BIEN-ÊTRE

Le livre «Maternité, la face cachée du sexisme», un plaidoyer pour l’égalité parentale

En librairie le 23 août prochain.

22/08/2017 09:55 EDT | Actualisé 22/08/2017 09:56 EDT
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C'est après un souper avec des amies mamans qu'a germé l'idée d'approfondir le sujet de l'inégalité dans la parentalité dans la tête - et le cœur - de la journaliste engagée Marilyse Hamelin. Quelques années et des centaines d'heures de recherche plus tard, son premier livre s'apprête à se retrouver sur les tablettes des librairies.

Intitulé Maternité, la face cachée du sexisme, ce plaidoyer pour l'égalité parentale se veut une piste de réflexion, un début de dialogue, et l'espère-t-elle, une source d'espoir pour ces femmes – et aussi ces hommes – touchées par les discriminations systémiques liées à la maternité, rencontrées sur le marché du travail.

Documenter les inégalités

Marilyse Hamelin a entamé l'écriture de Maternité, la face cachée du sexisme le lendemain d'un autre souper de filles; celui au cours duquel des amies féministes l'ont convaincue qu'elle était la personne parfaite pour écrire ce long essai prônant l'égalité parentale. Pas parce qu'elle vit personnellement cette situation, mais bien parce qu'est connue pour son franc parlé, ses gestes et se paroles de solidarité et son désir profond de voir et de faire changer les choses.

« Depuis que je suis toute petite, j'ai beaucoup de difficulté lorsque je suis témoin d'injustice, explique la blogueuse féministe. Comme mon livre a pour point de départ certaines expériences qui m'ont été racontées par des proches, cela vient m'interpeller. Il y a quatre ans, lors de ces retrouvailles avec des amies d'université, la majorité des filles présentes avaient des enfants, sauf moi. Elles m'ont raconté les histoires d'horreur qu'elles avaient vécues par rapport à leur travail, et ce sans même être à proprement parler des femmes « carriéristes ». Cela m'a profondément touché. »

« Tout ce que je veux, c'est l'égalité des chances, peu importe ce que tu veux faire dans la vie, poursuit-elle. Que tu ne sois pas discriminée parce que tu as des enfants. On aborde beaucoup la conciliation travail-famille et le partage des tâches à la maison, mais j'avais envie d'aller plus loin que cela, de remonter à la source du problème, de me poser la question : pourquoi la mère est-elle le parent par défaut? Je voulais montrer que cela a des impacts sur la vie professionnelle des femmes. Je pense qu'on est rendu à parler de déségrégation des responsabilités parentales, de déségrégation selon le sexe.»

Leméac

Lorsqu'elle parle d'égalité, la journaliste insiste : tout ce qu'elle souhaite, c'est que chacun fasse ce qu'il veut par choix, et « que ce choix soit vraiment un choix, non quelque chose de renforcé par les stéréotypes de la société. »

« Ce livre-là n'est pas que pour les femmes et les mères, mais pour tout le monde, assure-t-elle. Les pères, les décideurs politiques, même les adolescents que j'adorerais voir lire mon livre à l'école. On croit beaucoup cette idée que les mères naissent avec le mode d'emploi pour les enfants. Ce n'est pas vrai. Pendant que les femmes sont très investies dans la sphère privée et parentale, elles ne sont pas là où se prennent les décisions qui impactent la société. Il est là le danger; cela limite les femmes. »

Une piste de réflexion

Marilyse Hamelin se défend bien de vouloir dire aux femmes quoi faire ou comment vivre leur parentalité. Elle se plaît plutôt à voir son livre comme un point de départ et une piste de réflexion.

« Dans cette réflexion, j'ai trouvé que c'était peut-être une bonne idée de simplement allonger le congé de paternité, sans enlever le congé partageable. Au niveau symbolique, mais aussi dans les faits : que les pères soient un peu seuls avec leur bébé pour développer leur confiance en tant que père, leurs compétences parentales et leur propre façon de faire. C'est un investissement à long terme, il me semble. »

« Le propos correspond à ma nature profonde, car il y a quand même un espoir : faire une prise de conscience collective. L'erreur qu'on fait est de traiter la parentalité - et par extension, la maternité parce qu'on juge que prendre soin des enfants est beaucoup la responsabilité des femmes – comme un angle personnel, privé, individuel. À partir de là, tout le monde s'en lave les mains. Ce n'est pas vrai, c'est un problème structurel et systémique de discrimination en emploi. »

Philippe Boisvert

Celle qui se décrit comme fille foncièrement optimiste et très enthousiaste avoue que le mythe de l'égalité atteinte lui fait peur. « Non seulement cela fait qu'on n'avance plus, lance-t-elle, mais j'ai peur qu'on recule. Et malheureusement, je le vois. Je pensais trouver plus d'espoir lors de mes recherches. On serait porté à penser qu'on a fait de nombreuses avancées - ce qui est vrai, évidemment -, mais le danger est de tellement célébrer ces avancés qu'on les confond avec l'égalité atteinte. »

Les récentes et nombreuses coupures dans les programmes sociaux ne laissent présager rien de bon à l'auteur de Maternité, la face cachée du sexisme. « On ne sent pas que la famille fait partie des préoccupations du gouvernement, partage-t-elle. On ne peut simplement pas dire que donner l'égalité aux femmes coûte trop cher. Je suis inquiète, car notre gouvernement voit les choses en termes de chiffres. La vraie vie ne rentre pas dans des petites cases. »

En attendant que les hauts dirigeants se penchent sur la question, Marilyse Hamelin se dit impatiente d'entamer la discussion avec les lecteurs.

« J'ai hâte que les femmes m'écrivent, j'ai hâte aux salons du livre, dit-elle le sourire aux lèvres. J'ai envie de dialoguer avec les gens à partir de ce point de départ qu'est mon livre. Il va sûrement y avoir des réactions émotives ou négatives et cela est bien correct. Ma motivation est et sera toujours d'aider les femmes, toutes les femmes. C'est ce que tu fais quand tu es féministe. »

Le livre Maternité, la face cachée du sexisme sera en librairie le 23 août prochain.

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