DIVERTISSEMENT

«Bonne fête Montréal» remplit ses promesses au Centre Bell (PHOTOS)

18/05/2017 06:19 EDT | Actualisé 18/05/2017 06:55 EDT
Paméla Lajeunesse

Montréal célébrait ses 375 ans mercredi, et c’est au Centre Bell qu’on soufflait les bougies.

En plus de l’illumination du pont Jacques-Cartier et de la multitude d’autres attractions réparties dans la ville, rappelant aux Montréalais qu’ils étaient les jubilaires d’un anniversaire qu’ils ont plus ou moins demandé et dont ils hériteront de la corsée facture, Juste pour rire promettait de mettre le feu dans la maison du Canadien avec son spectacle Bonne fête Montréal, mis en scène par Serge Denoncourt, animé par Guy A.Lepage et rempli par une flopée d’artistes de l’humour et de la chanson :  Louis-José Houde, Marie-Mai, Ariane Moffatt, Laurent Paquin, Diane Dufresne, Robert Charlebois, Gad Elmaleh, Dead Obies, Rufus et Martha Wainwright, Jane et Anna McGarrigle, Boogat, La Bronze, etc.

Après tout, il fallait bien entonner Bonne fête à l’unisson quelque part le jour même de la célébration.

Inégal, mais réussi

N’en déplaise aux sceptiques et aux cyniques qui sonnaient depuis plusieurs semaines l’alerte au pétard mouillé, Bonne fête Montréal a rempli ses engagements avec faste et enthousiasme. Est-ce qu’on s’en souviendra dans 30 ou 50 ans, comme l’espéraient les organisateurs? Sans doute pas, mais ce fut un joli party, apte à plaire à toutes les générations et rayonnant dans tous les styles. L’objectif était de saluer Montréal, d’en célébrer ses beaux et bons coups, d’en représenter toutes les communautés culturelles, de s’unir pour s’embraser tous ensemble : c’est fait, et les 11 617 personnes présentes pourront en témoigner.

L’équipe de Bonne fête Montréal n’a pas à rougir du boulot accompli. On voulait qu’il y ait de tout, il y a eu de tout ; on voulait en mettre plein la vue, on en a mis plein la vue ; on voulait exposer toutes les facettes de Montréal, on a exposé toutes les facettes de Montréal. Point barre.

Ce fut un peu inégal par moments, l’assistance n’ayant pas réservé le même accueil à tous les invités. En fait, si on avait un reproche à adresser à Bonne fête Montréal, ce serait, justement, d’avoir tenté de beurrer trop épais et de plaire à tous. Difficile de contenter à la fois les inconditionnels de Diane Dufresne et ceux de Dead Obies ; impossible pour La Bronze et Marie-Mai de générer les mêmes réactions. La grande force de Bonne fête Montréal était sa diversité, mais c’était peut-être là, également, son plus grand complexe.

Ton urbain

Dans un coin, un carrousel. À l’autre extrémité, une grande roue. Derrière, au centre, un écran où ont défilé toute la soirée de superbes images du Montréal d’hier et de celui d’aujourd’hui, en concordance  avec ce qui se chantait ou se déclamait plus bas. Chapeau aux responsables de la recherche d’archives, plusieurs trésors ayant visiblement été dénichés.

Bonne fête Montréal au Centre Bell

Dans le reste de l’espace s’étalaient les membres de l’Orchestre métropolitain et, quelques pas plus loin, les musiciens des Porn Flakes. Le terrain de jeu était suffisamment vaste pour tout le monde sans, étonnamment, être trop chargé. Et c’était franchement magnifique, il faudrait être rabat-joie pour ne pas l’admettre.

Le ton a été résolument urbain tout au long de la prestation de plus de trois heures, et chaque air interprété, porté par les instrumentistes de l’Orchestre métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, prenait une dimension grandiose.

On oubliera rapidement les passages un peu longuets de Dead Obies et de La Bronze, qui sont restés lettre morte dans la grande salle. En revanche, Boogat, («un p’tit gars de Verdun», a souligné Guy A.Lepage),  en ouverture, juste après un échantillon du Lohengrin de Wagner par les troupes de Nézet-Séguin, a été efficace dans un assemblage survolté qui a lancé les festivités sur une note dansante.

