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Sarah Polley se vide le coeur sur «les hommes que vous rencontrez en faisant des films»

Vaut mieux tard que jamais.

15/10/2017 13:38 EDT | Actualisé 15/10/2017 13:38 EDT
Mark Blinch / Reuters

La réalisatrice canadienne Sarah Polley a écrit une lettre d'opinion dans le New York Times qui aborde sa rencontre avec Harvey Weinstein, mais aussi son expérience avec les hommes de l'industrie du cinéma en général.

Polley raconte qu'à l'âge de 19 ans, elle était en train de participer à une séance photo lorsqu'elle s'est fait retirer brusquement de la situation par la relationniste de presse de Weinstein, qui lui a dit qu'elle devait être dans son bureau dans 20 minutes. Elle explique qu'à son arrivée, «Weinstein n'a pas perdu de temps». Il lui a dit que plusieurs femmes connues s'étaient déjà assises à sa place et que si elle était prête à avoir une relation rapprochée avec lui, elle pourrait avoir du succès dans sa carrière. «C'est comme ça que ça fonctionne», a dit Weinstein à Polley.

Cette dernière, par contre, lui a dit qu'il perdait son temps. «J'aimais jouer, j'aime toujours ça, mais je savais qu'après 14 ans de travail professionnel, ça ne valait pas la peine pour moi, et les raisons ne sont pas déconnectées de cette rencontre d'il y a 20 ans.»

Polley admet qu'elle a souvent vu des femmes se faire mettre de la pression pour exploiter leur sexualité pour ensuite se faire traiter de «putes». Elle dit qu'il n'y avait pas beaucoup femmes dans des emplois techniques, et que quand il y en avait, elles se faisaient constamment tester par rapport à leurs connaissances. «Vous vous sentiez seule dans une mer d'hommes», écrit-elle.

Polley se demande comment elle aurait agi lors de sa rencontre avec Harvey Weinstein si elle avait été une actrice plus ambitieuse. Elle explique que «si vous souhaitiez jouer dans des films réalisés par des réalisateurs intéressants, il n'était pas quelqu'un que vous vouliez vous mettre à dos. J'étais chanceuse de m'en foutre.»

Polley raconte que lorsqu'elle a commencé à réaliser des films, elle a réalisé à quel point elle ne se faisait pas respecter en tant qu'actrice. C'est après avoir eu une expérience professionnelle agréable avec Julie Christie, qu'elle a dirigé dans son premier film Away from Her, qu'elle a voulu se remettre au jeu elle aussi.

Par contre, elle écrit avoir oublié à quel point «la plupart des réalisateurs sont des hommes insensibles». «J'ai eu deux expériences la même année où j'allais jouer dans un film comme actrice avec le coeur ouvert et où j'ai été humiliée, violée, rejetée, et, à un moment, appelée trop sensible quand je chialais», explique Polley.

Dans son texte, la réalisatrice a choisi de ne pas nommer de noms. Elle dit qu'elle va se faire critiquer pour ça. «C'est drôle, parce que quand les femmes nomment des noms, elles sont critiquées pour ça aussi. Il n'y a pas de façon de faire.»

Polley avoue ne pas avoir joué depuis une dizaine d'années, et que si c'est un beau métier, pendant longtemps, elle ne trouvait pas que ça valait la peine «d'ouvrir mon coeur et de me rendre vulnérable dans une industrie qui a du dédain pour les femmes.»

La réalisatrice raconte avoir eu l'idée, il y a quelques années, de faire un projet d'humour où les femmes raconteraient leurs expériences négatives sur des plateaux. Mais finalement, les histoires étaient tellement épouvantables que les femmes se sont retrouvées en pleurs et ont abandonné le projet.

Polley dit que si Harvey Weinstein est une figure centrale du prédateur hollywoodien, il n'est pas le seul dans l'industrie. Elle raconte que comme plusieurs, elle savait ce qu'il se passait avec Weinstein, non seulement à cause de sa rencontre avec lui, mais aussi parce qu'elle s'est fait raconter plusieurs histoires d'horreur.

«Comme plusieurs, je ne savais quoi faire avec ça. J'ai grandi dans cette industrie, entourée de comportements prédateurs, et l'idée que les gens y prêtent attention semblait aussi distante que de sortir le soleil du ciel», écrit-elle.

Elle dit qu'elle espère que la vague de dégoût va inspirer un vrai changement, «et ne finira pas avec une femme en cour, qui va être cadrée comme une folle, comme ces histoires se passent souvent».

La lettre de Polley arrive à point, puisque plusieurs de ces réflexions sont dans l'air du temps à la suite des accusations de harcèlement sexuel, d'agressions sexuelles et de viols portées contre Harvey Weinstein. Le moment est bien choisi pour parler de l'abus des femmes en cinéma, au-delà du scandale de Weinstein.

La lettre de Polley fait déjà sensation sur les médias sociaux, s'attirant une mer de commentaires positifs sur Twitter et Facebook.

L'animatrice de radio de CBC Eleanor Wachtel a repris une phrase du texte, rajoutant «la toujours brillante #SarahPolley.»

La journaliste Victoria Brownworth a écrit: «Une pièce brillante par #SarahPolley qui s'applique à notre environnement politique aussi.

«Et maintenant, qu'allez-nous faire à propos de ça?

Quoi en effet»

L'auteur et journaliste Omar Mouallem a aussi complimenté Polley. «Un éditorial incroyablement bon à propos des prédateurs hollywoodiens et ce que c'est d'être une femme sur un plateau par la brillante #SarahPolley.»

Plusieurs autres internautes applaudissent Polley pour ses mots et son courage. Certains disent qu'elle aurait dû parler plus tôt, mais comme on dit, vaut mieux tard que jamais.

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