POLITIQUE

Canada: les partis politiques vulnérables aux cyberattaques pour l'élection de 2019

16/06/2017 12:32 EDT
Bliznetsov via Getty Images
Hooded hacker. Cyber attack concept.

Des mesures doivent être prises pour contrer la menace grandissante de cyberattaques avant l'élection fédérale de 2019, selon le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CST).

L'agence de renseignement électronique a publié un rapport vendredi où elle note une hausse à l'échelle mondiale des cybermenaces à l'endroit des démocraties, alors que des questions ont été soulevées sur l'ingérence russe lors des élections présidentielles américaines et françaises.

"Notre gouvernement prend les cybermenaces contre notre démocratie très au sérieux", a affirmé la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, lors d'une conférence de presse.

Le rapport fait état d'une cyberattaque survenue lors de l'élection fédérale de 2015, qui n'aurait toutefois pas réussi à influencer le processus démocratique.

Il s'agit d'Anonymous, un groupe de cyberactivistes, qui avait coulé dans les médias un rapport secret du gouvernement sur les dépassements de coût à l'ambassade du Canada au Royaume-Uni.

Le CST n'a aucune indication que des puissances étrangères auraient tenté d'influencer le résultat de l'élection au moyen de cyberattaques.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit avoir discuté de ce phénomène avec les alliés du Canada, mais n'a pas précisé si elle avait également soulevé la question avec son homologue russe.

"C'est un enjeu qui a fait l'objet de discussions énergiques lors des sommets de l'OTAN et du G7", a-t-elle affirmé.

Elle a ajouté que le gouvernement canadien avait discuté de cette question avec la Lettonie, puisqu'il dirige le groupe tactique de l'OTAN dans ce pays.

La mission vise à renforcer l'est de l'Europe après l'annexion d'une partie de l'Ukraine par la Russie il y a trois ans. La Russie est également soupçonnée d'avoir orchestré des cyberattaques dans plusieurs pays d'Europe de l'Est au cours des dernières années.

Maillons faibles

Les partis politiques, les élus et les médias sont les plus vulnérables à ce type d'attaques, selon le CST. Le risque est moins élevé pour Élections Canada, qui n'a jamais adopté le vote en ligne.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, convie les parlementaires et les cinq partis politiques représentés à la Chambre des communes à des rencontres, lundi et mardi prochain, pour apprendre à mieux se protéger.

La numéro un du CST, Greta Bossenmaier, s'attend à ce que les cyberactivistes et les cybercriminels utilisent des méthodes plus sophistiquées pour saper l'élection fédérale de 2019.

Comme ces cyberattaques sont difficiles à prévoir, elle conseille aux élus de se prémunir avant qu'il ne soit trop tard. Le CST donne dix conseils sur son site web, comme de s'assurer d'avoir un système d'exploitation à jour.

Depuis janvier 2017, 13 pour cent des pays qui ont tenu des élections nationales ont fait l'objet de cyberattaques.

Il peut s'agir de cyberespionnage, d'utilisation des médias et des réseaux sociaux pour propager de fausses informations ou même de stratagèmes pour empêcher les électeurs de voter.

Certains élus se prémunissent déjà contre les cybermenaces. "Toute conversation qui est importante, je ne la fais pas par téléphone (cellulaire)", a avoué le député conservateur Alain Rayes.

"Faut agir de façon extrêmement prudente avec tous nos outils, a indiqué le député libéral Pablo Rodriguez. S'assurer qu'on change régulièrement nos mots de passe, qu'on ne les laisse jamais traîner."

Le Nouveau Parti démocratique se demande pourquoi le gouvernement met autant d'accent sur cet enjeu, alors qu'aucune cyberattaque n'a jusqu'à ce jour changé le cours d'une élection au pays.

"Il y a raison d'être vigilant, il y a raison d'être prudent et de s'assurer de continuer de mettre en place les outils nécessaires pour que ces agences (de renseignement) puissent continuer à maintenir l'intégrité de notre système électoral, mais on peut constater qu'il n'y a pas le feu", a affirmé le député néo-démocrate Matthew Dubé tout en rappelant que le gouvernement n'a pas respecté sa promesse sur la réforme électorale.

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