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«120 battements par minute», Robin Campillo au cœur des années sida

«Terrorisé, j'ai ensuite décidé de ne pas avoir de relations sexuelles pendant cinq ans.»

10/10/2017 09:54 EDT | Actualisé 10/10/2017 09:56 EDT
Mk2 Mile End

Applaudi par la critique cannoise en mai dernier, le film 120 battements par minutes a sans doute manqué de peu la Palme d'or pour finalement repartir de la Croisette avec le prestigieux Grand Prix du jury. En racontant les premières luttes en France des militants contre l'épidémie du sida, le long métrage vibrant de Robin Campillo (Eastern Boys) émeut jusqu'aux larmes. Le HuffPost Québec s'est entretenu avec le réalisateur.

L'œuvre-fleuve nous propulse à Paris, dans les années sida, aux côtés des militants d'Act Up, association composée en partie de sidéens, dont les actions coups-de-poing auront mis sous les projecteurs la souffrance des malades. «J'ai moi-même traversé cette terrible époque, a relaté Robin Campillo en entrevue téléphonique. J'en ai des souvenirs très importants et je voulais redonner de la vie à tout ce que j'ai vécu au sein d'Act Up.»

En parti autobiographique, le troisième opus du réalisateur s'attarde à la fois sur le collectif et l'intime, notamment sur une romance entre deux militants, l'un atteint du VIH. On est en plein dans les heures sombres de la maladie où les victimes tombaient comme des mouches devant l'indifférence des pouvoirs publics. Aujourd'hui âgé de 55 ans, Campillo explique pourquoi il s'est très tôt dirigé vers le militantisme.

«À l'aube des années 1980, j'étais dans ma vingtaine, raconte-t-il. Le sida faisait son apparition au pays. Bien sûr, j'avais le pressentiment que quelque chose de très grave allait arriver. Mon premier partenaire était malade. Après un test, j'ai appris que j'étais séronégatif. J'étais rassuré, toutefois la situation restait terrible, car on ne savait rien, pas même le mode de transmission. Il y avait bien quelques articles avec des images des malades. Terrorisé, j'ai ensuite décidé de ne pas avoir de relations sexuelles pendant cinq ans.»

En 1992, Robin Campillo devient alors militant à un moment où le sida est devenu une question politique. «Malgré la peur d'être malade, je me suis repris en main. L'épidémie faisait déjà des ravages depuis dix ans quand je suis arrivé chez Act Up. Lorsque je suis rentré dans l'association, j'avais en moi une grande colère. Chez Act Up, on passait pour les mauvais garçons ou les méchants pédés. Avec le film, je voulais raconter l'histoire d'un groupe, comme un seul corps, avec des malades qui se retirent au fur et à mesure que le virus les rattrape.»

La mort, mais surtout la vie. 120 battements par minutes reconstitue également les beaux moments d'une association composée d'une multitude d'activistes aux trajectoires multiples, des gays, des séropos, des hétéros, des trans, des toxicos et des transfusés aussi. «On était jeunes et plutôt conscients de la légitimité de notre action. On y ajoutait une sorte d'élégance. C'était souvent drôle et outrancier. On avait du plaisir. Les gens dansaient, riaient, faisaient l'amour... d'ailleurs, l'un des slogans d'Act Up était danser = vivre". Il reste que malgré une certaine désinvolture, on était au fond très en colère.»

120 battements par minute – Drame social – MK2 Mile End – 140 minutes – Sortie en salles le 13 octobre 2017 – France.

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