BIEN-ÊTRE

Inoubliable Labrador: un grand voyage au coeur de cette région sauvage

Sur ce pont, à ce moment précis, l’Arctique nous frappe droit au cœur, laissant en chacun de nous une empreinte indélébile.

21/10/2017 14:35 EDT | Actualisé 21/10/2017 14:38 EDT
Sarah-Émilie Nault

Il s'agit d'un matin qui n'est en rien comme les autres. D'une suite de moments se transformant en heures parfaites à mesure que notre navire fend la couche de glace recouvrant les eaux du majestueux fjord Nachvak. Il s'agit de l'un des plus beaux moments de ce périple en Arctique. Sur le pont avant de notre bateau d'expédition — le Ocean Endeavour mené par l'équipe d'explorateurs d'Adventure Canada —, chacun perdu dans ses pensées, mais ébahis tous ensemble, nous saluons la gorge serrée ces monts Torngat si longtemps imaginés. Au nord du Labrador, dans ce fjord découpé par les glaciers autour duquel s'élèvent les mythiques montagnes arc-en-ciel, aucun mot n'est assez fort, ni même nécessaire. Sur ce pont, à ce moment précis, l'Arctique nous frappe droit au cœur, laissant en chacun de nous une empreinte indélébile.

Périple au coeur du Labrador

La magie des monts Torngat

« Notre terre a fait de nous ce que nous sommes, nous en sommes infiniment respectueux », explique Billy Gauthier, cet artiste du Labrador avec qui nous partageons la traversée depuis notre départ du Groenland. Cette terre que chacun de ses compatriotes vante et vénère, nous la découvrons un paysage et une petite merveille à la fois, l'esprit aussi ouvert que les yeux que l'on se garde bien de fermer par peur de manquer une seconde de grand spectacle.

Après quelques jours à voguer sur des eaux parfois capricieuses menant jusqu'au Labrador, les monts Torngat s'offrent enfin à nous, fiers et improbables de beauté. Pour plusieurs voyageurs à bord du navire, ces trois jours qui s'entament représentent le clou du spectacle, la raison même de ce voyage de deux semaines les ayant menés aux confins de l'Arctique. Je me sais privilégiée d'être ici, de partager ces moments avec eux, de me réveiller chaque matin sur fond de perfection et de nature vierge, intouchée.

Peu de visiteurs peuvent se vanter d'avoir foulé les terres multicolores du plus jeune parc de la grande famille de Parcs Canada. Ouvert en décembre 2005, le parc national des Monts-Torngat est la définition même du lieu reculé et énigmatique. L'endroit fait rêver, autant par sa beauté sauvage que par sa laborieuse accessibilité. Car point de routes ne mènent aux monts Torngat; qu'une mer sur laquelle ne vogue qu'une poignée de bateaux de croisière tel que le nôtre, quelques bateaux aventuriers ou encore un complexe et onéreux périple en avions (il faudra en prendre plusieurs), souvent privés.

Si ces terres inuit sont aujourd'hui protégées, c'est que Parcs Canada se fait un devoir de préserver cet environnement exceptionnel, de faire respecter les droits des Inuits et de garder bien vivante la culture de ce peuple fascinant que l'on se fait une joie et un devoir de côtoyer. Pour les quelques visiteurs du parc, l'expérience va au-delà de l'aspect spectaculaire de l'endroit : les monts Torngat ne se parcourant qu'en compagnie d'un guide inuit. Car lui seul a le pouvoir de porter un fusil dans ce territoire d'ours polaires, tout comme lui seul connaît comme le fond de sa poche cette terre, ses richesses et ses légendes.

Ainsi, après avoir glissé doucement en zodiac sur les eaux claires coincées entre les falaises d'Eclipse Channel, m'être assise incrédule au sommet de la montagne enluminée de la baie de Ramah, avoir accordé bien humblement mes pas à ceux d'ancêtres Inuits, avoir été subjuguée par le spectacle d'une famille d'ours polaires se baladant sur la rive du fjord Nachvak, m'être sentie toute petite entre des montagnes hautes d'un kilomètre et avoir plongé (!) dans les eaux frigorifiées de la mer du Labrador, il m'a semblé pourtant n'avoir saisi qu'une infime partie de ce que ces monts pouvaient m'apporter. Moi qui me promets déjà, un jour, d'y retourner.

