DIVERTISSEMENT

Claude Legault s’ouvre sur ses démons à «Tout le monde en parle»

L'acteur a discuté de plusieurs côtés sombres de lui-même inconnus du public.

23/10/2017 06:24 EDT | Actualisé 23/10/2017 06:24 EDT
Radio-Canada

Claude Legault : improvisations libres, c'est le titre du récit biographique de Claude Legault, livré sous la plume du journaliste et auteur Pierre Cayouette. L'ouvrage révèle apparemment plusieurs secrets sombres jusque-là méconnus sur l'un des comédiens favoris des Québécois, dont il a été question en ouverture d'émission à Tout le monde en parle, dimanche.

Par exemple, on ignorait que Claude Legault avait subi le traumatisme de voir son meilleur ami Denis mourir sous ses yeux, heurté par un camion, lorsqu'il n'avait que cinq ans. Legault n'avait jamais parlé de cet épisode publiquement auparavant, il le faisait pour la première fois à la table de Guy A.Lepage.

«C'est quelque chose que j'avais gardé pour moi. C'est quelque chose qui m'appartenait et qui, déjà, était difficile à gérer. Mais c'est sûr que c'a façonné un peu ce que je suis», a expliqué l'acteur, qui s'est longtemps senti coupable d'être vivant, dans les circonstances.

«Même en vieillissant, je me rendais pas compte qu'une partie de mon mal de vivre venait du fait que j'aurais souhaité être mort. Après, c'est long, de faire le processus et de se dire : «Profite du fait que, justement, tu n'y es pas passé toi aussi.» Mais c'est facile à dire, pas facile à faire (...) La mort nous confronte, on la rencontre, mais je l'ai peut-être rencontrée un peu trop de bonne heure... »

Consommation

À l'adolescence, Claude Legault vivait à Montréal-Nord. À 13 ans, il avait pris la mauvaise habitude de sniffer la colle que sa mère lui achetait pour assembler ses avions en modèles réduits. Il se «gelait» ainsi. «Pourquoi beaucoup d'ados se gèlent la bette à 13 ans, il y a un million de raisons, a hasardé Claude Legault. Le manque de confiance, la peur du monde adulte, un mal de vivre profond...Il y en a tellement qui se gèlent la bine! À Montréal-Nord, ce n'étai pas rare. C'était ça, ou on essayer de s'acheter en gang de l'alcool pour aller boire en arrière des industries...»

Après, il a consommé diverses drogues : pot, haschich, acide, mescaline. Il entretenait des idées suicidaires, confortées par le fait que deux de ses camarades étaient passés à l'acte. Un jour, il a marché jusqu'au pont Jacques-Cartier dans le but de se jeter en bas et d'en finir. Mais il n'a jamais été capable de sauter.

«J'avais peur de l'eau. C'est niaiseux à dire, mais j'avais peur de l'eau. Alors, je me suis reculé et je me suis dit : je vais essayer de sauter du côté où il n'y a pas d'eau. Mais c'est haut, hein ! J'avais peur du ciment, là, tout d'un coup!»

«Je pense que je n'ai jamais voulu mourir, a continué Claude Legault. Il y avait quelque chose en dedans qui me disait : «Tu vas te revirer de bord, tu vas retourner chez vous». Je me suis poussé proche. Et rendu là, c'a fait : «Non, dégage».»

Le futur comédien avait 16 ans lorsqu'il a rencontré son premier amour. Elle s'appelait Martine Francke et est aussi une comédienne bien connue, aujourd'hui. Sans elle, il serait mort, jure Claude Legault. Il qualifie celle qui est arrivée dans sa vie dans la période «du pont et de la fin de la colle» de «beau soleil». Elle est «allée le chercher», s'est-il remémoré.

«C'est valorisant d'être choisi par une aussi belle fille, une fille aussi intéressante, aussi agréable».

Le 20 décembre 1982, Claude Legault regardait la finale de saison de la Ligue nationale d'improvisation (LNI) à la télévision. À l'écran, Michel Rivard avait alors lancé un appel à tous qui a, semble-t-il, beaucoup résonné chez les jeunes de l'époque. «Les jeunes, lâchez la drogue et improvisez!», a-t-il scandé. Un message que Claude Legault a «pris personnel», croyant que Rivard s'adressait à lui directement.

