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FrancoFolies: le bilan des organisateurs

19/06/2017 09:35 EDT
Frédérique Ménard-Aubin

À quelques heures de la tombée du rideau sur leur 29e édition, les FrancoFolies de Montréal tenaient dimanche, en début de soirée, au bistro Blumenthal, leur cocktail de clôture, agrémenté d’un tapis bleu où ont défilé plusieurs invités liés de près ou de loin au succès du festival.

Le HuffPost Québec en a profité pour s’entretenir avec deux des décideurs de l’événement qui a officiellement lancé l’été à Montréal, soit Jacques-André Dupont, président-directeur général de Spectra, et Laurent Saulnier, vice-président à la programmation des FrancoFolies, pour connaître leurs impressions sur le marathon musical qui s’achevait.

Voici ce que les organisateurs avaient à dire sur...

 

Le bilan général des 29e FrancoFolies

«C’a été une édition magique, extraordinaire. C’est sûr qu’on a eu un temps magnifique. Les Montréalais étaient prêts à sortir, et on a vu beaucoup, beaucoup de jeunes. On a fait un travail en termes de programmation : notre mission première, c’est de faire rencontrer le plus vaste public possible avec les artistes francophones, mais on met un accent particulier sur les jeunes, parce qu’on sait qu’il y a des enjeux dans le milieu de la musique, particulièrement à Montréal. Je suis très content qu’ils aient répondu. On a eu beaucoup de créations spéciales, comme ce qu’on a fait avec Demain matin, Montréal m’attend, le spectacle de Pierre Lapointe, et on a eu beaucoup de shows spéciaux sur la grande scène Bell» - Jacques-André Dupont

 

«Que du bonheur! On a engagé un des meilleurs programmateurs du monde entier, qui s’appelle le soleil. Lui, il bat tout le monde! On ne peut rien faire, vraiment. La vibe est bonne, le public est au rendez-vous. Samedi, il y avait du hip hop quasi partout sur le site des Francos, et le public a répondu en masse. Oui, il  y avait un gros contingent de jeunes, mais c’était un public de tout âge. On est super contents.» - Laurent Saulnier

 

Les spectacles qui ont été les plus populaires

«On a eu de belles surprises. Paul Piché en ouverture, la Place des Festivals était pleine. J’étais très content de voir le travail de Rymz, samedi, qui a remplacé Koriass, ce n’était pas évident. Il y avait une belle énergie, une belle foule. Alaclair Ensemble a été un beau succès. Tout ce qu’on a fait à la Scène Urbaine, on a eu un plus gros succès qu’on pensait, on était contents de la réponse. Le show Desjardins, on l’aime-tu!, c’était magnifique, Karim Ouellet aussi.» - Jacques-André Dupont

 

Le virage jeunesse de plus en plus marqué des FrancoFolies

«C’est une transformation qui est réfléchie. Parce qu’on se dit que la «bataille» va se gagner si on gagne les gens, et je pense qu’on les a gagnés. Ce n’est pas terminé, c’est un travail à refaire à chaque année. Mais notre attitude est jeune. J’ai des jeunes dans l’équipe, j’ai des plus vieux, mais l’attitude en général est jeune. On vise la créativité, on vise à évoluer et à surprendre à chaque année. Je pense que ce sont les différentes clés pour le succès du travail qu’on fait.» - Jacques-André Dupont

 

«Ça fait plusieurs années qu’on s’y consacre, mais on n’a jamais voulu le faire de façon drastique. C’a toujours été important pour nous de le faire lentement, mais sûrement, et je pense qu’année après année, on récolte de plus en plus les fruits de cet arbre-là. Ce virage, ça fait des années qu’on l’a entrepris, mais on le fait discrètement, sans le crier sur les toits, pour que ça se fasse de façon plus organique, pour que les jeunes s’aperçoivent que ce festival est pour eux aussi. Nous, on veut juste parler au plus de monde possible! Mais, pendant des années, on avait peut-être l’impression qu’on parlait moins aux plus jeunes.