L'aventure au fond de soi

La longue liste de souvenirs que je ramène du Labrador est composée d'images et de moments bien précis. De paysages dont l'éclat et l'immensité ne sauraient, malheureusement, être fidèlement décrits. Et d'instants choisis que je peux, depuis mon retour, revivre à ma guise tant ils sont ancrés (j'aime à croire que ce sont les moments qui nous choisissent et non l'inverse).

Ainsi, je peux me retrouver en un instant à me balader sur les rochers et les tapis de mousse d'Indian Harbour, parfaitement à ma place à nouveau dans ce décor aux allures d'Écosse ou d'Irlande. En fermant les yeux, je me retrouve au sommet de sa plus haute montagne, à profiter de la vue imprenable sur l'ensemble de petites îles, de lacs, de plages, de ruines de maisons de pêcheurs et de rochers. Sans carte ni photo, je retrouve le chemin de ce recoin du monde qui embaume le thé du Labrador et les petits fruits ; je revois notre bateau d'expédition au loin, devenu soudainement tout petit et je partage à nouveau avec un ami un morceau de chocolat qui a un petit goût de liberté. Je peux aussi revivre le chemin du retour au navire, alors qu'assise sur mon zodiac, le soleil se couchait en me glissant sur le dos.

De Nain, le village le plus nordique de Terre-Neuve-et-Labrador, je retiens des sourires, quelques larmes et des visages marqués par le vent du Nord. Les sourires des musiciens nous accueillant au port, des enfants, des habitants de la plus grande communauté du Nord-Ouest et des artisans sculpteurs aussi fiers de leur travail que de leur petit recoin du monde. Les larmes de mes amis voyageurs entassés dans une vieille église morave, émus par les chants traditionnels livrés pour nous en Inuktitut. Et les visages de ces deux mondes pour un moment réunis.

Quant au site de Watering Cove sur la Grady Island — ce campement abandonné où s'élevait une usine de traitement d'huile de baleine à la fin des années 1930 — ce ne sont ni ses immenses structures métalliques aujourd'hui rouillées, ni ses champs colorés de mousse, de blé, de minuscules sapins et de fougères qui me reviennent lorsque je m'y revois. Plutôt ce moment parfait où, du haut de la montagne, le soleil a choisi de jaillir en fins filets de lumières à travers les lourds nuages. Une minute tout au plus, le temps de quelques photos et de larmes à peine voilées balayées par le vent du Nord.

Sillonner l'Arctique avec Adventure Canada

Peu de navires peuvent franchir les rivières étroites, les criques isolées et les fjords glacés de l'Arctique. C'est le cas du bateau de croisière d'expédition Ocean Endeavour d'Adventure Canada. À son bord, nous avons parcouru les 2 075 miles nautiques menant du Groenland à Terre-Neuve, en passant par l'époustouflant Labrador. Une expédition de deux semaines baptisée Groenland & Labrador sauvages (Greenland & Wild Labrador) truffée de sorties en zodiac à la poursuite d'icebergs, de randonnées dans certains des plus beaux et des plus reculés paysages de la Terre, de conférences offertes en continu par des spécialistes aux connaissances inégalées, de rencontres si inspirantes qu'elles parviennent à changer la vie, d'ateliers pratiques livrés sous le thème de l'Arctique (art, culture, gastronomie, science, nature...), de repas savoureux, de soirées festives et de nouvelles et belles amitiés. Un périple qui a un prix certes (il faut compter entre 5 000 et 17 000$ américains + le coût des vols de Toronto au Groenland et de St-Jean de Terre-Neuve à Montréal), mais que bon nombre de voyageurs qualifient, à juste titre, de voyage d'une vie.

Pour en savoir plus, c'est ici.

L'auteure tient à remercier Intercontinental Toronto Center, MEC plein air et JAG boutique hôtel de St-Jean de Terre-Neuve pour leur accueil et leur générosité lors de cette grande aventure.