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«Drôld’r», quand JiCi Lauzon s’écoute parler… et chanter

Après les beaux malaises de Martin Matte, on a maintenant droit aux gros malaises de JiCi Lauzon.

21/07/2017 10:33 EDT | Actualisé 21/07/2017 10:34 EDT
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Après les beaux malaises de Martin Matte, on a maintenant droit aux gros malaises de JiCi Lauzon. Après plusieurs années passées dans ses souliers de comédien, puis un saut en politique sous les couleurs du Parti vert du Canada en 2015, l'homme s'offre le plaisir d'un troisième spectacle solo en tant qu'humoriste, qu'il a intitulé Drôld'r (prononcer «Drôle d'ère», «Drôle d'air»). Un plaisir qui, à nos yeux, n'a même pas le bon goût d'être «coupable» ou «mignon», et qui ne sera certainement pas partagé par tous. Cruel constat, mais bien réel.

Réclamait-on JiCi Lauzon à grands cris sur nos planches? Jeudi, alors qu'il offrait la deuxième représentation de sa série de cinq programmées au Festival Juste pour rire, seulement une trentaine de personnes occupaient la petite Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, qui ne compte que 122 sièges.

Évidemment, en tant qu'artiste, l'ex-Pierre Lacaille de Virginie peut faire ce qui lui chante, mais quand Juste pour rire offre une tribune à une personnalité, on s'attend à ce que celle-ci génère un minimum d'engouement. Il y avait de quoi être perplexe hier, en constatant le peu d'achalandage au rendez-vous. Sans l'effet de la première médiatique, sans invités VIP, disons que l'ambiance était plutôt morne dans un espace qui, en temps normal, s'avère relativement facile à remplir.

Humour ou tour de chant?

L'expression «faire ce qui lui chante» convient tout à fait à Drôld'r. Car JiCi Lauzon s'y échine beaucoup plus sur sa guitare qu'il ne se raconte.

Devant une toile évoquant un mur de briques, le communicateur – qui parait souvent mal à l'aise, un peu empêtré au micro – prend place dans un décor fait de morceaux de troncs d'arbres. «Tire-toi une bûche, on va jaser», telle est sa prémisse. Le concept? On comprend qu'il fait semblant d'être dans sa «loge», à l'extérieur, en attendant d'aller se produire à l'anniversaire d'une dame de 90 ans. Il blague qu'il remplace Boucar Diouf et, du même souffle, que, pendant son escale en politique, les Verts l'ont rendu «bleu» et l'ont mis «dans le rouge». Puis vient l'inévitable boutade de «manger mou». Rapidement, on comprend que les fous rires incontrôlables, ce sera pour un autre jour.

Le récit de JiCi Lauzon se fonde, grosso modo, sur l'évolution, la traversée des époques. La Révolution tranquille, la période hippie, jusqu'à notre obsession de la technologie, entre autres. Avec quelques épices de réflexion sociale.

Mais, surtout, le gaillard chante. Il chante de tout. De vieilles mélodies. Puis, des plus récentes.

Il chante L'eau vive. Frou Frou. La belle de Cadix. That's Amore. Partons la mer est belle. Tout est prétexte à ressasser la nostalgie en musique. Est-ce une manière de retenir l'attention du parterre, que de l'enjoindre d'entonner avec lui ces couplets et refrains chers au cœur de plusieurs?

Il questionne les paroles sexistes de certaines pièces légendaires, comme La destinée, la rose au bois. «C'est pas l'affaire des filles d'aller voir les garçons (...) Mais c'est l'affaire des filles de balayer la maison». En effet, JiCi, ces vers sont choquants, mais tu l'es un peu, toi aussi, quand tu balances que, même aujourd'hui, les hommes n'ont jamais voulu passer le balai, qu'ils ont préféré inventer la balayeuse.

«L'âge avancé, c'est quand tout le monde te crie après : avancez, avancez!», crânera-t-il au tournant, amplifiant le malaise qui nous habite déjà profondément. Ça ne s'améliorera pas avec ses clins d'œil aux enfants de chœur et aux scandales de l'église. Surtout pas, non plus, lorsqu'il trouvera le moyen d'insérer des gags de toilettes en déplorant notre addiction aux cellulaires.

Pire, on a parfois l'impression que notre homme s'écoute un brin parler, qu'il se paie devant nous une fantaisie égocentrique, sans trop se soucier de savoir si son élucubration plait à ceux et celles qui se trouvent devant lui. Se voulant engagé, il a composé des chansons inspirées de l'actualité, Justin joint et Faites-moi une pipeline. Bel effort, mais on n'est soufflés ni par ses prises de position, ni par ses jeux de mots inspirés des plus grossiers mononcles.

Plus tard, en discourant sur sa paternité tardive, il distillera des échantillons de thèmes de Caillou, d'Ani Couni, parlera de L'Ours Paddington, du Petit ours brun, du Capitaine Bonhomme. Sans crier gare, il reviendra ensuite à Kashtin.

«Mais où sommes-nous?» et «Que se passe-t-il?», se demande-t-on rapidement en constatant la tangente de ce que Lauzon lui-même qualifie de «tour de chant» (une observation émise après 25 minutes, précisément). Tour de chant ou one man show comique? Luis Mariano lui-même n'y comprendrait probablement rien.

Marketing à revoir

Entendons-nous : on ne méprise en rien le genre, et il est presque attendrissant de voir et entendre un homme de la stature de JiCi Lauzon pousser la ritournelle pour les personnes du troisième âge, mais une telle proposition ne saurait être qualifiée de spectacle d'humour, et encore moins se frayer un chemin dans l'offre de Juste pour rire. L'organisation de Gilbert Rozon était-elle consciente de la nature du produit en l'intégrant à son menu estival? Parce que le contexte n'était absolument pas le bon pour Drôld'r.

Le goût du jour, comme dans l'expression «se remettre au goût du jour», JiCi Lauzon ne semble pas le connaître. Est-ce une question de génération? Jeudi, la minuscule assistance, plutôt âgée, semblait bien s'amuser dans cette prestation qui a pris les allures d'une veillée intime du Jour de l'An. Les gens ont timidement fredonné les classiques d'hier avec lui. Si tout le monde est heureux, tant mieux!

Seulement, en annonçant un nouveau one man show, JiCi Lauzon devrait avoir l'objectif d'à tout le moins tenter d'intéresser les spectateurs de tous les âges. Ou alors, il devrait retravailler sa campagne de marketing et recentrer sa promotion vers une tranche d'âge précise. On l'affirme sans ironie, Drôld'r serait sûrement très apprécié dans les résidences et maisons de retraite. Lauzon mentionne dans son texte qu'il affectionne les personnes âgées, lesquelles l'ont beaucoup interpellé pendant son séjour en politique et lorsqu'il jouait dans Virginie. Voilà le créneau qu'il devrait viser, à moins de repenser sérieusement son contenu. Mais, soyons francs, il part de loin.

JiCi Lauzon présente Drôld'r à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts jusqu'à dimanche, 23 juillet.

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