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Gala «Juste absurde»: aussi long que décalé

21/07/2017 16:01 EDT | Actualisé 21/07/2017 16:01 EDT
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Le Gala s'intitulait «Juste absurde», et il l'a été à souhait. Drôles d'énergumènes et discours sans queue ni tête se sont succédés, jeudi soir, lors du spectacle de Juste pour rire animé par un Réal Béland en pleine possession de ses moyens.

Ceci dit, «absurde», «décalé», «farfelu» et leurs synonymes ne signifient toutefois pas nécessairement «heureux», «réussi» ou «drôle». Pour quelques excellents numéros, surtout en début de parcours, on s'est farci plusieurs moments moyens au fur et à mesure de l'avancement de la soirée. Un bon équilibre avait été atteint entre le nombre de vétérans et d'humoristes de la relève, il y en avait pour tous les goûts, mais l'ensemble n'allait pas rondement du tout. Manque de rythme et, souvent, manque de punch, malgré quelques instants très réussis.

À la bonne heure, le public de la Salle Wilfrid-Pelletier était dans de formidables dispositions et n'a ménagé ni les cris de joie, ni les ovations debout.

Note aux organisateurs : Juste pour rire promet, depuis quelques années, des galas de «100 minutes, sans entracte, sans temps morts». Mardi, le Gala «Juste engagé» de Laurent Paquin et Jean-Luc Lemoine a «défoncé» son temps d'une dizaine de minutes. Même chose jeudi, alors que Réal Béland et ses acolytes ont quitté les projecteurs vers 20h30, soit 20 minutes plus tard que prévu. Pas qu'on s'en plaigne nécessairement, mais si on étire, qu'on s'assure que ça en vaille la peine...

Nos coups de cœur de la soirée : Daniel Grenier, Maude Landry, Gabriel D'Almeida Freitas et les Chick'n Swell

Nos déceptions : Stéphane Fallu, le numéro des poissons et le numéro de fermeture

L'animateur

À l'aise comme un poisson dans l'eau jeudi, Réal Béland est véritablement chez lui dans l'univers absurde. La saynète d'ouverture de son gala était hilarante. Béland a d'abord longuement philosophé sur la pertinence d'un animateur absurde dans un gala absurde et poursuivi en solo pendant quelques minutes. Il a joué un bruiteur avec un céleri («Le céleri, c'est le Gregory Charles des légumes. Il dort juste trois heures, sinon il devient mou»), a relevé des cris d'animaux qu'il juge absurdes, des noms de maladies absurdes («Quant à moi, «varice», ça ressemble plus à un prénom d'adolescent russe») et des handicaps absurdes, comparant la petite main de Peter MacLeod à la grosse main de Gildor Roy. «Le Denis Drolet à palettes, comment ça que ses dents ne sont pas dans le même code régional que ses gencives?».

Sylvain Larocque, André Ducharme, Vincent Léonard (le Denis Drolet à palettes) et Stéphan Bureau l'ont ensuite interrompu, se taquinant à qui mieux mieux sur les petits défauts de chacun. «On ne s'obstinera pas, t'es à une rotule d'être un nain», a balancé Réal Béland à André Ducharme. «J'étais le Tom Jones du groupe», a riposté ce dernier, en référence à l'époque RBO. «Je pense qu'il veut dire le Tom Pouce», a renchéri le Denis Drolet.

Tous se sont acharnés sur le sort de Stéphan Bureau, lui faisant comprendre qu'il n'était pas «le couteau le plus aiguisé du tiroir» ou, comme le veut l'expression consacrée, «le pogo le plus dégelé de la boîte». «T'es pas la marque de détergent la plus vendue au Canada», a répliqué le Denis Drolet.

Stéphan Bureau a quant à lui fait de Réal Béland sa tête de Turc. «Réal, c'est pas un prénom, c'est un prétexte pour lâcher l'école avant le secondaire», a-t-il martelé.

Daniel Grenier

L'ex-Chick'n Swell Daniel Grenier nous a offert un formidable délire, comme lui seul en est capable. Il a brandi des rébus à la face des spectateurs (qui débouchaient sur «Jean-Claude Van Damme», «Philippe Couillard et Jean Charest» ou encore «Jésus Christ»), a réinventé le bon vieux gag des boulettes de steak haché qui jouent à la cachette, a détaillé son expérience avec la drogue du viol (alors qu'il était saoul et seul chez lui?!), y est allé d'une chanson grivoise et a brandi un jouet musical pour définir le qualificatif «rigolo». Qu'a-t-il répondu à son vétérinaire qui lui demandait à qui téléphoner en cas de complications? «Je lui ai donné le numéro d'un autre vétérinaire!» Daniel Grenier est réellement passé maître dans son genre et on a hâte de l'apprécier davantage et plus souvent en solo.

