POLITIQUE

Jean-François Lisée fait «reculer» le projet d’indépendance, dénonce Gabriel Nadeau-Dubois

Le chef péquiste a déclaré lundi que le Québec n’avait pas à payer pour les «invités de Justin Trudeau».

29/08/2017 16:14 EDT | Actualisé 29/08/2017 17:06 EDT
LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

QUÉBEC – Les plus récents commentaires du chef péquiste Jean-François Lisée sur les demandeurs d'asile « salissent » le projet d'indépendance et donnent raison à ceux qui l'associent au « rejet de l'autre », dénonce le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

M. Lisée a déclaré lundi que le Québec n'avait pas à payer pour les « invités de Justin Trudeau », ces demandeurs d'asile haïtiens qui fuient les États-Unis et cherchent refuge au Canada. À son avis, cet afflux à la frontière est la conséquence directe des « déclarations irresponsables » du premier ministre fédéral et demande à Ottawa s'assumer la facture.

« [Le chef du Parti québécois] a des commentaires qui trahissent une stratégie très claire : stigmatiser les demandeurs d'asile pour gagner des votes, s'indigne M. Nadeau-Dubois. En faisant ça, M. Lisée alimente l'intolérance, affaiblit le vivre-ensemble, mais éloigne aussi des milliers de Québécois issus de l'immigration du projet indépendantiste. »

De toute évidence, le chef du Parti québécois pense qu'il peut gagner son vote de confiance au prochain congrès, préparer les prochaines élections en pointant certains Québécois du doigt.

Selon lui, « pas besoin de chercher midi à quatorze heures » pour comprendre pourquoi certains Néo-Québécois boudent l'idée d'un Québec indépendant lorsqu'un chef de parti tient ce genre de propos. « Comme indépendantiste, ce sont des propos qui me choquent parce qu'ils ne font pas juste stigmatiser des gens qui sont déjà vulnérables, ils salissent le projet d'indépendance. »

Québec solidaire comprend que la population ait des préoccupations relativement à cette situation irrégulière à la frontière et se dit d'accord pour investir plus de ressources pour traiter les demandes des demandeurs d'asile plus rapidement. Le parti s'inquiète toutefois de cette « compétition » entre M. Lisée et le chef de la CAQ, François Legault, sur la « déclaration la plus incendiaire » au sujet des migrants.

M. Nadeau-Dubois, lui, semble déterminé à taper sur le clou du PQ. « De toute évidence, le chef du Parti québécois pense qu'il peut gagner son vote de confiance au prochain congrès, préparer les prochaines élections en pointant certains Québécois du doigt. Nous, ce qu'on rappelle, c'est que ces tactiques-là ont un prix et que le prix, en plus d'affaiblir le vivre-ensemble, c'est de faire reculer le projet d'indépendance. »

En mai, les militants de QS ont rejeté une alliance électorale avec le PQ à forte majorité en raison de certains « dérapages » de l'opposition officielle en matière d'identité ou envers les communautés culturelles. La co-porte-parole Manon Massé avait alors parlé d'un « vote de méfiance » à l'endroit de la formation politique.

« Disons qu'il y a un an, quand Jean-François Lisée a fait, pour la première fois, une offre de pacte électoral avec Québec solidaire, QS avait clairement annoncé que parmi ses conditions, ce serait la mise au rancart des politiques de division. Et, de toute évidence, il ne le fait pas », affirme M. Nadeau-Dubois.

Le député de Gouin dit maintenant que les propos de M. Lisée sur les migrants viennent « confirmer » les craintes de certains militants de QS ainsi que la stratégie du chef péquiste en vue des prochaines élections.

Lisée manque sa cible, selon Harel

Louise Harel, qui a été ministre de l'Immigration sous les gouvernements du PQ de René Lévesque et de Jacques Parizeau, a elle aussi dénoncé les commentaires de M. Lisée. À son avis, il s'en prend à la mauvaise cible.

« Jean-François Lisée ne parle pas pour rien dire. Il connaît la puissance que les mots peuvent avoir. Vous savez, les mots peuvent faire souffrir. De parler de ces gens comme étant "les invités de Justin Trudeau", c'est leur faire injure », a-t-elle déploré en entrevue.

Elle pense que M. Trudeau et le maire de Montréal, Denis Coderre, sont à blâmer pour la situation actuelle. « Ce sont eux qui portent la responsabilité d'avoir fait venir ici et d'avoir reçu à bras ouverts des gens qui risquent d'être expulsés dans quelques années, finalement. »

Pense-t-elle également que le chef péquiste nuit au projet d'indépendance ? « Heureusement que ce projet d'indépendance du Québec n'est pas celui d'un seul homme, répond-t-elle. Ce projet est porté par des centaines de milliers de personnes. Malheureusement, il n'aide pas au projet. »

En 1980, le premier ministre Lévesque avait réclamé un programme spécial d'Ottawa pour accueillir 5000 Haïtiens, rappelle-t-elle. Ottawa a fini par consentir à ce programme qui ne s'appliquait qu'au Québec.

« Alors vous comprenez qu'on est vraiment a contrario de ce qu'on entend présentement. Heureusement que le Parti québécois a une histoire d'ouverture, une histoire de solidarité beaucoup plus grande que celle à laquelle on assiste en ce moment. »

Trudeau ignore Lisée

Le premier ministre du Canada n'a pas voulu répondre directement aux propos de M. Lisée concernant les migrants haïtiens, lors d'un point de presse mardi. Il s'est contenté de souligner la « très proche collaboration » entre Ottawa et Québec dans ce dossier.

« Les Canadiens et les Québécois comprennent bien à quel point l'immigration est une source de force et de richesse pour nos communautés, pour notre province, pour notre pays, a-t-il dit. Les vagues d'immigrants qui sont arrivés au Canada depuis des générations ont toujours su contribuer à la richesse – pas seulement monétaire – de ce pays et vont continuer de le faire. »

« Nous comprenons tous que c'est dans l'intérêt de nous tous de s'assurer que les règles et les lois soient respectées tout en s'assurant qu'on puisse demeurer une société ouverte et accueillante parce qu'on a confiance en notre système d'immigration et dans les structures que nous avons en place. Je n'ai pas de commentaires [à faire] sur les propos des autres », a conclu M. Trudeau.

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