Guy A.Lepage inspiré

Guy A.Lepage est souvent intervenu dans l’enchaînement avec, la plupart du temps, des gags inspirés. L’homme a toujours habité Montréal et sa connaissance de «sa» cité, son affection pour elle, était palpable. Quand un gars connaît son sujet, ça parait. Le pilier deTout le monde en parle  a ainsi cassé du sucre sur le nom de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, a joué à «dans mon temps…», a trouvé des slogans pour Montréal («Un trou, c’t’un trou» ; «Parcomètre chez nous» ; «Viens jouer dans le trafic» ; «Ça vaut les détours»), s’est moqué du 150e du Canada, de la rivalité Québec-Montréal, du métro désuet, de la corruption à l’hôtel de ville, a suggéré de renommer certains lieux importants (sérieusement ou à la blague) et a énuméré quelques inventions qui ont vu le jour à Montréal, parmi lesquelles la radio («Mais si on avait su ce que les gens de Québec feraient avec ça, on aurait peut-être laissé faire»), le beurre de peanuts («On était peut-être nés pour un p’tit pain, mais il y avait du beurre de peanuts dessus!»), les soutiens gorges Wonderbra et les Whippet.

La féérie de Bonne fête Montréal s’est faite sentir à maintes reprises. Dans cette comique envolée à deux degrés du baryton Étienne Dupuis, Nessum Dorma, servant de trame sonore aux images d’embouteillages et de pénible circulation automobile, culminant dans un «Nous vaincrons» affiché en grosses lettres ; dans toute la puissance dont est encore capable un Michel Louvain,

intervenant-surprise de la soirée, sur Les nuits de Montréal ; dans cette union féminine composée

de La Bronze, Ariane Moffatt, Martha Wainwright et Lyne Fortin sur Aimons-nous ; dans cette majestueuse relecture d’Hallelujah, où ont brillé Kim Richardson, Marie-Mai, Lyne Fortin, Ariane Moffatt, Martha Wainwright, Lulu Hughes, La Bronze, Jane McGarrigle et Anna McGarrigle, dont les harmonies se sont éteintes sur une photo du poète décédé, traversée de rayons lumineux, tandis que, dans les gradins, des cellulaires levés scintillaient un peu partout ; dans la frissonnante Parc Belmont de Diane Dufresne, évoquant un presque film d’horreur, que la principale intéressée a terminée crâne dégarni et qui s’est mérité une ovation instantanée, et dans la finale, rassemblant toutes les têtes d’affiche de Bonne fête Montréal au son de l’inévitable Je reviendrai à Montréal.

Hallelujah et disco

Sinon, pour encenser Montréal et faire répondre le parterre, on a eu droit à Un jour, un jour, Emmène-nous à la Ronde, Le blues de la métropole, Le but et Un musicien parmi tant d’autres, que le Centre Bell ne s’est pas fait prier pour chanter gaiement.

Entre autres références, les logos de Da Giovanni et de Molson, d’un rouge pétaradant, se sont ajoutés aux éléments de décor en cours de route, comme de cocasses clins d’œil.

Laurent Paquin a été impeccable dans son imitation d’un Denis Coderre excusant toutes les faiblesses de Montréal, Gad Elmaleh a pastiché à la perfection, comme lui seul sait le faire, l’accent québécois, en reprenant les tics langagiers de Guy A.Lepage, et Louis-José Houde a monologué sur son expérience personnelle de Montréalais, parlant autant du Saint-Sulpice que des endroits idéals pour faire l’amour dans Montréal. Trois en trois pour la qualité de ces tranches humoristiques.

Ariane Moffatt et Marie-Mai ont eu leur minute de gloire solo avec Je rentre à Montréal etDebout dans le premier cas, À bout portant et une plus ou moins judicieuse version RnB deEmmène-moi dans le second, casquette vissée sur la tête de Marie-Mai pour ce dernier morceau.

Les McGarrigle ont offert La complainte pour Ste-Catherine, avant que Marha Wainwright ne rapplique, seule, pour Look Into My Eyes. Rufus, lui, a été l’avant-dernier à se faire entendre dans une prenante Going To A Town.

Plus tard, après la divine Hallelujah, un pot-pourri disco visant à rappeler cette époque clinquante de l’histoire de Montréal a remis de la mine dans le crayon des spectateurs. Même Guy A.Lepage y a contribué, empruntant sa voix de la Madame Brossard de RBO pour pousser une ressemblante Stayin’Alive.

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Le pont Jacques-Cartier illuminé