BIEN-ÊTRE

Gabrielle Threlfall, entretien avec la Ashley Graham du Québec

Retenez son nom!

03/08/2017 10:30 EDT | Actualisé 03/08/2017 15:14 EDT
Skye Swimwear/Courtoisie
Gabrielle était en vedette dans l'une des campagnes de Skye Swimwear. Elle a voyagé au Maroc, au Mexique et en Grèce pour la marque.

Elle est de Boucherville, porte du 14 et on dit d'elle que c'est le portrait craché du top modèle Ashley Graham. Rencontre avec l'authentique et ultra charmante mannequin Gabrielle Threlfall.

Elle était assise là, à une soirée entre amis, un verre à la main, comme tout le monde. Puis il ne fallut qu'un éclat de rire pour qu'elle attire mon attention. Grande, en confiance, et loquace, on a engagé la conversation. Deux minutes plus tard, elle m'apprenait - sans grande surprise - être mannequin. Mannequin taille plus. La preuve, elle avait des dizaines de photos sublimes et pas moins de 30 000 abonnés Instagram.

Sunset vibes✨ ( photo: @jay01dee , bottom: @skyeswimwear )

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À 24 ans, elle se consacre au métier à temps plein et a à son actif des campagnes pour Skye Swimwear, Addition Elle, Laura, Avon, Tigre Géant, Lisette L, et Canam Spyder.

Malgré les contrats qui s'accumulent et les agences de mannequins de renom qui s'intéressent à elle, Gabrielle se décrit comme une fille comme toutes les autres qui n'a pas nécessairement le goût de se montrer en maillot tous les jours... mais qui a appris à aimer son corps totalement.

Et avec le mannequinat, ce n'est pas la richesse et la célébrité qui l'intéressent. Son but ultime : inspirer les Québécoises à se voir autrement, à arrêter de se comparer aux autres puis à avoir confiance en elles.

Retenez son nom : Gabrielle Threlfall.

Le mannequinat, ça t'est tombé dessus? Aspirais-tu à faire carrière dans le métier plus jeune?

«Je voulais être actrice. J'aime ça parler. (rire) J'ai fait de la figuration, me suis lancée comme agente promotionnelle alors que j'étais encore au secondaire. Un jour, j'étais à un événement pour le magazine Clin D'oeil dans le cadre de mon emploi où les filles auditionnaient pour devenir mannequins professionnelles.

Une fille super mince s'est approchée de moi et m'a demandé `"Scuse, c'est quoi ton tour de taille". Je me suis dit : "Elle est pas gênée, elle". À 17 ans, j'ai tout de suite pensé qu'elle me jugeait. J'étais inconfortable. Je me trouvais juste plus grosse que toutes mes amies à cette époque. Elle m'a dit être de l'agence NEXT, m'a parlé du marché "taille plus" en pleine expansion, m'a demandé de lui envoyer des photos, je l'ai fait et ça a déboulé. J'ai signé avec eux.»

Santorini got me like 🍸 @skyeswimwear , @nextcanada, ( photo: @lauriegodinrheault )

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Le milieu de la mode te faisait peur?

«J'avais plein de préjugés envers les mannequins et l'industrie avant de me lancer. Ils sont snobs, les filles se droguent, se font vomir, aucun respect envers les mannequins, mais il y a rien de tout ça. Tu te rends compte que c'est toutes des personnes comme toi et moi. Les gens sont humains. Oui, j'ai déjà fait affaires avec des clients désagérables, comme tout le monde. On m'a déjà fait sentir comme la pire chose sur la Terre et la plus belle dans la même journée.

Oui, comme plusieurs le pensent, il y a des filles qui se font vomir, mais tout comme dans n'importe quel bureau ou domaine. Pas plus, pas moins.»

Comment as-tu pris confiance en tes capacités?

«Au début, j'étais mauuuuvaise (rire). Je n'avais pas confiance, je n'y croyais pas. Le monde me demandait de poser, mais j'avais aucune idée comment faire. "Va voir les autres filles", qu'on me disait. Mais c'est surtout à force de travailler avec les mêmes personnes, tu deviens meilleure. Tu prends confiance en toi, en ton corps. Tu attires peu à peu le respect des autres. Si tu crois en toi, ils croiront probablement en toi et verront ton potentiel. Ça paraît ces choses-là. Un moment donné, à force de me pratiquer, toutes mes appréhensions ont disparu d'elles-mêmes, ça a débloqué.»

One more 🌾 . . (photo: @lauriegodinrheault , mua: @julieplante )

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Mais surtout, es-tu plus confortable avec ton corps depuis que tu es mannequin?

«Totalement! La lingerie, ça m'a aidé à m'accepter. Je travaillais pour Addition Elle quand ils m'ont demandé si j'accepterais de poser en petite tenue pour le site Internet. Je n'étais vraiment pas sûre (rire). Je suis très pudique, pas exhibitionniste, pas excentrique. Je ne veux pas être le centre d'attention. J'ai dit oui quand même.

Je me suis rendu que compte que "crime, mon corps est ben moins pire que ce que je pensais". En regardant les photos et en shootant en sous-vêtements au moins une fois par semaine, je suis vite devenue confiante.

