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Léa Clermont-Dion porte plainte pour agression sexuelle contre Michel Venne

Elle était mineure au moment des faits allégués.

26/10/2017 12:02 EDT | Actualisé 27/10/2017 06:19 EDT

L'auteure et militante Léa Clermont-Dion a confirmé au HuffPost Québec avoir porté plainte contre son ancien patron, le fondateur de l'Institut du Nouveau monde et ancien journaliste, Michel Venne, pour agression sexuelle alors qu'elle était mineure.

Deux autres femmes ont aussi rapporté des inconduites sexuelles de sa part, indique Le Devoir.

Dans une publication partagée sur les réseaux sociaux, Mme Clermont-Dion raconte avoir été agressée dans le cadre d'un emploi d'été à l'INM en 2008, alors qu'elle n'avait que 17 ans. Elle dit l'avoir accompagné pendant quelques jours lors d'un événement spécial, où elle pensait avoir droit à une « promotion ».

« Je déchante un peu quand je constate que mon idole est étrange et déplacé. Je déchante tout court quand je me fais agresser », écrit-elle.

« Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je suis sous le choc. Je quitte mon emploi, bouleversée et cynique. Mon idole est mon ennemi. Je le déteste et le méprise. »

Léa Clermont-Dion, qui venait de terminer l'école secondaire, dit avoir eu honte et s'être sentie « salie ». Elle a commencé le cégep « troublée et en tabarnac après tout », se demandant même si elle n'était pas le problème.

« Je finis par enfouir ce souvenir douloureux. Je ne reconnais pas moi-même l'agression sexuelle vécue. Typique. Je banalise. Je me ferme la gueule, parce que je ne vois pas ce que je peux faire d'autre. Subir. Encaisser. Me taire. Faire du déni. »

La militante féministe avait déjà fait allusion à cet épisode, sans nommer son agresseur, dans la foulée du mouvement #AgressionsNonDénoncées en 2014. Dans les derniers jours, elle a partagé un statut avec la mention #MoiAussi.

Elle a finalement brisé le silence en portant plainte à la Sûreté du Québec mercredi, mais refuse de dévoiler les détails de son agression pour ne pas nuire à l'enquête et au procès.

Michel Venne nie tout

Michel Venne a été journaliste parlementaire et éditorialiste au Devoir pendant de nombreuses années, avant de fonder l'INM, un organisme qui encourage la participation des citoyens à la vie démocratique. Il en a quitté la direction générale en mars dernier.

Il était pressenti pour briguer la direction du Devoir, mais aurait été écarté au dernier instant en raison d'allégations qui circulaient à son sujet, selon nos informations.

Le principal intéressé a lui aussi privilégié la voie des réseaux sociaux pour se faire justice. Il nie avoir agressé sexuellement Léa Clermont-Dion, mais dit qu'il laissera le processus d'enquête suivre son cours. Il a ignoré nos demandes d'entrevue pour obtenir plus de précisions.

L'INM a annoncé par voie de communiqué qu'il suspendait toute collaboration avec Michel Venne « jusqu'à ce que la lumière soit faite sur les faits allégués ». L'Institut condamne par ailleurs toute forme d'agression et affirme prendre ces allégations très au sérieux.

Le Devoir n'avait pas de commentaires à faire au sujet de Michel Venne, puisque les faits allégués ont eu lieu dans le cadre de ses fonctions à l'INM.

Le backlash d'une autre idole

Léa Clermont-Dion éclabousse également l'ancienne chroniqueuse du Devoir, Lise Payette, son « idole de jeunesse », qui aurait tenté en 2015 de la dissuader de porter plainte contre Michel Venne.

Les deux femmes se sont rencontrées, à la demande de Lise Payette. « Elle me reçoit, gentille et avenante. Deux heures qu'elle prend à m'amadouer, me flatter, me séduire. Elle réussit », relate Léa Clermont-Dion. Le sujet de la conversation a changé « rapidement » pour dévier vers Michel Venne.

« Elle me dit que j'ai fait du tort à un ami. Cet ami, c'est Michel Venne qui brigue la direction du journal Le Devoir. Par ma faute, il n'aura pas le poste me dit-elle. J'ai « brisé cet homme, sa famille ». Elle me demande de me rétracter, car « après tout, je n'ai pas été violée. »

« Je suis en état de choc, poursuit-elle. La première femme à avoir été ministre de la Condition féminine du Québec qui agit de la sorte. C'est juste surréaliste. Je ne peux pas croire. »

Peu après, Lise Payette sera remerciée pour avoir défendu un autre « ami », Claude Jutra, dans sa chronique du Devoir. La Presse avait révélé que le célèbre cinéaste avait agressé sexuellement de jeunes garçons et des adolescents pendant sa carrière.

« La triste vérité, c'est qu'elle a fait taire une victime en usant de menaces à peines voilées. Pour défendre un ami? Décidémment, les amis de Lise Payette peuvent compter sur son indéfectible sollicitude. »

Léa Clermont-Dion dit aujourd'hui qu'elle a « pris la décision de ne plus avoir honte » et de se « tenir la tête haute ».

« Aujourd'hui, je parle, car je ne doute plus. Je suis tombée et je me relève. Je parle, parce que nos ennemis sont parfois des gens près de nous qu'on estime et j'ai la naïveté d'espérer qu'un jour, à force de dénoncer, toutes les voix pourront être entendues. »

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