrice Sissi, fresque qu'évoquait Elegancia. C'est à la suggestion d'evenko, qui organise la fête, que Richard Abel a mélangé ainsi ses concepts populaires.

«Elegancia est mon spectacle qui a le mieux fonctionné, indique Richard Abel. Généralement, la durée de vie d'un spectacle est de trois ans, mais celui-là avait roulé six ans. C'est le public qui le demandait.»

Plus d'informations sur Elegancia Autour du monde est disponible sur le site web d'evenko.

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