POLITIQUE

Denis Coderre : autopsie d’une chute brutale

Le HuffPost Québec est allé chercher l'opinion des experts.

06/11/2017 16:28 EST | Actualisé 06/11/2017 21:14 EST

L'omnimaire n'aura fait qu'un mandat. Après quatre ans à la mairie de Montréal, quatre ans où il caracolait à la tête des sondages, quatre ans où la réputation et le rayonnement de Montréal ont pris leur envol, Denis Coderre ne sera bientôt plus qu'un simple citoyen. Comment expliquer une chute aussi dramatique, surtout devant une adversaire jusque-là inconnue du grand public? Le HuffPost Québec est allé chercher l'opinion des experts.

«Montréal a repris ses lettres de noblesse», répète sans cesse M. Coderre. Les chiffres lui donnent raison: augmentation du tourisme, de la construction, des investissements, des congrès internationaux, des missions à l'étranger, des pouvoirs de la municipalité. Comment un maire sortant avec un tel bilan peut-il perdre son siège? Surtout lorsque ses prédécesseurs sont partis dans la controverse.

Le succès des autres

Selon Rémy Trudel, ex-ministre des Affaires municipales et professeur à l'École nationale d'administration publique (ENAP), le nouvel ex-maire de Montréal est passé maître dans l'art de s'attribuer les succès des autres. La balloune se serait dégonflée en cours de campagne.

«Il y a une expression qui décrit bien situation: grande vitrine, petit magasin. On s'est aperçu en campagne qu'il y avait beaucoup d'enflure dans tout ce discours. Les grands succès économiques de la Ville de Montréal, c'est dû à qui? Le CHUM avec 7 G$ d'investissements, les 5 G$ du pont Champlain, l'échangeur Turcot, ça ne vient pas de la Ville, ça!», lance-t-il.

Paradoxalement, M. Trudel trouve que le bilan de M. Coderre a pris à la fois trop et pas assez de place dans la campagne.

«Il a bien fait d'évoquer la réussite de son mandat, dit-il. Mais il l'a fait de façon si microscopique que ça ne s'est pas rendu au citoyen. Il avait mis le gouvernement du Québec à ses pieds avec le statut de métropole et le réflexe Montréal. C'était un bon coup pour lui. Sauf qu'il ne l'a pas suffisamment exploité en campagne. Il aurait fallu marier ça avec des projets d'avenir. Juste continuer à être bon, ce n'est pas suffisant.»

«Il n'a pas fait rêver. La ligne rose de Valérie Plante, c'était magistral au plan des communications», ajoute le professeur.

Combat de style

Pour Bernard Motulsky, titulaire de la chaire de relations publiques et communication marketing de l'UQÀM, Denis Coderre n'avait pas bien d'autres choix, à titre de maire sortant, que de miser sur la continuité. Il croit plutôt que la campagne a été un référendum sur le style de leadership de M. Coderre.

«C'est le style qui a été jugé. M. Coderre a une personnalité hors du commun qui lui a permis de se faire connaitre, mais qui provoque des réactions d'appui et aussi des réactions de rejet. [...] Quand vous avez une personnalité forte, l'attirance vient avec la contrepartie, qui va repousser un certain nombre de personnes», affirme M. Motulsky en entrevue, soulignant au passage que M. Coderre n'a pas pu bénéficier de la division du vote contre lui.

Pour le chercheur, la saga de la Formule E, un projet somme tout mineur eu égard du reste du bilan, est devenu le symbole d'un certain autoritarisme et d'un manque de transparence chez leur maire.

«La Formule E a cristallisé ce que beaucoup de gens lui reprochaient. C'était une erreur tactique de ne pas dévoiler le nombre de billets vendus, puisqu'on savait qu'il fallait le dévoiler un jour. Ça a empoisonné la campagne au lieu d'être réglé rapidement», estime M. Motulsky.

Changer de cap et dévoiler les chiffres en fin de campagne n'a qu'empiré la chose, selon le chercheur.

«Ça lui a sûrement nui. Quand on choisit une stratégie et on change ensuite, on exprime une faiblesse», dit-il.

Pour M. Trudel, l'erreur est toutefois survenue bien avant cela.

«L'erreur a été de payer ça avec l'argent des contribuables sans avoir vérifié si l'acceptabilité sociale était au rendez-vous», estime l'ex-ministre.

M. Coderre fera le post-mortem de sa défaite lors d'un point de presse mercredi.

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