POLITIQUE

Québec prolonge le projet-pilote d’Uber d'un an

Le gouvernement serre la vis sur la sécurité et la formation.

22/09/2017 05:37 EDT | Actualisé 22/09/2017 15:48 EDT

QUÉBEC – Le ministre des Transports, Laurent Lessard, a confirmé vendredi matin qu'il prolongera le projet-pilote d'Uber pendant un an tout en resserrant certains critères de sécurité et de formation.

Tel que révélé par le HuffPost Québec plus tôt aujourd'hui, Québec imposera une formation obligatoire supplémentaire aux nouveaux chauffeurs d'Uber. Mais la multinationale pourra continuer d'opérer en toute légalité au-delà du 14 octobre, date à laquelle l'entente devait prendre fin.

Les nouveaux « partenaires-chauffeurs » devront suivre une formation de 35 heures – soit 15 heures de plus que ce qui est prévu actuellement – qui portera surtout sur la sécurité et les interdictions. Il y aura également un resserrement du processus de vérification des antécédents judiciaires.

Le ministre Lessard a également annoncé la mise sur pied d'un groupe de travail, formé de représentants du ministère des Transports, des Finances et des représentants de l'industrie du taxi, afin d'établir les besoins et le soutien financier nécessaire à la « modernisation » de l'industrie.

Le gouvernement se laisse jusqu'au printemps pour évaluer les pertes monétaires des détenteurs de permis de taxi et trouver des solutions. M. Lessard a évoqué des compensations monétaires de plusieurs millions de dollars, mais il ne s'avance pas sur un chiffre précis.

Il croit toutefois que c'est à l'État d'assumer ces frais, puisque c'est lui qui « change les règles du jeu ».

Québec pourrait déposer un projet de loi

Depuis l'an dernier, les chauffeurs d'Uber doivent obtenir un permis de classe 4C pour la conduite de taxis et faire inspecter leur véhicule. Ils doivent de plus afficher leur vignette Uber sur la vitre arrière du véhicule lorsqu'ils sont en service.

L'entreprise verse également des redevances par course au gouvernement du Québec selon le nombre d'heures effectuées par semaine. Elle versera 0,97$ par course jusqu'à 50 000 heures effectuées par semaine. Elle s'élève à 1,17$ par course jusqu'à 100 000 heures, puis augmente à 1,33$ par course par la suite.

Puisque qu'il n'est possible de renouveler le projet-pilote qu'une seule fois, M. Lessard confirme que Québec devra déposer un projet de loi pour « pérenniser » les activités d'Uber dans la province.

L'industrie du taxi est furieuse

Alors qu'Uber perd son permis d'exploitation à Londres, les chauffeurs de taxi d'ici sont furieux que Québec prenne la direction contraire en permettant à Uber d'opérer dans la province et de laisser leur industrie « mourir à petit feu ».

« Est-ce qu'on s'est fait avoir ? Oui, royalement, a dénoncé Abdallah Homsy, porte-parole du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec après l'annonce. Puis on continue dans cette mascarade-là encore une fois pour une année de plus. »

M. Homsy reproche au gouvernement Couillard d'imposer un fardeau financier de plus sur les contribuables, puisqu'ils pourraient devoir payer pour des compensations financières aux chauffeurs de taxi.

Il déplore d'autant plus que cette annonce survienne le jour du déclenchement des élections municipales, alors que tous les yeux sont rivés vers les candidats à la mairie de toutes les villes.

« Il y a deux personnes dans la province de Québec qui sont mortes de rire aujourd'hui : [le directeur général d'Uber Québec] Jean-Nicolas Guillemette et [le premier ministre] Philippe Couillard. Ces deux-là sont les seules qui peuvent prendre aujourd'hui un verre de scotch et dire qu'ils sont contents. »

Uber brandit une nouvelle menace

À la suite de cette annonce, Uber Québec a critiqué cette « nouvelle réglementation rétrograde ». L'entreprise compte étudier les changements exigés par Québec, mais dit d'ores et déjà que ses opérations au Québec sont « fortement menacées ».

« Nous sommes extrêmement déçus de ces changements additionnels qui mettent en péril notre capacité de continuer à opérer au Québec », a fait savoir Jean-Christophe de le Rue, porte-parole d'Uber Québec.

Ce n'est pas la première fois que la multinationale brandit la menace de quitter le Québec. La dernière fois, c'est lorsqu'il était minuit moins une avant d'adopter le projet pilote dans sa forme initiale, l'an dernier.

Prochaine étape: les voitures autonomes

Questionné au sujet d'Uber la semaine dernière, le premier ministre Philippe Couillard est resté plutôt vague en disant que le Québec doit poursuivre la « transformation » qui s'opère dans le domaine des transports.

« Ce qu'on doit faire, ce n'est pas seulement planifier les prochains mois, ce sont les prochaines années, a-t-il dit. Là, on a des perturbations, des changements de société qui sont dus à l'arrivée d'une technologie, qui est Uber. »

« Il y a d'autres "Uber" qui attendent à la porte, l'un après l'autre, après l'autre, a poursuivi le premier ministre. Puis plus loin encore, ce sont des voitures sans conducteur. Qu'est-ce qu'on va faire quand il y aura des voitures sans chauffeur ? »

Le ministre Lessard a poursuivi dans la même veine, vendredi, en disant que « l'industrie doit envisager de faire des changements à la suite de l'arrivée des nouvelles technologies ».

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