POLITIQUE

L'étude sur les sacs de plastique retardée par la CMM

«De la politique de basse classe», dénonce l'industrie.

25/08/2017 19:54 EDT | Actualisé 25/08/2017 19:54 EDT
Lengar79 via Getty Images

QUÉBEC – Recyc-Québec retarde la publication d'une étude qui prouverait que le sac en plastique mince n'est pas si nocif pour l'environnement en raison d'une « initiative » de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Résultat : ladite étude ne serait disponible que quelques jours avant que Montréal interdise ces sacs sur son territoire, le 1er janvier 2018.

Cette « analyse de cycle de vie des sacs d'emplettes », qui devait être rendue publique « la semaine du 27 mars », ne serait rendue publique qu'au mois de décembre, selon des courriels consultés par le HuffPost Québec.

Une correspondance datant du 19 juin démontre que Recyc-Québec s'est « associé » à la CMM et Éco Entreprises Québec pour lancer une « initiative visant à sélectionner une firme qui sera en mesure de proposer des alternatives » pour remplacer les sacs de plastique conventionnel. Une « revue de littérature » a également été réalisée pour alimenter les résultats de l'étude.

Il n'y a pas grand-monde qui va essayer de me convaincre qu'un sac de plastique n'est pas nocif.Denis Coderre, maire de Montréal

« On comprend qu'il y a eu de la manipulation et de la politique de basse classe », réagit Marc Robitaille, porte-parole de l'Association canadienne de l'industrie des plastiques, qui demande à ce que l'étude soit rendue publique pour éviter que des décisions soient prises par les municipalités à « l'aveuglette ».

« Ce que nous regrettons est que Recyc-Québec est le bras scientifique du ministère de l'Environnement. Eux autres travaillent sur une plateforme mondiale. Tout ce qu'ils font est scruté à la loupe par l'Amérique du Nord. Ils ne peuvent pas descendre à un niveau de petite partisanerie municipale », critique-t-il.

Le Plan d'action métropolitain sur les sacs en plastique de la CMM, adopté en 2016, prévoit que tous les municipalités sur son territoire devront interdire les sacs de plastique à usage unique qui ne sont pas biodégradables à partir du 22 avril 2018, Jour de la Terre. Brossard a déjà interdit les sacs de plastique mince depuis septembre dernier.

Montréal ira de l'avant

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a déjà confirmé qu'il ira de l'avant avec cette interdiction dès le 1er janvier 2018 et ce, même s'il dit ne pas avoir pris connaissance de l'étude de Recyc-Québec. « Il n'y a pas grand-monde qui va essayer de me convaincre qu'un sac de plastique n'est pas nocif », a-t-il affirmé au 24 Heures.

L'étude, d'abord révélée par le Journal de Montréal, étudie la durée de vie des sacs de l'extraction du pétrole jusqu'au recyclage et démontrerait que les sacs de plastique mince (d'une épaisseur de 17 microns) seraient plus écologiques et plus économiques que les sacs en papier, les sacs biodégradables, les sacs en plastique plus épais et les sacs réutilisables.

Aussitôt l'interdiction des sacs en vigueur, Montréal fournira des sacs trois fois plus épais (d'une épaisseur de 50 microns). M. Robitaille s'inquiète de voir une « taxe déguisée » refilée aux consommateurs, qui doivent payer cinq sous par sac mince à l'heure actuelle.

L'étude va souligner le chemin à prendre et malheureusement, cette étude-là ne sera pas utilisée pour guider les villes.Marc Robitaille, porte-parole de l'ACIP

« L'étude va souligner le chemin à prendre et malheureusement, cette étude-là ne sera pas utilisée pour guider les villes », déplore M. Robitaille, qui ne peut pas dévoiler le contenu de ladite étude. Il souligne toutefois qu'elle a coûté des centaines de milliers de dollars aux frais des contribuables.

Recyc-Québec maintient que « l'analyse de cycle de vie des sacs d'emplettes est présentement en cours de réalisation ». L'organisation n'a pas répondu à nos questions de suivi.

La CMM, de son côté, n'était pas disponible dans l'immédiat pour commenter. Le bureau du ministre de l'Environnement, David Heurtel, a référé toutes les questions à ce sujet à Recyc-Québec.

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