«Comme, probablement des milliers de jeunes garçons et de jeunes filles, qui ont dû se dire : c'est à moi qu'il parle», a illustré Legault, précisant au passage qu'au lendemain de l'invitation, c'avait été «l'explosion». «Tout le monde voulait faire de l'impro. La moitié des acteurs qui travaillent aujourd'hui viennent de cette vague-là».

Le choix d'activité fut judicieux pour Claude Legault, qui a été l'une des étoiles les plus brillantes de la LNI. Il y a été sacré Meilleur marqueur en 1995, a reçu le Prix du public à trois reprises et été le 50e joueur intronisé au Temple de la renommée de la LNI en 2012, lui qui avait pris sa «retraite» de l'improvisation en 2003.

Sex-symbol

Avec Claude Legault, Guy A.Lepage est revenu sur quelques faits importants du curriculum vitae de son interlocuteur. On a évoqué Le club des 100 watts, Dieu reçoit et Dans une galaxie près de chez vous.

Après s'être fait accoler l'étiquette de «sex-symbol» suite à sa prestation dans la sérieMinuit, le soir – un projet qui, professionnellement, l'a fait «décoller d'une fusée», a-t-il relevé - Claude Legault a décidé de se distancier des rôles qui alimenteraient cette image.

«Il y a eu une période où, chaque fois que j'allais en entrevue, systématiquement, «sys-té-ma-ti-que-ment», je me retrouvais avec mon cul à l'écran. C'est correct, c'est flatteur, c'est vrai. Mais à un moment donné, des fois, des entrevues de trois minutes, quatre minutes, je me faisais parler deux minutes juste de ça, tout le temps (...) Minuit le soir, c'était autre chose qu'une paire de fesses. Je pense que c'était une bonne série», a-t-il exposé.

Son statut de «sex-symbol» l'a d'ailleurs presque fait souffrir, à un certain moment de sa vie, lorsqu'il a franchi le cap de la cinquantaine. Il a 54 ans maintenant. Il a clamé que le fait d'avoir perdu des amis proches, décédés à la fin de la quarantaine, lui a fait moins craindre ce passage des années.

«La cinquantaine, c'est comme le yogourt, ça ne pourrit pas dans la nuit après la date de péremption, a blagué Claude Legault. Ça peut arriver avant, ça peut arriver après. Moi, je craignais ma cinquantaine. Je me suis trop mis de pression sur le fait de rester en shape. On vieillit, veux, veux pas. Quand tu te fais dire depuis 10 ans que tu es le sex-symbol du Québec, c'est drôle, mais à un moment donné, tu peux te faire prendre à ton jeu et te dire : «Je n'ai plus le droit de vieillir. Je n'ai pas le droit de faire de bedaine, je n'ai pas le droit de faire de rides dans le coin des yeux. Je suis un bonhomme... » Ça m'a fait peur, et ça m'a beaucoup angoissé pour rien. La vieillesse, que tu le veuilles ou non, elle va te rattraper, même si tu fais n'importe quoi. Tu es mieux de lui ouvrir la porte et de l'accepter.»

Réal Bossé

De ses frictions avec Réal Bossé sur le plateau de 19-2, Claude Legault n'en souffle mot, dans sa biographie comme à Tout le monde en parle. Il n'a pas l'intention de se confier publiquement à ce sujet et ce, même si les tensions ont atteint un point tel, entre les deux vieux amis, que Legault a failli abandonner la fiction.

«À un moment donné, il faut qu'il t'en reste à toi, du privé. Ça, c'en est. Réal, ça fait 30 ans que je le connais. Je ne vais pas résumer ma relation avec Réal sur six ans. J'ai eu beaucoup plus de fun dans la vie avec ce gars-là, que le contraire. Je trouve que, dans le pardon, dans le laisser-aller, il y a de l'apaisement beaucoup. Moi, j'ai essayé de sortir ce qu'il y avait de meilleur dans 19-2, c'est à dire le résultat. C'est un sacré résultat. Ça, pis Minuit le soir, c'est les deux séries dont je suis le plus fier...»

Les problèmes étaient si nombreux dans les coulisses de 19-2, a-t-il spécifié, que la brouille entre Réal Bossé et lui était «quelque part dans la pile», a-t-il imagé. «Mais j'aime encore Réal», a ajouté celui qu'on retrouvera dans son rôle de «morpion d'aréna» dans Junior Majeur, la suite de Pee Wee 3D, qui prendra l'affiche avant Noël.

Le livre Claude Legault : improvisations libres sera en vente le 30 octobre.