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Une arnaqueuse de sushi ferait cracher le morceau à des restaurateurs

Si vous travaillez dans l'industrie de la restauration, gardez l'oeil ouvert!

23/10/2017 14:58 EDT | Actualisé 23/10/2017 16:07 EDT
Courtoisie

EXCLUSIF - Des restaurateurs de Québec seraient victimes d'une «talentueuse» arnaqueuse qui utiliserait toujours le même stratagème partout où elle passe dans le but de soutirer frauduleusement de l'argent sous menace d'attaquer la crédibilité de l'établissement.

Une dizaine de restaurateurs ont été victimes de cette dame au cours de la dernière semaine à Québec.

Propriétaire du restaurant Sushi Togo sur la rue Saint-Jean, Xuan Phan est du nombre. «La dame s'est présentée disant s'être étouffée avec un morceau de plastique (Saran wrap) qui se trouvait dans ses sushis. Elle voulait être remboursée sur-le-champ disant avoir acheté les 30 morceaux, l'assiette de luxe à 75$», explique Mme Phan.

Avant de la rembourser, Xuan Phan a longuement discuté avec la dame pour clairement lui faire savoir qu'elle croyait être en face d'une fraudeuse. «Je me suis dit que c'était tellement absurde comme histoire que ça ne pouvait pas avoir été inventé.»

«J'ai même ajouté que je suis dans les sushis depuis 15 ans et que je n'ai jamais vu pareille histoire.»

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Devant l'insistance de la propriétaire à ne pas vouloir rembourser ou à remettre un chèque cadeau au lieu d'un montant en argent, la suspecte a alors menacé de salir la réputation du restaurant sur les réseaux sociaux.

«Elle m'a dit "mes amis m'ont conseillé de ne pas revenir au restaurant et d'écrire toute mon histoire sur Facebook, mais comme je suis une femme de valeur, je préférais venir vous voir pour trouver une entente satisfaisante pour tous. Mais je ne repartirai pas sans avoir eu mon argent"», a souligné Mme Xuan au HuffPost Québec en rapportant les paroles de la mystérieuse dame qui serait dans la cinquantaine.

Réanimée sur l'autoroute 20

La voleuse serait finalement repartie avec 75$ en argent comptant. Elle a poursuivi sa visite en s'arrêtant dans un restaurant de sushis sur le boulevard Henri-Bourassa. Son histoire est encore plus rocambolesque.

«La même dame, bien vêtue, avec un bon langage, genre style femme d'affaires, s'est présentée au restaurant disant être une enseignante de l'Université de Montréal de passage à l'Université Laval à Québec. Après le même bla-bla qu'elle a inventé à Mme Phan, elle me sort un morceau de plastique disant avoir un rapport de police, car elle a dû être réanimée sur le bord de l'autoroute 20 après s'être étouffée alors qu'elle mangeait les sushis de notre restaurant», a raconté stupéfaite Catherine Blanchet, gestionnaire du restaurant, dont elle préfère ne pas dévoiler le nom.

Même si elle se doutait qu'elle était devant une arnaqueuse, elle a versé la somme de 75$ à la dame «pour acheter la paix, car je sais très bien que personne n'aurait pu avaler un morceau de plastique aussi gros sans s'en apercevoir.»

Toujours avec une présentation soignée, l'escroc aurait joué la même comédie au restaurant Nihon Sushi. Les tromperies de la dame se seraient déroulées sur une période d'une semaine.

«Comme dans les autres restaurants, elle est arrivée juste avant la fermeture. Elle disait être passée dans notre restaurant et avoir payé en argent comptant les 30 morceaux alors que nous étions dans le jus. Elle ajoutait même avoir téléphoné pour demander de parler au propriétaire du restaurant. Après des vérifications, il n'y avait pas eu de commande de 30 morceaux payée comptant la journée qu'elle disait être passée ni de gens qui avait téléphoné pour se plaindre», a mentionné le gérant Daniel Germain, lui aussi en colère de s'être fait flouer.

Prise à son petit jeu grâce à une photo

Au restaurant Banzai Sushi dans le secteur de Beauport, le propriétaire, Léo Phan, a été plus alerte. Il faut dire qu'il s'agit du frère de Xuan Phan et qu'il a pu profiter de la photo de la suspecte prise avec les caméras de surveillance et publiée sur le compte Facebook de sa sœur.

«Le lendemain qu'elle était passée chez ma sœur, elle s'est présentée chez nous. Je l'ai reconnue et je lui ai demandé une preuve de la facture de son achat. Après avoir fait semblant de téléphoner à une amie avec qui elle serait venue prendre la commande, elle est retournée dans son auto pour aller chercher la soi-disant facture, mais elle n'est jamais revenue. Elle savait que je venais de la démasquer.»

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Aucune plainte n'a encore été déposée contre la dame.

M. Phan attend depuis trois jours pour rencontrer un policier du Service de police de la Ville de Québec et faire sa déclaration. «On m'a dit que mardi (24 octobre) je pourrai le faire, après avoir remis mes premiers rendez-vous. Je trouve ça long parce que pendant ce temps, elle continue de voler les gens», a déploré Mme Phan.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a indiqué au HuffPost Québec que les plaintes devront être tout d'abord déposées avant que le dossier puisse suivre son cours.

«Chaque restaurateur qui se dit victime devra porter plainte et ensuite les dossiers seront reliés ensemble pour enquêter sur cette histoire», a mentionné la porte-parole du SPVQ, Cyndi Paré.

Un dossier épais

Le HuffPost Québec a enquêté pour découvrir que la dame en question se nommerait Nancy Demers, mais utiliserait le nom de Chantal Côté. Le numéro de téléphone pour la joindre n'est pas en service et l'adresse courriel de l'université où elle dit enseigner est inexistante.

Toutefois, une dénommée Nancy Demers aurait été condamnée dans le passé pour avoir usurpé l'identité de sa soeur pour déplumer des gens d'affaires.

Son dossier judiciaire indique pas moins d'une quarantaine de chefs d'accusation pour fraude, faux ou utilisation de faux et vols.

Selon nos informations, elle aurait été vue, il y a à peine quelques semaines, dans la région de Saint-Hyacinthe où d'autres restaurateurs disent avoir été victimes de fraudes reliées à une histoire similaire à celle des restaurateurs de Québec.

Le HuffPost Québec a tenté de joindre la dame au cours du week-end, mais cela n'a pas été possible.