Élise Gravel veut faire aimer «les petits dégoûtants» à vos enfants (ENTREVUE)

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ELISE GRAVEL
Courtoisie
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Alors que le printemps très pluvieux a créé les conditions parfaites pour que les moustiques prolifèrent durant la saison chaude, l’auteure et illustratrice jeunesse Élise Gravel publie Le Moustique, le dixième tome de la série Les petits dégoûtants, qui redore le blason de plusieurs bestioles honnies en société.

Comment voulais-tu influencer le regard des jeunes lecteurs sur les petits dégoûtants (araignée, ver, pou, limace, rat, coquerelle, mouche, crapaud, chauve-souris, moustique)?

Je voulais d’abord intéresser les enfants à des bestioles qui sont considérées inintéressantes par les adultes. Quand j’étais petite, je les trouvais fascinante, et j’avais envie de partager ça avec eux. L’idée de la série m’est venue dans une librairie, quand j’ai vu un livre documentaire sur un insecte. Je trouvais ça très sec. C’était un étalage de faits, qui n’était pas conçu pour les enfants. Alors, j’ai décidé de faire quelque chose pour rendre le sujet vraiment intéressant et attachant.

Comment t’y prends-tu pour changer la perspective des lecteurs?

J’ai créé un échange entre le narrateur et le personnage. Par exemple, dans mon premier tome, je fais dire au narrateur que le ver est dégoûtant, et le ver était insulté. J’utilise beaucoup d’humour, comme dans tous mes livres, et j’essaie de rendre les bestioles cutes. Mes dessins ne sont pas réalistes et n’ont rien à voir avec les insectes eux-mêmes. Je leur dessine de grands yeux ronds, des grosses têtes et un look plus mignon. J’essaie de leur donner une personnalité. Après, quand les enfants les voient en vrai, ils se souviennent qu’il s’agit d’un être vivant.

Après avoir déjà créé neuf tomes, quel était le défi avec Le Moustique?

Je devais faire attention de ne pas me répéter, parce que plusieurs blagues avaient déjà été faites et parce que certains aspects se ressemblent d’un insecte à l’autre. Mais au final, c’est la même recette pour tous les livres. Le même ordre. Et la même conclusion : nous avons besoin de ces bestioles, ne leur faites pas de mal et découvrez-les dans la vraie vie.

Est-ce que certains «dégoûtants» font réagir plus que d’autres?

Chaque lecteur a son favori. Le pou intéresse beaucoup les gens, car les enfants en ont parfois dans la tête et les parents aiment pouvoir leur expliquer ce qui se passe. Mais celui-là, je n’ai pas essayé de le rendre attachant, car je ne l’aime pas… Par contre, le tome qui pogne le plus est celui sur la limace. Plusieurs enfants la trouve divertissante ou fascinante, parce qu’elle a vraiment l’air d’un extraterrestre. Quand j’observe leurs réactions, je vois bien qu’ils n’ont pas les mêmes préjugés par rapport aux bibittes. C’est souvent en grandissant qu’on développe une aversion, ou parce qu’on a vécu une mauvaise expérience. La société a décidé pour eux que ce serait dégueu.

Avec 40 000 copies vendues jusqu’à présent, es-tu surprise du succès de la série?

Un peu, mais pas complètement. Les enfants sont attirés naturellement par le dégoûtant et ils ont une grande volonté d’apprendre là-dessus. Moi, en tant qu’adulte, j’aimerais avoir des documentaires comme ça pour apprendre et rire en même temps.

Quel effet ça a sur ta créativité de bien vivre de ton art?

Ça me rend plus libre, plus audacieuse et plus détendue. Je n’ai jamais peur de ne pas trouver un éditeur intéressé par ce que je fais. Je crée ce que je veux. Je me donne l’autorisation de changer de style de temps en temps et d’essayer des affaires que je n’aurais pas osé avant, parce que j’étais trop occupée à plaire et à gagner ma vie.

Est-ce que ton rapport au texte et aux illustrations est le même?

J’aime bien faire des projets où je peux m’occuper des deux ou ceux pour lesquels je fais seulement le texte. J’aime que d’autres illustrateurs s’occupent des dessins, pour être surprise et parce que ça me fait moins de travail. Par contre, illustrer pour quelqu’un d’autre, je ne le fais jamais… ou à peine, sauf pour mon père (NDLR François Gravel). J’aime être la boss de mon projet et avoir tout le contrôle. Ce que j’écris dicte ce qui va être illustré. Je me considère donc d’abord comme une auteure.

Quels seront les prochains tomes des Petits dégoûtants?

Je reçois beaucoup d’idées des enfants. Certains m’envoient même leurs propres livres, après avoir fait leurs recherches, écrit les textes et les blagues, avec du lettrage qui ressemble à ce que je fais. Ça me donne plusieurs idées. J’envisage travailler sur le mille-pattes, le lézard, la couleuvre, la sangsue, le cloporte et le pigeon.

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