Mon bourrelet, je le veux. J'ai le contrôle dessus. Je l'ai choisi. Je l'assume.Gabrielle Threlfall

Ce que j'aime, en fait, c'est de sentir que j'ai le contrôle sur mon corps. En revenant d'un voyage à Cuba, je me trouvais molle, je me suis mis à m'entraîner. J'ai perdu un peu de poids, mais surtout j'ai senti que j'avais le contrôle de ma shape. J'étais bien dans ma peau au lieu de me sentir comme une grosse patate de divan (rire), t'sais qui ne bouge jamais. Mon bourrelet, je le veux. J'ai le contrôle dessus. Je l'ai choisi. Je l'assume.

Il y a beaucoup de problèmes d'estime de soi qui part de là. À force de manger, de boire, d'écouter des séries, de toujours être enfermé chez vous, tu mises sur ton confort immédiat. Mais en changeant quelques habitudes de vie vient le confort dans son corps, puis finalement dans son esprit.»

On te compare souvent au top modèle Ashley Graham. Ça affecte beaucoup ta carrière?

«Ça m'affecte quand même... On travaille toutes les deux pour (le détaillant montréalais) Addition Elle. Je ne suis pas elle, on n'a pas du tout la même personnalité, mais on se ressemble. Mes propres amies se mélangent, même sur des pubs à la télé!»

Courtoisie/Addition Elle
Ashley Graham

Qu'est-ce qui te différencie d'Ashley?

«Ashley a commencé très jeune. Elle a beaucoup d'assurance. T'sais, c'est une vedette d'Hollywood, une influenceuse. Elle est partout. Moi, pour l'instant, je fais mon travail. Je suis encore une ado de l'industrie. Elle, c'est une senior! Je suis plus discrète, mais j'ai aussi mes opinions. On a un look semblable, mais une personnalité très différente.

Ce qui nous différencie, en photo, c'est l'expérience. Et ça paraît. Elle est une pro de chez pro quand elle travaille! Il n'y a pas ou très peu de mauvaise photo d'elle. (rire)

Sinon, je dirais peut-être notre salaire (rire).»

Aspires-tu à devenir la prochaine Ashley?

«J'espère juste suivre son mouvement, donner l'exemple d'acceptation corporelle. Je suis très Québécoise: les valeurs québécoises, j'aime vraiment le Québec et je veux aider le Québec. Et J'aimerais ça garder ça même si je fais une grande carrière.

Il faut dire qu'aux États-Unis, ce n'est pas la même game. Il y en a à la tonne des modèles taille plus. Je vais essayer de percer, mais je ne sais pas si j'ai l'étoffe. Si ça n'arrive pas, ce n'est pas grave. Je vais juste rester authentique, défendre la femme, sans montrer mes seins sur Instagram. Je resterai sensuel, mais pas sexuel!»

Today's weather got me dreaming of this beautiful #marrakech 🌿☀️👙@skyeswimwear ( 📷: @donatphoto )

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Quel est ton conseil pour permettre aux femmes d'avoir confiance en elles? D'assumer leurs courbes?

«Vous n'aimez pas votre corps, vous n'êtes pas motivée? Changez une toute petite affaire. Surtout, arrêtez de vous comparer! Comparez-vous au pire à vous-mêmes.

Mais il n'y a pas une journée pareil. Il y a en a des journées où tu te trouves laide, d'autres où tu te promènes en sous-vêtements librement chez toi.

Trouvez un truc qui vous rend heureux, faites ces trucs-là, bougez un peu, le corps et ce que vous pensez de lui vont suivre. C'est simple, si t'es pas ben, fais des changements!

Les filles qui mettent du large, alors que le x-large vous fait mieux, achetez le x-large. Personne ne va voir ton étiquette, personne ne te demandera la grandeur de ton pantalon et tu vas te trouver plus belle.

La diversité corporelle, on en parle. On n'arrête pas de dire que tu es belle même si tu as un surplus de poids. Tout est possible. Regarde, je suis mannequin!»

Look who I found.. 🙋🏼 #nextmodel #quebecoise #additionelle

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Quels sont tes rêves dans le mannequinat? Tu veux poursuivre longtemps?

«Notre milieu est particulier. On sait qu'on ne peut pas faire ça éternellement. J'aimerais ça poursuivre. J'apprends tous les jours. C'est un peu un accomplissement personnel.

En tant que taille plus, ce qui est le fun, c'est qu'on fait plus "madame" parce que c'est plus les femmes matures qui acceptent le surplus de poids, donc on travaille plus longtemps, plus vieille. La mannequin Joby Bach est dans la trentaine et travaille encore. Faut dire qu'il y a aussi moins de mannequins taille plus. »

Pour quels clients voudrais-tu travailler?

«J'aimerais représenter des cosmétiques. Sinon, Forever 21, Boohoo... La haute couture, ça m'intéresse un peu moins, c'est plus européen, plus high class. J'aimerais mieux faire l'Aubainerie et être proche de ma communauté.

J'aime mieux les jeunes que les fashionistas. Je n'ai pas le goût d'être inaccessible. Une Gigi Hadid, une Véro ou Céline Dion.

Si ça ralentit comme mannequin, j'aimerais tout de même rester dans le milieu, dans la photo, avec les marques ou sinon de me promener dans les écoles et parler de la diversité corporelle, de l'acceptation. Plus on en parle, plus le mouvement va prendre de l'ampleur.»

Gabrielle est représentée par la prestigieuse agence de mannequins NEXT à Montréal, Toronto et Miami. Elle a récemment été approchée par Wilhelmina à New York.

Les mannequins dits "taille plus" stars

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