On dit souvent que les jeunes n’écoutent pas de musique francophone. Et moi je dis toujours : les jeunes écoutent de la musique francophone, mais celle qui leur parle. Il ne faut pas leur imposer la musique francophone de leur père ou de leur grand-mère. Il faut qu’on s’adresse à eux de façon précise. S’il y a de la musique qui leur parle, ils vont venir» - Laurent Saulnier

 

Le spectacle Amours, délices et orgues, de Pierre Lapointe, qui a récolté des critiques perplexes

«C’avait sa place aux FrancoFolies, absolument. Nous, Pierre Lapointe, depuis qu’il est Pierre Lapointe qu’on travaille avec lui, et chaque fois, on lui demande ce qu’il a le goût de faire. On veut être son réceptacle pour lui permettre d’aller au bout de sa créativité. Moi, je suis très content qu’on ait ce rôle. Aux FrancoFolies, il n’y a pas beaucoup de shows «business as usual». Les artistes ont toujours des invités, il y a des créations, des surprises. On veut vraiment que l’événement ait un grand «E». Donc, Pierre Lapointe, anytime!» - Jacques-André Dupont

 

La présence du collectif Louve au spectacle de clôture et son message féministe

«On a des visées féministes dans la programmation. On a des filles programmatrices, on a des gars qui trippent sur les filles sur le stage. Ce n’est pas une réaction à ce qui s’est passé dans les médias, c’est un projet qu’on avait déjà en développement. Et puis, tant mieux, si on peut avoir cette discussion. Je trouve qu’il faut parler de ces choses-là.» - Jacques-André Dupont

 

Les objectifs en vue du 30e anniversaire des FrancoFolies, l’an prochain (du 7 au 16 juin 2018), et des éditions suivantes

«Desjardins, on l’aime-tu!, l’hommage à Richard Desjardins, était un dimanche soir, et on a eu une écoute religieuse, ce soir-là. On s’est dit que c’était peut-être une bonne idée de refaire ça, un «show d’écoute», le dimanche. On fait un très, très bon bilan.

Mais maintenant, on se projette sur notre 30e anniversaire. Cette année, c’est le 375e de Montréal, le 150e du Canada, mais pour la musique francophone, c’a été une année difficile. C’a été l’année de la fermeture de HMV, l’année de la faillite de DEP. On a un travail à faire. On a lancé un message à nos partenaires de la SODEC, au ministère de la Culture, à Québec, et au ministère du Patrimoine canadien, pour leur dire que c’est important, d’avoir une vision derrière les FrancoFolies. Ça reste le principal événement de musique en français. On a à s’assurer qu’il y a un développement durable, particulièrement aujourd’hui, alors qu’il y a de moins en moins de remparts pour faire de la promotion. Je pense que tout le monde est d’accord qu’on doit avoir une stratégie en faveur de la musique francophone au Québec, avec une vision sur les prochaines années. Il faut s’assurer qu’en juin, on est très solides, que notre financement est pérenne. Parce que nous, le financement qu’on a, on le remet sur les scènes, avec les cachets d’artistes, de production, de promotion. C’est extraordinaire, la visibilité que les artistes ont, en juin, à Montréal et partout au Québec» - Jacques-André Dupont

 

«Les Francos, c’est un festival structurant pour la business. Ça fait des années qu’on le dit, et on le répète juste un peu plus haut et fort cette année. L’idée, là–dedans, c’est de comprendre qu’il n’y a pas un seul festival de si grande envergure, au Québec, qui programme autant d’artistes, non seulement francophones, mais Québécois. Quand on programme des artistes québécois, évidemment, il y a plein de jeunes artistes là-dedans, plein de nouveaux talents, et ça veut dire aussi qu’il y a plein de producteurs en arrière. Il  y a plein de monde dans l’ombre, qui font partie de ce métier-là aussi, qui apprennent beaucoup grâce aux Francos. Cet appel à l’aide est là, aussi. C’est un festival qui, on l’espère, aide à préparer la relève, aussi bien devant que derrière la scène. C’est un festival qui demeure aussi important pour les échanges entre l’Europe et le Québec, bien entendu, au niveau de la francophonie. Bref, il y a tout ça ensemble, qui fait qu’on a l’impression que les Francos mériteraient, disons-le comme ça, d’être encore mieux soutenues. Dans l’industrie de la musique, c’est difficile ces temps-ci. On l’a vu avec la fermeture de HMV, la faillite de DEP. Ce genre d’affaire n’aide personne. Il faut simplement qu’on se parle. On demande juste de pouvoir s’asseoir et se parler!» - Laurent Saulnier

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