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La facture des quotas de voitures électriques refilée aux consommateurs, selon l'IEDM

À compter de 2018, le gouvernement ajoutera des quotas de ventes de véhicules verts aux incitatifs pour en acheter.

25/07/2017 08:26 EDT | Actualisé 25/07/2017 09:16 EDT
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La volonté de Québec de forcer les concessionnaires automobiles à vendre davantage de voitures électriques et hybrides pourrait faire monter le prix des voitures conventionnelles, selon un rapport de l'Institut économique de Montréal (IEDM).

À compter de 2018, le gouvernement ajoutera des quotas de ventes de véhicules verts aux incitatifs pour en acheter. Les fabricants devront vendre 3,5 % de véhicules hybrides ou électriques à défaut de quoi ils devront acheter des crédits aux fabricants qui auront accumulé un excédent ou directement au gouvernement.

La proportion des ventes de véhicules hybrides ou électriques est de 1,08 %. L'objectif du gouvernement est de faire passer cette proportion à 22,5 % en 2025.

L'imposition de ces quotas s'inscrit dans la visée de Québec de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la province de 37,5 % d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990. Le secteur des transports représente 43 % des émissions de GES de la province.

En 2016, il y avait 13 464 voitures électriques sur les routes du Québec. Elles représentaient 0,26 % du parc automobile de la province.

L'IEDM estime que ces quotas feront augmenter le prix de vente des véhicules conventionnels et que ces hausses de prix seront réparties également sur l'ensemble des modèles. Une telle hausse sera proportionnellement plus élevée pour les véhicules les plus abordables, désavantageant ainsi les ménages à faibles revenus.

« [...]Les entreprises qui n'atteindront pas leur quota - ça devrait être tous les manufacturiers de voitures, à part Tesla, peut-être, qui ne fabrique que des voitures électriques - vont devoir acheter des crédits, avance Germain Belzile, chercheur associé senior à l'IEDM. « On calcule qu'actuellement, pour 2018, si une entreprise est en dessous de son quota, elle va devoir acheter pour 100 voitures standards à essence vendues, va devoir acheter 3,5 crédits, ce qui veut dire 17 5000 $. Donc, 175 $ par voiture à essence. Et ça va monter. »

« C'est-à-dire qu'on se base sur le fait que c'est extrêmement peu probable que les entreprises manufacturières de voitures atteignent leur quota, poursuit-il. Elles vont être obligées d'acheter des crédits et ces crédits-là, c'est coûteux et ça va se retrouver sur le prix des voitures standards. »

Autrement dit, c'est l'équivalent d'une taxe en fait.Germain Belzile

De plus, les ventes de véhicules luxueux et plus énergivores, comme les véhicules utilitaires sport (VUS) et les camions, seront favorisées puisque leur prix augmentera proportionnellement de façon moins importante.

L'IEDM estime que les quotas feront augmenter les prix des véhicules conventionnels de:

  • 175 $ en 2018
  • 1100 $ en 2025

M. Belzile déplore également que les acheteurs de voitures conventionnelles vont financer des fabricants de véhicules électriques comme Tesla. « Chaque voiture électrique qu'ils vont produire va générer automatiquement un crédit qu'ils vont pouvoir vendre », explique-t-il.

Alors, pour chaque Tesla vendue, qui donne quatre crédits, la compagnie va recevoir [...] 20 000 $ et ce 20 000 $ va être tiré des poches des acheteurs de véhicules à essence.Germain Belzile

Selon l'IEDM, ces quotas rendront les camions et les VUS plus attrayants pour les consommateurs, une conséquence contre-productive dans l'objectif de réduire les émissions de GES. L'organisme invite donc le gouvernement à abandonner cette mesure.

Une mesure efficace

Coordonnateur de projets à l'Institut du véhicule innovant, Stéphane Pascalon estime que l'analyse de l'IEDM est erronée et que les quotas n'auront pas d'effet sur le prix des véhicules conventionnels. « On voit déjà dans les États américains qui ont des lois similaires en place qu'il n'y a eu aucune augmentation du prix des véhicules à essence », explique M. Pascalon.

Une dizaine d'États américains ont des lois similaires sur les véhicules électriques.

C'est un argument que les manufacturiers automobiles ressortent chaque fois qu'on leur a imposé une réglementation - comme les coussins gonflables, sur les réductions des pollutions, les pots catalytiques.Stéphane Pascalon

M. Pascalon croit que cette loi va permettre aux consommateurs d'avoir accès à un plus grand nombre de modèles de véhicules électriques.

« Il y a même eu une baisse des prix des véhicules électriques grâce à ces lois-là parce que les concessionnaires veulent écouler leur stock de véhicules électriques, donc ils font des rabais pour être sûrs d'atteindre les objectifs », poursuit-il.

M. Pascalon croit que cette loi va permettre aux consommateurs d'avoir accès à un plus grand nombre de modèles de véhicules électriques.

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