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Des pompiers «illégaux»... pour sauver des vies

«Chaque seconde compte pour sauver des vies lors d'un incendie»

12/10/2017 10:12 EDT | Actualisé 12/10/2017 11:41 EDT

Des pompiers de quelques municipalités au Québec utilisent «illégalement» un appareil pour faciliter leurs déplacements en situation d'urgence, gagner du temps et sauver des vies. Il s'agit du feu vert clignotant non autorisé par le ministère de la Sécurité publique.

Selon nos informations, au moins quatre municipalités permettent ou ont permis jusqu'à tout récemment à leurs pompiers d'installer un feu vert clignotant dans leurs véhicules personnels, sans avoir obtenu l'autorisation du gouvernement du Québec. Il s'agit de Sainte-Rose-de-Watford, dans Chaudière-Appalaches, de Shannon, dans la région de Québec et de Saint-Armand, dans les Cantons-de-l'Est. À Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, aussi dans la région de Québec, on indique que son utilisation a cessé cette année.

«Je sais que je n'ai pas le droit de l'utiliser, mais je ne le fais que rarement et uniquement en situation d'urgence», admet le lieutenant Nicolas Desautels du Service incendie de Saint-Armand.

Courtoisie
L'affiche installée aux points d'entrée de la municipalité de Shannon.

Celui qui oeuvre au sein d'une brigade de 20 pompiers souligne que le feu vert clignotant, même s'il n'est pas doté d'une sirène, permet une importante économie de temps. «Quand j'utilise le clignotant, je sauve de 5 à 7 minutes pour effectuer le trajet d'environ 10 km qui sépare ma maison de la caserne. Les gens me laissent passer dans le trafic. Et vous savez que chaque seconde compte pour sauver des vies lors d'un incendie», ajoute M. Desautels qui demande au gouvernement Couillard d'autoriser rapidement cet instrument partout au Québec.

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À Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, on dit ne plus l'utiliser sachant que la loi ne le permet pas. «On l'a utilisé de 2016 à 2017, mais notre demande de dérogation au gouvernement a été refusée. Nous ne voulions pas continuer d'être dans l'illégalité. Pourtant, cet outil a toute son importance surtout pour nous qui devons composer avec un embouteillage monstre en raison de l'achalandage du Village vacances Valcartier. Quand les voitures sont pare-chocs contre pare-chocs sur des dizaines de kilomètres, il est essentiel que nous puissions nous rendre le plus rapidement possible à la caserne», se défend Steven McCarthy, directeur du Service incendie de cette caserne de 27 pompiers.

La Ville de Shannon, elle, estime être conforme à la réglementation et ce, même si le gouvernement du Québec n'a jamais donné son feu vert pour l'utilisation de ce dispositif. C'est qu'une résolution du conseil municipal a été adoptée en avril 2016 permettant à ses pompiers l'usage de ce gyrophare lors de déplacements vers la caserne à la suite d'un appel d'urgence.

«Nous avons installé trois affiches aux trois points d'entrée de la ville. Toute manœuvre impliquant l'emploi du clignotant vert sur une urgence doit demeurer sécuritaire et respecter le code de sécurité routière en vigueur, pas question de brûler un feu rouge ou de ne pas faire un arrêt obligatoire. Le clignotant vert est simplement un outil d'identification dans le but de sensibiliser le citoyen à faciliter le passage lors d'un déplacement vers la caserne afin de diminuer le temps de réponse à une urgence», mentionne Marie France Lambert, agente aux communications à Shannon.

La résolution précise que l'application de cette mesure est autorisée sur le territoire de la Ville de Shannon uniquement. Conséquemment, les territoires touchant l'entraide mutuelle avec les autres municipalités ne font pas partie du territoire approuvé.

D'autres pompiers défient la loi

D'autres pompiers de d'autres municipalités du Québec disent avoir «expérimenté» le feu vert clignotant «seulement pour des démonstrations aux médias», lance rapidement Michel Desjardins, un pompier qui milite depuis trois ans pour que les articles 226.2 et 287.1.1 soient ajoutés et actifs au code de la sécurité routière du Québec.

Proposition d'ajouts:

L'article 226.2: Le véhicule routier, autre qu'un véhicule d'urgence, conduit par un pompier visé par la Loi sur la sécurité incendie peut être muni d'un gyrophare vert amovible uniquement lorsque ce pompier agit dans le cadre d'un événement visé par cette loi. Ce gyrophare autorise le conducteur, lorsque la situation l'exige, à circuler sur l'accotement et à immobiliser son véhicule à tout endroit. Le conducteur doit agir de manière à ne pas compromettre la sécurité des usagers de la route.

L'article 287.1.1: Le conducteur d'un véhicule routier qui contrevient au deuxième alinéa de l'article 226.2 est passible d'une amende de 300 $ à 600 $.

«L'autre jour un policier de la SQ m'a dit: ''pourquoi tu n'a pas allumé ton feu vert j'aurais pu te laisser passer sur l'accotement et t'éviter de perdre du temps au périmètre de sécurité'". Je lui ai répondu que je n'avais pas le droit.»

«Le feu vert clignotant permet de faire un couloir pour laisser passer les pompiers au volant de leurs voitures personnelles comme c'est le cas lorsque nous sommes à bord du camion pompier», a-t-il expliqué.

M. Desjardins souligne qu'à plusieurs endroits au Canada, le feu vert clignotant est légal. «L'Ontario l'utilise et ça fonctionne à merveille. En Alberta, ils sont rendus au feu rouge avec sirène. Les véhicules personnels des pompiers sont de véritables véhicules d'urgence».

Des résultats convaincants?

Présentement, le gouvernement du Québec accepte que les MRC de Bécancour et la MRC Les Collines-de-l'Outaouais fassent l'usage du feu vert clignotant dans le cadre d'un projet-pilote de trois ans débuté en 2015 et qui se terminera en août 2018.

Le HuffPost Québec a mis la main sur des statistiques colligées par le ministère de la Sécurité publique à partir du rapport sur l'effet de l'utilisation du feu vert clignotant entre le 13 octobre 2015 au 31 octobre 2016.

Le nombre total d'interventions (tout type d'appel confondu) est de 1863 pour les deux MRC participantes au projet-pilote. Dans 83 % des cas, les utilisateurs du feu vert clignotant estiment avoir ainsi facilité leurs déplacements. Plus de 16% des sapeurs disent avoir sauvé plus de deux minutes. Le projet-pilote vise 418 pompiers répartis dans 31 casernes pour une population totale de 69 645 habitants.

«Il a aussi été démontré que les arguments contre l'utilisation du feu vert clignotant et les craintes étaient par le fait même non fondés», assure Michel Desjardins.

Le ministère de la Sécurité publique n'a pas été en mesure de répondre à notre demande d'entrevue.