POLITIQUE

Denis Coderre et le désir de livrer la lune

Le maire sortant dresse le bilan de ses quatre années à la mairie de Montréal.

20/10/2017 18:43 EDT | Actualisé 20/10/2017 18:43 EDT
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Quand on promet de «remettre Montréal sur la map» et «redonner leur fierté aux Montréalais», il faut livrer. Denis Coderre a vu grand au cours des quatre dernières années et la plupart de ses promesses phares ont été tenues. Certains projets ont toutefois attiré leur lot de critiques, parfois virulentes.

NDLR : Le HuffPost Québec a dressé le bilan des promesses phares des maires des cinq plus grandes villes du Québec : Montréal, Québec, Laval, Gatineau et Longueuil. Les entrevues seront diffusées au cours des prochains jours.

Denis Coderre aime rappeler l'état de morosité dans lequel se trouvait la métropole à l'aube des dernières élections. En 2013, Montréal se remettait de la démission d'un maire impopulaire, en place depuis 2001, et de l'arrestation de celui qui l'a remplacé. Le tout après des années de reportages et d'enquêtes sur la corruption et la collusion, notamment dans le dossier des compteurs d'eau.

Il le répète à chaque point de presse, et encore en entrevue avec le HuffPost Québec.

«Rappelez-vous comment était Montréal il y a quatre ans et comment on était considéré. Il fallait ramener cette crédibilité, ce sérieux, et dire que Montréal est une ville exceptionnelle et il faut faire quelque chose. [...] Notre arrivée a complètement changé la donne», dit-il.

Les chiffres semblent lui donner raison. La construction va bien à Montréal, avec des investissements totalisant 5G$. Le tourisme et les investissements étrangers battent des records. Pour la première fois depuis longtemps, le taux de chômage est inférieur à ceux de Toronto, Calgary et Edmonton.

Ses opposants lui reprochent toutefois une certaine mégalomanie, ce à quoi il répond que «Montréal peut jouer dans la cour des grands».

Au final, a-t-il livré la marchandise?

Lutte à la corruption

La promesse incontournable de M. Coderre est la création du Bureau de l'inspecteur général (BIG). L'affaire n'était pas simple: l'administration Coderre a dû aller chercher une nouvelle loi au provincial afin d'embaucher un inspecteur qui aurait les pouvoirs de résilier lui-même des contrats où il décelait des manquements graves comme de la collusion ou la présence d'acteurs indésirables.

«Tout le monde riait à l'époque, se rappelle le maire. Ils se mêlaient avec le contrôleur et le vérificateur général. Mais d'avoir quelqu'un qui peut reconnaître en amont les systèmes, [...] c'était la façon de faire.»

Depuis son arrivée en 2014, l'inspecteur Denis Gallant a résilié ou suspendu 22 contrats et appels d'offres, proposé la résiliation de 12 autres et émis des rapports sur le partage de contrats dans l'industrie du déneigement et la présence du crime organisé dans le remorquage.

Fier de son bébé, M. Coderre aimerait exporter le modèle du BIG dans d'autres municipalités, ainsi qu'aux gouvernements fédéral et provincial. Il aimerait également que le BIG ait le pouvoir de porter des accusations criminelles.

L'expertise interne stagne

L'autre grande promesse en matière d'intégrité était l'augmentation de l'expertise interne de la Ville en matière de construction. C'était d'ailleurs l'une des principales recommandations de la Commission Charbonneau.

Le nombre d'ingénieurs à l'emploi de la Ville a bel et bien augmenté, passant de 386 à 467. Mais le nombre de chantiers a aussi augmenté pour rattraper le retard d'entretien des infrastructures. M. Coderre a d'ailleurs fait passer le budget de l'entretien de 600 M$ à 1,4 G$.

Contacté par le HuffPost Québec, le président du syndicat qui les représente, André Émond, estime que le rôle des ingénieurs de la Ville est minimisé.

«Ça n'a pas changé depuis la Commission Charbonneau. S'il y a eu du changement, c'est dans le mauvais sens», affirme-t-il.

En 2015, le quotidien La Presse révélait que le responsable des Travaux publics, Lionel Perez, avait fait modifier le langage des sommaires exécutifs pour qu'il soit plus favorable à l'apport du privé.

Appelé à dire si l'expertise interne avait augmenté, M. Coderre a répondu qu'elle est «efficiente».

La Grand'Messe du 375e

M. Coderre a promis des activités et des legs pour le 375e et on peut dire sans détour qu'il a mis le paquet : 45 legs, une multitude d'événements et 1 G$ en dépenses publiques, selon un décompte effectué par Radio-Canada. À lui seul, l'illumination du pont Jacques-Cartier a attiré environ 400 000 spectateurs, sans parler des nombreux curieux venus voir les Géants.

Un des plus importants legs, l'abaissement de l'autoroute Bonaventure avec la création d'un vaste espace public, a été bien accueilli. D'autres, comme la Promenade fleuve-montagne, beaucoup moins. D'autres encore ont dû être retardés, comme le réaménagement du parc Viger.

«C'est correct de faire du beau, affirme le maire. Le 375e est un vif succès.»

La Ville est-elle plus intelligente?

La Ville intelligente était un thème central de la campagne de M. Coderre en 2013. Il a rapidement créé le Bureau de la ville intelligente et numérique, sous la direction de Harout Chitilian. Plusieurs promesses ont été tenues, comme l'accès gratuit au WiFi au centre-ville, alors que d'autres chantiers commencent à se concrétiser. Une nouvelle plateforme web a été lancée cet automne, mais la plupart des fonctionnalités seront ajoutées ultérieurement.

Selon M. Chitillian, les projets ont démarré plus lentement que prévu parce qu'il y a eu un important processus d'embauche qui a attiré 12 000 candidatures, «du jamais vu».

«Pour atteindre ce niveau de transformation, il fallait également changer la culture et changer les profils de compétence», souligne le responsable de la Ville intelligente.

Toujours plus de pistes cyclables

Marc-André Gadoury, responsable du dossier vélo à la Ville de Montréal, se plaît à le dire : l'administration Coderre est la première à avoir réussi à créer 200 km de pistes cyclables en un mandat. Certaines pistes ajoutées sur des trottoirs ont fait sourciller, mais la promesse a été tenue: d'ici la fin de l'année, Montréal comptera près de 850 km de pistes cyclables d'ici la fin de l'année.

«Ce qu'on s'est dit, c'est que déplacer quelqu'un en vélo, ça coûte moins cher à la Ville que la voiture, le métro ou l'autobus. Alors les investissements vont nous rapporter», souligne-t-il.

Par ailleurs, M. Gadoury a présenté en fin de mandat un tout nouveau plan-cadre vélo pour la Ville. Ce plan prévoit de maintenir la cadence de nouvelles pistes tout en améliorant les aménagements. La Ville privilégiera ainsi les pistes surélevées en site propre afin de limiter la compétition avec les automobilistes.

L'évaluation finale de l'administration Coderre sera connue le 5 novembre, lors de l'annonce du gagnant des élections.