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Médicaments contrefaits: des milliers de saisies chaque année

Chaque année, des dizaines de millions de colis sont livrés au Canada, provenant des quatre coins du monde.

16/07/2017 10:06 EDT | Actualisé 16/07/2017 10:06 EDT
La Presse canadienne/J.P. Moczulski

EXCLUSIF - D'importantes quantités de médicaments contrefaits entrent au Canada chaque année par la poste. Radio-Canada a appris que les produits de santé non homologués sont les articles les plus fréquemment saisis par les autorités. Depuis 2011, celles-ci ont intercepté près de 60 000 envois ou colis soupçonnés d'en contenir.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair et de Louis Blouin

Chaque année, des dizaines de millions de colis sont livrés au Canada, provenant des quatre coins du monde.

Parmi tous ces envois, combien contiennent-ils des produits contrefaits? Difficile à dire. On ne connaît que la pointe de l'iceberg : les produits qui sont détectés, puis saisis par les autorités.

Par exemple, cette année, plus de 5000 envois contenant des médicaments soupçonnés d'être contrefaits ont été retirés de la circulation par l'Agence des services frontaliers et Santé Canada. Un envoi peut prendre la forme d'un simple colis, comme celle d'un conteneur maritime.

Ce nombre a parfois été bien plus élevé ces dernières années. Comme en 2012-2013, alors que plus de 16 000 envois ont été saisis.

Les produits sont variés. Santé Canada donne en exemple des médicaments permettant d'améliorer les performances sexuelles.

La Gendarmerie royale du Canada ajoute que parmi les articles saisis, il y a également des médicaments contrefaits pour soigner les maladies cardiaques, le cancer, le diabète et pour faciliter la perte de poids.

Ça représente sûrement une infime partie de ce qui entre au Canada. Jean-Pierre Fortin, président national du Syndicat des douanes et de l'immigration

Les produits contrefaits sont illégaux et comportent un emballage ou des inscriptions laissant croire qu'ils ont été fabriqués légalement par le titulaire de l'autorisation de mise en marché ou pour ce dernier.

Source : Santé Canada

Achat en ligne populaire

L'achat de médicaments contrefaits est devenu plus simple ces dernières années, grâce à des plateformes en ligne qui permettent de s'en procurer.

Le professeur adjoint à l'école de criminologie de l'Université de Montréal David Décary-Hétu, qui s'est penché sur la question, note que beaucoup « de colis viennent de Chine, viennent d'Inde aussi ».

Selon lui, le fait que certains Canadiens ont de la difficulté à avoir accès à un médecin contribue à les pousser vers des méthodes d'approvisionnement qui peuvent s'avérer dangereuses.

Acheter des médicaments est toujours une entreprise risquée. On reçoit une pilule par la poste, on n'a aucun moyen de vérifier ce qu'on a reçu. David Décary-Hétu, professeur adjoint, école de criminologie, Université de Montréal.

David Décary-Hétu estime que puisqu'il n'est pas envisageable que tous les colis qui entrent au Canada soient ouverts, il faut faire plus de prévention et rappeler les risques liés à la consommation de médicaments contrefaits.

La poste : porte d'entrée des opioïdes

La livraison de produits contrefaits préoccupe Ottawa. Surtout que les envois postaux servent aussi parfois à dissimuler des drogues dangereuses, comme les opioïdes.

Comme le rapportait Radio-Canada en mars, les douaniers ont procédé l'an dernier à 85 saisies de fentanyl dans les centres de courrier du pays.

« C'est la manière principale par laquelle le fentanyl entre au Canada », explique le secrétaire parlementaire de la ministre de la Santé, Joël Lightbound.

Au pays, le fentanyl a causé environ 2500 surdoses mortelles en 2016.

M. Lightbound précise qu'Ottawa a fait adopter une loi qui permet maintenant aux douaniers d'ouvrir des colis de moins de 30 grammes, ce qui peut aider à lutter contre le trafic de fentanyl.

Une décision saluée par le Syndicat des douanes et de l'immigration. Mais pour mieux contrôler l'entrée de produits illicites ou contrefaits, son président Jean-Pierre Fortin demande plus de ressources, notamment des enquêteurs, ce qui permettrait « un travail d'analyse plus complet ».

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