Maude Landry

La nouvelle venue Maude Landry s'est très bien débrouillée dans une prestation de stand up conventionnel, avec l'air pince-sans-rire de circonstance. «Salut Centre Bell, ça va?», a-t-elle lancé d'entrée de jeu. Elle a expliqué qu'elle habite sur le boulevard De Maisonneuve, «à trois chansons de Rihanna» de la Place des Arts. «Pour ceux qui ne le savent pas, Montréal Nord, c'est comme Brossard, mais complètement autre chose». En tant que femme, juge-t-elle difficile de faire carrière en humour? «Des fois, j'essaie de prendre le micro pour m'exprimer, mais j'ai de la misère parce que je m'enfarge dans mes gros totons...» Elle a ensuite discouru d'un ton candide de la pornographie sur Internet et de sa crainte d'accoucher un jour d'un enfant nain. On a très hâte de voir où sera rendue Maude Landry dans un an, mais ce qu'on a vu jeudi augure très bien pour la suite.

Gabriel D'Almeida Freitas

Quelle «bibitte», ce Gabriel D'Almeida Freitas! «Il est aussi absurde que son nom», l'a présenté Réal Béland, avec raison. Entré en scène l'index en l'air, en appuyant sur des touches de piano imaginaires, il a déclaré n'avoir jamais connu son père («Il est mort deux ans avant que je naisse...») et être allergique aux chats («C'est la seule allergie dont on ne peut pas mourir, sauf si le chat a un gun.») Il s'est ensuite adonné à une ambitieuse mise en scène muette qui est passée d'un lavage de vitre à un éternuement, un accident de voiture, un combat au fusil et à l'épée et une fuite à la course. Pas seulement comique, D'Almeida Freitas démontre d'excellentes aptitudes de comédien. Une perle rare, un autre qu'on a hâte de connaître davantage. Il a reçu une ovation debout... même si plusieurs semblaient perplexes!

Stéphane Fallu

Arrivé comme une bombe, Stéphane Fallu n'a pas été à la hauteur des invités qui l'ont précédé. Il a sauté du coq à l'âne dans un monologue qui n'avait rien de bien original. Était-il vraiment à sa place dans un gala absurde? Gens qui refusent de vieillir, gags éculés sur les personnes âgées (teinture mauve et paparmanes en bonus), les défauts mignons de son amoureuse, l'omniprésence de la technologie, la pornographie, l'intolérance au gluten (qui l'a mené à parler de son pénis?! Allez comprendre...), la religion, le célibat... C'était sans grand intérêt, même si la salle a bien réagi.

Numéro de mi-parcours

On a bien rigolé en voyant Laurent Paquin, Phil Roy et Réal Béland s'avancer, tous trois glissés dans des déguisements d'immenses poissons, mais leur sketch a finalement été beaucoup trop long et on a rapidement fait le tour des plaisanteries de poissons sous toutes leurs coutures. Raies, plombiers, tonte d'algues, «selfish», «se faire remonter les écailles», «Résidences Crapet-Soleil», «Flétan Barrette», «poissonne sexy»... Voyez le genre.

Les Denis Drolet

Les Denis Drolet ont déjà parus plus en forme que jeudi. Ils ont répété devant l'assistance un nouveau numéro... Judicieusement intitulé «Le nouveau numéro». Le tandem brun a été fidèle à lui-même, mélangeant les références à Tammy Verge, Bryan Mulroney, au jus d'orange et à l'essence de vanille dans un brainstorm sans queue ni tête, mais ce n'était pas aussi efficace qu'à l'habitude. On ne peut pas frapper des coups de circuit chaque fois.

Yannick De Martino

Rayon humour bizarre, il faut être fanatique du style pour aduler un Yannick De Martino, qui se tient souvent sur la très mince corde raide entre l'absurde total et le pas drôle du tout. Sa meilleure? «Le truc pour faire de l'argent au Casino? Tu vas porter ton CV... C'est une job comme une autre...» Pour donner un ton particulier à son segment, il a fait écouter sur magnétophone des extraits apparemment retranchés d'un numéro qu'il préparait. Rien à se rouler par terre, rien de très enlevant, mais le parterre a bien reçu le «personnage» De Martino et sa bouille de (faux) niais.

Les Chick'n Swell

En guise de numéro-souvenir, en hommage au 35e anniversaire de Juste pour rire, les Chick'n Swell ont fait revivre une folie au cours de laquelle, couchés sur un tapis noir, en rouge, en jaune et en bleu, ils s'adonnent à toutes sortes de contorsions qui, de l'angle du public, finissent par prendre du sens. Qu'ils se balancent au cerceau ou jonglent avec des quilles, l'illusion est parfaite. On s'ennuie des Chick!

Olivier Martineau

Toujours solide, armé de son habituelle confiance en lui, Olivier Martineau a déçu un tantinet en repiquant des morceaux de son one man show, notamment celui où il s'enflamme contre les écureuils, qui sont «comme des rats habillés chics». Il a également longuement tourné en dérision l'émission Denis Lévesque, avec beaucoup de justesse.

Numéro final

L'inutile tableau de la fin, où Dominic Paquet, Réal Béland et Sophie Bourgeois incarnaient des musiciens et une chanteuse désireux d'offrir un tour de chant se butant à un piano défectueux, a été interminable. Voilà qui a terminé le gala sur une note défaillante, malgré l'apparition inattendue d'André Ducharme costumé en Tom Jones. Bel effort, mais franchement, ça ne volait pas haut.

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