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«Lady Macbeth»: méfiez-vous de l’eau qui dort

Le réalisateur et metteur en scène de théâtre William Oldroyd livre un premier long métrage brillant et cruel.

02/08/2017 16:00 EDT | Actualisé 03/08/2017 08:18 EDT

Dans Lady Macbeth, adaptation d'un roman du Russe Nikolai Leskov lui-même inspiré par Shakespeare, le réalisateur et metteur en scène de théâtre William Oldroyd livre un premier long métrage brillant et cruel. Il évoque pour nous son travail sur ce superbe film austère et dépouillé tourné quasiment sur un seul décor situé au nord de l'Angleterre.

Mariée sans amour à un homme âgé qui ne la désire pas, Katherine (impressionnante Florence Pugh) s'ennuie à mourir jusqu'à jeter son dévolu sur un séduisant jeune palefrenier. Cette liaison secrète pousse les deux amants vers une quête de liberté qui culmine dans l'horreur et le crime.

«À la lecture du livre, j'ai été fasciné par le caractère complexe et puissant de ce personnage qui ne se résigne jamais, déclare William Oldroyd en entrevue téléphonique. Katherine est une battante. Elle ne souffre pas en silence. Elle ne voit pas non plus dans le suicide ou la fuite une façon d'en finir avec l'injustice.»

TVA-Films

Issu du monde du théâtre, le cinéaste britannique explique les multiples défis d'un projet cinématographique au budget limité à 965 000 dollars.

«Comme nous n'avions pas les moyens d'une grosse production, nous avons dû faire preuve d'ingéniosité. En seulement 24 jours de tournage, tout allait très vite. Il reste que ces limites ont en fait été salutaires parce qu'il nous a fallu très tôt aller vers l'essentiel privilégiant un minimum de localisations [un manoir anglais et ses environs]. L'aspect rigoriste et frugal était aussi l'opportunité de ne pas trop se soucier du luxe des décors.»

Tuer pour survivre

Campé en pleine ère victorienne, sous le poids de la morale patriarcale et religieuse du XIXe siècle, le somptueux hui clos rural reste une œuvre moderne et audacieuse aux relents hitchcockiens.

«Au départ, j'avais pensé transposer l'histoire dans une époque plus contemporaine, confie le cinéaste doté d'une formation en théologie. Mais je ne voulais pas sacrifier cette idée de confinement. Le personnage principal est emprisonné dans sa maison sans possibilité d'en sortir. Il aurait été difficile de maintenir cette réalité à notre époque. La situation des femmes n'est heureusement plus la même et il existe aujourd'hui tellement de façon de rentrer en contact avec le monde extérieur.»

À la fois film historique et thriller glaçant, William Oldroyd évoque surtout un récit radical sur l'émancipation d'une femme.

«Elle tue pour survivre. Sa vie est si désespérée qu'elle n'a pas vraiment le choix. La première scène du film est celle du mariage de Katherine. Nous ne savons encore rien d'elle et elle ne semble rien savoir des gens qui l'entourent. Cet homme insensible qu'elle épouse et ce beau-père écrasant, qui sont-ils? Que fait-elle ici? Autant d'interrogations qui traversent notre esprit et celui du personnage. On réalise assez vite qu'elle est la propriété exclusive de son mari. C'est contre cela qu'elle va devoir se battre.»

Lady Macbeth – Drame – TVA-Films – 120 minutes – Sortie en salles le 28 juillet 2017 – Grande-Bretagne.

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